Le Stade Aurillacois repart en Pro D2 avec un souvenir en travers de la gorge. La saison dernière, le club cantalien a passé 23 journées dans les six premiers avant de tout perdre en sept rencontres, à partir d’une défaite concédée dans la dernière minute à Carcassonne. « L’une des pires saisons que nous ayons réalisées », résume son président.
Christian Millette, à la tête du plus ancien club de la division, revient sur ce scénario, sur le recrutement estival, sur la nouvelle pelouse de Jean-Alric attendue pour la fin août et sur les moyens d’un club qui compte parmi les plus petits budgets du championnat. Avec un objectif assumé : retrouver les phases finales, plus de dix ans après.
Quel état d’esprit vous anime à l’heure de cette reprise ?
Je suis optimiste. Je pense qu’on a fait venir de bonnes recrues, la préparation s’est bien déroulée et les deux matches de préparation sont plutôt satisfaisants (une défaite à Grenoble, une victoire à Montauban). Il faut rester très prudent et mesuré, ne pas s’enflammer. Même à Grenoble, où le score est un peu plus large, je pense qu’on a montré un très beau visage pendant 60 minutes. Je le répète : on est optimistes, même si on sait que la Pro D2 est une compétition extrêmement difficile et qui va être de plus en plus serrée. Mais nous aurons toujours les mêmes objectifs et les mêmes ambitions.
Quels sont ces objectifs ? Est-ce que vous regardez vers le haut du classement ?
Bien sûr. Il faut d’abord sécuriser la saison, mais surtout tout faire pour aller chercher une qualification. Si on y arrive, c’est très bien. Si on n’y arrive pas, ce ne sera pas dramatique. Ce que je ne veux surtout pas, c’est refaire la saison dernière. On avait fait 23 journées où on était dans les six premiers. Puis on s’effondre sur ce match à Carcassonne, qui a fait basculer l’ensemble de notre saison. La compétition va être extrêmement difficile, pour nous comme pour les autres. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de petit club en Pro D2. Tout le monde a des ambitions et veut essayer de jouer le haut du tableau.
Les fins de saison du Stade Aurillacois ont souvent été compliquées. Comment expliquez-vous cette tendance ?
Je pense qu’il n’y a pas d’explication particulière. La saison dernière, on était réellement dans le timing : on était dans les clous à sept journées de la fin. Puis on perd ce match qui fait tout basculer. À ce moment-là, on a peut-être eu le sentiment que la saison était terminée, qu’on n’avait plus rien à jouer. C’est une erreur d’appréciation. Après, il y a aussi des paramètres que l’on ne maîtrise pas. On a eu des blessés importants en fin de saison, des joueurs fatigués…
Avez-vous travaillé sur cet aspect pendant l’intersaison, notamment sur la fraîcheur physique et mentale du groupe ?
Sur les aspects physique et mental, ce sont les entraîneurs qui travaillent là-dessus. Pour moi, c’est davantage une question de faire vivre le groupe et de faire en sorte que nos leaders ne soient pas « morts » en fin de saison. Après, ça dépendra toujours des blessures et de beaucoup de paramètres. Mais l’année dernière, c’est vraiment cette défaite dans la dernière minute à Carcassonne qui nous a complètement fait basculer. C’était une saison qui était plutôt très positive pour moi. Je l’ai déjà dit : à partir de la 23e journée, elle devient une saison catastrophique, l’une des pires que nous ayons réalisées.
Où en est le chantier de la nouvelle pelouse et qu’attendez-vous de cet équipement ?
Le projet est porté par la collectivité. Je suis allé voir le stade récemment et c’est magnifique. On est désormais dans une phase terminale. Je ne suis pas un grand technicien, mais il reste la validation qui doit se faire avec les instances de la Ligue et les différentes parties concernées, autour du 30 août. On va avoir une très belle infrastructure et une très belle pelouse. Maintenant, ce que j’attends surtout, c’est qu’on soit brillants sur cette pelouse ! J’ai quand même quelques craintes. Pour nos adversaires, venir à Aurillac au mois de janvier avec un climat rude et un terrain boueux, c’était presque un atout pour nous. Il faut que cela reste un atout. On aura toujours le climat, mais si on n’a plus la boue, cela changera peut-être certaines choses. On verra au fil de la saison. Dans tous les cas, j’espère que cette pelouse va nous permettre de produire un beau jeu, de continuer à le faire évoluer et de faire en sorte que le public prenne de plus en plus de plaisir.
