Né en Thaïlande, formé à Hong Kong, passé par Bath, Clermont, Dijon puis Chambéry, Paul Altier a connu un parcours différent des autres. À un peu plus d’un an de la Coupe du Monde en Australie, l’arrière/ouvreur revient sur une tournée en Amérique du Sud riche en enseignements, sur la montée en puissance du rugby hongkongais et sur un parcours de vie à cheval entre plusieurs continents. Entretien.
IT’S RUGBY. – Maintenant que la Nations Cup est terminée, à quoi vont ressembler tes prochaines semaines ?
Paul Altier : On vient de terminer un mois de tournée en Amérique du Sud, avec les trois matchs de la Nations Cup. On a maintenant un mois de vacances avant d’attaquer la pré-saison à Hong Kong, où je suis basé depuis presque deux mois. On va reprendre tous ensemble à savoir tous les joueurs sous contrat avec la Fédération.
Tu n’es donc pas affilié à un club ?
Non, la Fédération a décidé de ne pas nous faire jouer en club. Comme ça, ils peuvent contrôler toutes les minutes que l’on joue. À la place, on va disputer des matchs de préparation contre des équipes de la région, comme le Japon ou les équipes « B » de l’Australie, par exemple.
Quel bilan tires-tu de cette Nations Cup, à titre personnel et pour Hong Kong ?
Collectivement, on visait une victoire avant que la compétition ne commence. On ne s’attendait d’ailleurs pas à battre la meilleure des trois ! Malgré ça, on a été très déçus de notre premier test contre les Samoa. On a livré un non-match et défensivement, on n’était vraiment pas au niveau. Le deuxième match, contre le Chili, ça a été un peu la même histoire mais cette fois à cause de la discipline avec une multitude de cartons. On était très déçus, d’autant plus que le Chili sera l’un de nos adversaires à la Coupe du Monde l’année prochaine. Contre l’Uruguay en revanche, on a livré une performance plus aboutie. On est resté au contact toute la rencontre avant de l’emporter dans les derniers instants. À titre personnel, je suis très heureux. J’ai enchaîné trois fois 80 minutes, à l’arrière pour les deux premiers matchs, mon poste préféré. Normalement, ce n’est pas moi qui tire au but mais notre ouvreur habituel était blessé. J’ai pris ce rôle et ça m’a plutôt bien réussi. Contre l’Uruguay, ça a même fait la différence. Je suis très content de ma tournée.

On imagine que la victoire face à l’Uruguay a donné lieu à une belle fête…
Oui, c’est sûr ! En plus, on repartait seulement le lendemain, tard le soir, donc on a eu le temps de bien récupérer après la fête du samedi soir. C’était d’autant plus agréable que ça faisait très longtemps qu’on était en tournée, presque un mois, avec une semaine en Nouvelle-Zélande puis trois semaines en Amérique du Sud. C’était bien de pouvoir se lâcher tous ensemble, sans aucun débordement. Une super soirée.
Quel est ton regard sur l’évolution du rugby hongkongais ?
Je pense que le groupe progresse. Ça fait un peu plus d’un an que les joueurs s’entraînent à temps plein avec la Fédération. Avant, nous vivions dans un mode semi-professionnel : les joueurs travaillaient la journée et s’entraînaient le soir, voire le matin. Personnellement, je n’ai pas connu ça puisque j’étais en France. Je jouais en Nationale et je faisais les allers-retours pour jouer avec la sélection. On était six ou sept dans ce cas-là. Aujourd’hui, le fait qu’on soit tous réunis, à s’entraîner ensemble tous les jours, fait vraiment notre force. Je trouve qu’on progresse dans le jeu et je pense que ça sera un avantage pour la Coupe du Monde, puisque les autres équipes ne se rassemblent pas très longtemps avant les matchs. Les Samoa, par exemple, n’étaient réunis que deux semaines avant de nous affronter. C’est un énorme avantage pour nous, sur lequel il faut absolument capitaliser.
En parlant de Coupe du Monde, arrives-tu encore à réaliser que tu vas en disputer une ?
Petit à petit, oui. Ça fait deux ans qu’on savait que l’équipe qui remporterait le championnat d’Asie serait directement qualifiée. Dès qu’on l’a appris, on savait qu’on avait une opportunité énorme à saisir, d’autant qu’on remporte ce championnat sept fois de suite depuis que le Japon n’y participe plus. On a fait ce qu’il fallait pour se qualifier. Là, on est en plein dedans. On s’entraîne tous les jours ensemble, on analyse déjà les vidéos de nos adversaires à la Coupe du Monde. Ça devient de plus en plus concret.
Je ne veux pas manquer de respect à nos avants, mais on sait tous qu'on ne sera jamais l'équipe la plus dense. On construit plutôt notre jeu sur la vitesse et la circulation du ballon
D’un point de vue plus global, toi qui connais bien ce contexte, quels sont selon toi les grands axes d’amélioration du rugby asiatique ?
Ce qui nous a manqué ces cinq dernières années, c’est le niveau des adversaires que l’on affrontait. On avait fait très peu de matchs contre des équipes du top 20 mondial. Depuis notre qualification et notre participation à cette Nations Cup, les matchs qu’on dispute vont vraiment nous servir d’apprentissage. C’est un premier axe, c’est certain. Ensuite, je dirais la densité physique. Je ne veux pas manquer de respect à nos avants, mais on sait tous qu’on ne sera jamais l’équipe la plus dense (rire). On construit plutôt notre jeu sur la vitesse et la circulation du ballon. Cela dit, depuis notre passage au professionnalisme, les avants ont fait un énorme travail sur la mêlée et le jeu au près. Ils ont vraiment progressé.
