Thibaut Motassi affiche une timidité qui tranche avec son image de demi de mêlée dynamique et électrisant. Jamais interviewé jusqu’alors, le joueur de 21 ans, sous contrat jusqu’en juin 2030, s’est livré à l’exercice avec une franche réussite. Il évoque, en exclusivité pour It’s Rugby, sa personnalité d’homme qui ne se pose pas de question, sa passion pour la pêche, son amour pour les animaux et son rôle de demi de mêlée derrière un pack du Stade Français surpuissant. Entretien.
Le Stade Français prêt pour la reprise du Top 14
IT’S RUGBY. – Thibaut, comment te sens-tu à quelques jours de la reprise du Top 14 ?
Thibaut Motassi : Très excité ! On a fait une très bonne pré-saison. On a repris un peu plus tard que la plupart des équipes du championnat, vu qu’on a fait une belle saison l’année dernière. Mais on s’est envoyé. C’était court mais intense. On a vite basculé sur les matchs amicaux. Aujourd’hui, je me sens prêt. Et c’est le cas pour tout le monde. On est au top pour attaquer la saison dès ce week-end.
Les objectifs de qualification et de progression ont-ils clairement été fixés en interne ?
Les ambitions sont définies chaque année. C’est toujours pareil. Quand on joue au Stade Français, on veut toujours faire mieux que les années précédentes. La ligne est claire : on doit être en phase finale, quelles que soient les circonstances.
Que retiens-tu de ta saison dernière, avec 20 feuilles de match au compteur ?
À l’image de l’équipe à cette période, ma première saison au club avait été compliquée. C’était difficile de s’exprimer. La saison dernière, j’ai eu ma chance sur quelques matchs, il y avait une bonne dynamique, de la confiance. C’était donc une bonne saison et j’espère que ça va continuer comme ça.
Je suis réservé lorsqu'il s'agit de me livrer sur ce que je pense ou ce que je ressens. Mais ce n'est pas le cas une fois que je suis sur le terrain
Réservé en dehors, électrique sur le terrain
Sur le terrain, tu es très dynamique, toujours avec l’envie d’emballer le jeu. Est-ce que ça correspond à ta personnalité, toi qui te décris comme plutôt réservé ?
Oui, c’est paradoxal. Je suis réservé lorsqu’il s’agit de me livrer sur ce que je pense ou ce que je ressens. Mais ce n’est pas le cas une fois que je suis sur le terrain. J’aime le jeu, j’aime que ça aille vite. Sur certains traits de ma personnalité, ça peut donc se ressembler mais je reste quelqu’un qui ne parle pas pour rien dire.
Es-tu un râleur, en bon numéro 9 que tu es ?
(sourire) Je pense que presque tous les numéros 9 sont comme ça. J’ai tendance à râler quelquefois mais j’essaie de travailler là-dessus pour que ce soit constructif et positif. Trop râler ne m’aidera pas. Donc oui, je travaille sur ça.
J'ai un environnement parfait pour évoluer et continuer à me développer
Morgan Parra, Kerr-Barlow, Kockott : grandir derrière les cadres
L’arrivée de Morgan Parra a-t-elle été bénéfique pour toi ?
Forcément. Quand Morgan Parra est là tous les jours, quand on connaît la carrière qu’il a eue, ça aide. Et il n’y a pas que lui. Il y a bien sûr Tawera Kerr-Barlow et Rory Kockott qui ont connu le très haut niveau. J’ai un environnement parfait pour évoluer et continuer à me développer.
Sur le terrain, en affrontant certains joueurs, te dis-tu parfois que tu n’aurais pas imaginé évoluer à ce niveau un jour ?
Oui mais je suis quelqu’un qui ne se pose pas trop de questions. Avec le recul, quand je repense aux matchs joués contre d’énormes joueurs, je me dis que c’est cool mais ça ne me tracasse pas plus que ça. Après, bien évidemment que je n’aurais jamais imaginé jouer en Top 14 devant autant de monde, dans de si beaux stades, comme au Vélodrome par exemple.
En parlant du Vélodrome, t’intéresses-tu au foot ?
Oui, je m’y intéresse, comme à tous les sports d’ailleurs. Après, je suis pro-parisien mais c’était quand même sympa d’aller jouer au Vélodrome.
Gagner au Vélodrome ce serait donc une belle satisfaction…
Malheureusement je n’y ai pas encore gagné mais oui, ce serait sympa (sourire).
As-tu des ambitions personnelles précises ?
Encore une fois je ne me pose pas de question… Forcément, je suis un compétiteur donc j’ai des rêves. Je vais plutôt citer des ambitions à court terme comme jouer et performer avec mon club.
As-tu identifié des axes d’amélioration dans ton jeu ?
Oui. Je suis un jeune joueur, qui évolue à un poste hyper important. Tout ce qui touche au leadership, à la gestion de certaines situations, je dois encore progresser. Je suis quelqu’un qui aime quand tout va vite, quand c’est dynamique, mais il faut aussi savoir gérer les moments plus tendus. Après, bien sûr, il faut toujours progresser sur les qualités techniques du poste et notamment le jeu au pied, les passes, la technique individuelle.
Jouer derrière un paquet d’avants aussi dominant que celui du Stade Français, c’est un vrai confort, on imagine…
C’est sûr. Quand ce pack gagne autant de mêlées et qu’il se sacrifie pour nous à chaque match, c’est plaisant. Et ça donne envie, à nous les joueurs de derrière, de nous développer et de proposer un bon rugby. Ce que l’on a bien réussi la saison dernière.