Doit-on donc s’attendre à voir un Stade Aurillacois encore plus joueur et offensif cette saison ?
On verra. Depuis l’année dernière, on a vu le Stade Aurillacois être davantage joueur jusqu’à ce match à Carcassonne. J’espère que l’équipe va s’adapter. On a pas mal recruté derrière, et on a essayé d’améliorer certains secteurs tout en conservant ce qui nous paraissait pertinent. Je pense qu’on devrait voir du beau jeu. En tout cas, je l’espère.
Quel regard portez-vous sur votre effectif ? Avez-vous le sentiment d’avoir davantage de profondeur que la saison dernière ?
On l’espère. On perd cinq très bons joueurs de la saison dernière, donc ce sont forcément de vraies pertes pour le club. Ce que j’espère, c’est que ceux que nous avons recrutés seront eux aussi de très bons joueurs. Après, il y a les espoirs et il y a la réalité du terrain. Mais les échos que j’ai sont plutôt satisfaisants. Je pense qu’on peut être satisfaits de notre recrutement et j’espère que ce sera un facteur d’amélioration.
Aurillac dispose de moyens plus limités que certaines grosses écuries de Pro D2. Comment continuer à être ambitieux dans ce contexte ?
Cela ne change pas dans le temps. Historiquement, depuis que le monde professionnel est arrivé dans le rugby, nous avons toujours fait partie des clubs avec les plus petits moyens et les plus petits budgets. Ça fait partie de notre histoire. Aujourd’hui, nous sommes le club le plus ancien de Pro D2. On peut donc continuer à résister et à exister malgré un budget en retrait par rapport à la concurrence (autour de 10 millions d’euros, NDLR). Mais c’est vrai que cela devient de plus en plus difficile et préoccupant. De plus en plus de grandes agglomérations arrivent dans le monde professionnel et, quand on y entre, ce ne sont pas du tout les mêmes problématiques qu’à Aurillac. Quand on voit des collectivités capables de mettre 3,5 millions d’euros, des actionnaires qui mettent 4,5 millions, etc., ce n’est pas un problème en soi. Mais cela change petit à petit la structure des clubs qui sont restés présents au niveau professionnel.
Dans ce contexte, quel rôle doit jouer le territoire autour du club ?
J’espère que le public va revenir petit à petit. Il faut convaincre les gens de venir de plus en plus soutenir le Stade Aurillacois. Cela reste sûrement l’un des points forts de l’attractivité du département du Cantal. On a le Tour de France, qui est magnifique, le Festival international de théâtre de rue, qui est quelque chose d’extraordinaire, et nous avons aussi le Stade Aurillacois, avec un club dans le monde professionnel du rugby. Je pense qu’il faut que les Aurillacois et les Cantaliens s’approprient davantage le fait que c’est quelque chose d’assez extraordinaire pour la taille de la ville et du département. La saison dernière, nous avons eu un peu plus de 3.000 spectateurs de moyenne, avec environ 52.000 à 53.000 spectateurs sur la saison.
Et à la fin de cette saison, qu’est-ce qui vous fera dire qu’elle est réussie ?
Si on fait la même saison que lors des 23 premiers matches l’an passé, ce sera déjà très bien. Si on finit sixièmes, ce sera mieux. Cinquièmes, encore mieux… Si on termine huitièmes, neuvièmes ou dixièmes mais qu’on a fait un beau parcours, ce ne sera pas forcément un problème. L’important, c’est d’avoir cet objectif d’aller jouer pour essayer de faire les phases finales. Cela fait maintenant plus de dix ans que nous n’y sommes plus retournés. On y a pourtant participé assez souvent auparavant, ce que les gens ont parfois tendance à oublier. On espère toujours pouvoir y revenir, même si je sais très bien que la concurrence va être terrible.






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