Étiquette de pépite, réseaux sociaux et public parisien
Es-tu attentif à ce qui se dit sur toi sur les réseaux sociaux ?
Pas trop, franchement. On tombe forcément sur certaines choses mais ça n’a pas beaucoup d’importance à mes yeux.
Il y a eu une période où les supporters du Stade Français te réclamaient presque sur le terrain, en parlant de « pépite ». Y as-tu été sensible ?
Non, je n’y ai pas vraiment fait attention. Moi, je veux jouer. Je suis un compétiteur. Je sais que ça demande de l’expérience, surtout à mon poste, pour enchaîner les matchs. Il y a des joueurs qui ont beaucoup plus d’expérience que moi mais je me bats tous les jours pour pouvoir jouer chaque week-end. C’est tout ce qui m’importe.
Le public est revenu en force la saison dernière. Espérez-vous poursuivre sur cette lancée ?
On espère que ça ne fera que monter. Cette année, tous les joueurs ont vraiment senti un stade qui nous poussait sur les gros matchs et c’était très plaisant. Il y a des associations qui travaillent bien, je pense au Virage Lutèce, dont je suis le parrain. Ils sont toujours à fond, avec les tambours et autres accessoires. C’est très sympa de les suivre.
Comment te sens-tu dans la vie parisienne ?
Hyper bien. Je suis né ici et je suis arrivé au Stade Français quand j’avais 13 ans. J’ai connu presque toutes les catégories, à part les toutes premières. Je me sens donc à fond dans le projet parisien et c’est top.
Comment es-tu arrivé dans le rugby ?
C’est tout bête. Je suis arrivé dans le rugby grâce à l’école. Je n’ai pas une famille de rugbymen. Mon grand-père a fait du rugby mais on n’y avait même pas porté attention. C’était à l’école. Une prof de CE1 ou CE2 avait inscrit notre classe à un tournoi de rugby de la ville de Rueil-Malmaison, d’où je suis originaire. J’ai fait le tournoi intersecteur des écoles et l’année d’après, j’ai pris ma licence au club.

La famille, la pêche et les animaux : Motassi en dehors du rugby
Tu es très attaché à ta famille. Peux-tu nous en parler ?
J’ai un petit frère et une petite sœur. J’avais aussi une grande sœur, qui n’est plus là aujourd’hui. C’est vrai que j’ai ce côté très famille. J’aime être avec les miens, avec ma petite sœur, mon petit frère, qui faisait aussi du rugby. Il a pris un autre chemin depuis mais notre relation n’a pas bougé.
En dehors du rugby, qu’est-ce qui te passionne ?
Je pêche beaucoup. J’y vais avec mes potes. J’aime aussi voir mes amis et je commence à me tourner vers l’immobilier. J’ai quelques notions parce que j’ai fait des études dans ce domaine. Je compte m’y lancer un peu plus sérieusement. Je mène une vie tranquille. Je profite de la vie parisienne et de mes proches.
Avec l’immobilier, as-tu déjà une piste pour ton futur ?
Sans trop m’avancer en me disant que c’est vraiment ce que je veux faire après ma carrière, c’est un secteur qui me plaît. Pour beaucoup de sportifs, c’est compliqué de trouver une activité qui procure des émotions comparables à celles du sport de haut niveau. Mais l’immobilier m’intéresse. J’arrive à rester concentré dessus. Mais je ne sais pas encore si ce sera vraiment ma reconversion.
Es-tu du genre à vivre le rugby à fond, à ne penser qu’à ça, ou as-tu besoin de déconnecter ?
Quand je suis arrivé au Stade Français, chez les jeunes jusqu’à ma première année en pro, j’étais à fond dans le rugby. Je ne pensais qu’à ça, je ne voulais faire que ça, je regardais tous les matchs. Aujourd’hui, je trouve hyper important de déconnecter parce qu’on vit ça tous les jours mais qu’il n’y a pas que ça dans la vie. J’ai de la chance parce que Paris est la ville parfaite pour ça. C’est tellement grand que le rugby n’y occupe pas une place immense chez moi.
Tu as un attrait pour le voyage. Est-ce lié à tes origines, toi dont le père est camerounais ?
Je n’ai jamais eu la chance d’aller au Cameroun. Je suis seulement passé au-dessus en avion, ça m’avait d’ailleurs fait rire. J’aime bien voyager, j’ai des potes qui voyagent un peu partout. Avec le rugby et les emplois du temps bien chargés, c’est compliqué de trouver les bonnes dates pour partir avec ses amis. Mais j’aime voyager et je compte le faire de manière plus régulière dans le futur. Actuellement, la meilleure période est l’été. C’est la fenêtre parfaite pour découvrir plein de cultures différentes.
Lorsque tu étais plus jeune, tu souhaitais devenir vétérinaire…
C’est vrai. J’ai toujours voulu être proche des animaux. C’était plus un rêve qu’autre chose. Je me suis vite rendu compte qu’il était plus facile pour moi d’être sur un terrain de rugby que de suivre des cours assis sur une chaise. J’ai toujours aimé être au contact des animaux. J’ai un chat et je compte avoir un chien. Cela vient sans doute de mes autres origines puisqu’une partie de ma famille vient de la campagne, dans le Pays de la Loire. Avec le Stade Français, quand on était en U21, on faisait beaucoup d’actions citoyennes. J’avais demandé qu’on en fasse une avec la SPA mais ça ne s’est malheureusement pas fait. C’est toutefois quelque chose que je pourrais faire à l’avenir, parce que la cause animale est très importante à mes yeux.






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