Peux-tu revenir sur ton parcours personnel et sportif, que l’on peut facilement qualifier d’atypique ?
J’ai eu un parcours très différent de ceux qu’on connaît en France, oui (sourire). Je suis né en Thaïlande, avant de partir très vite à Hong Kong, où j’ai grandi quasiment toute ma vie. Mon père travaillait pour Bouygues Travaux Publics et il avait été envoyé en Thaïlande puis à Hong Kong. C’est là-bas que j’ai commencé le rugby, dès l’âge de 7 ans, à l’école de rugby de Valley Fort. J’ai ensuite fait tous les niveaux avec l’équipe nationale, des moins de 14 ans jusqu’aux moins de 20 ans, avant de passer chez les seniors. Il existait à l’époque un tournoi des moins de 20 ans appelé le Junior World Trophy, qui n’existe plus aujourd’hui. C’était ma troisième année dans cette compétition lorsque je fus repéré par un agent. On est resté en contact pendant que je partais à l’université en Angleterre. Juste avant ça, j’avais fait un essai d’un mois à Clermont, chez les Espoirs, qui n’avait pas abouti. C’est pour ça que je suis parti à l’université de Bath, en Angleterre, où j’ai passé deux ans.
Avec le Covid, je suis rentré à Hong Kong, où il existait à l’époque une équipe à XV à temps plein avec la Fédération. Mais le Covid a tout arrêté et j’ai dû trouver un endroit où atterrir. J’ai rejoint le Stade Dijonnais, grâce à l’agent qui m’avait repéré à Hong Kong. J’y avais signé pour un an plus un mais on a terminé derniers la première saison. On m’a proposé une prolongation mais j’ai préféré être libéré de mon contrat pour rester disponible pour l’équipe nationale. Cette année à Dijon m’a énormément servi puisque j’ai joué 21 matches en tant que titulaire.
Je suis ensuite parti à Chambéry, où je suis arrivé blessé pour ma première saison. La deuxième année, on se qualifie pour les barrages, mais on perd contre Carcassonne. Ma troisième et dernière saison là-bas, on perd encore en finale contre Carcassonne, d’un seul point. À ce moment-là, je voulais rentrer à Londres pour rejoindre ma copine et régler des soucis à la hanche. J’ai mis le rugby entre parenthèses pendant six à neuf mois, avant de terminer la saison avec Richmond, une équipe de deuxième division anglaise, pas du tout professionnelle. J’ai disputé six matchs avec eux en fin de saison, avant de signer avec Hong Kong jusqu’à la Coupe du Monde.

Le rugby à 7 est très important à Hong Kong mais comment en arrive-t-on au rugby à XV ?
C’est vrai que le rugby à 7 prend énormément de place là-bas, avec le tournoi qui se déroule chaque année. De mon côté, j’ai fait les deux avec l’équipe de Hong Kong. J’ai d’abord passé un an avec l’équipe à 7, pendant mon année sabbatique juste après l’école, mais ça n’a pas vraiment fonctionné. Ils m’ont alors envoyé vers l’équipe à XV, avec qui j’ai disputé mon premier match international, contre la Corée du Sud. Je me suis ensuite donné à fond dans le XV, notamment parce que je savais que je partirais à l’étranger. Pour jouer à 7 avec Hong Kong, il faut être basé sur place, alors qu’à XV, je pouvais faire ma carrière ailleurs et revenir dès que j’étais sélectionné. C’est en grande partie pour ça que j’ai choisi cette voie.
Tu as évoqué Dijon et Chambéry : as-tu un souvenir de France qui t’a particulièrement marqué ?
Mon meilleur souvenir, c’est mon deuxième match de championnat, contre Angoulême, qui descendait de Pro D2. On avait réussi à s’imposer chez eux. C’est le plus beau souvenir que je garde de cette période, malgré la descente qu’on avait finalement subie. À Chambéry ensuite, il y a les derbys contre Bourgoin, plutôt à notre avantage lors de mes trois saisons là-bas. Il y a aussi ce match de barrage en demi-finale contre Rouen, à domicile, où j’étais titulaire et où on l’a emporté. Et puis, même si c’était une défaite, il y a la finale contre Carcassonne, jouée à Narbonne devant 8 000 personnes. C’est un beau souvenir même si je savais que ce serait ma dernière année à Chambéry, sauf montée et proposition de contrat. Comme on s’était incliné en finale, on a disputé le match d’accession contre Aurillac, qu’on a largement perdu. Ça a toujours été mon rêve de disputer un match de Pro D2, et il se trouve que celui-ci compte officiellement comme tel. J’ai même marqué un essai (sourire).
Malgré ma nationalité française et le fait que mes deux parents soient français, je n'ai jamais joué en France pendant mes années espoir. Je suis donc classé comme non JIFF, ce qui complique un peu les choses
Penses-tu que disputer une Coupe du Monde pourrait t’ouvrir des portes, pourquoi pas un jour en Pro D2, voire plus haut ?
C’est certain que jouer la Coupe du Monde va nous mettre un peu plus en lumière. Je sais que c’est tout de même compliqué. Malgré ma nationalité française et le fait que mes deux parents soient français, je n’ai jamais joué en France pendant mes années espoir. Je suis donc classé comme non JIFF, ce qui complique un peu les choses. Mais avant tout, il faut être sélectionné pour cette Coupe du Monde, bien y jouer, et on verra ensuite si des clubs sont intéressés. Pour l’instant, la porte se ferme un peu en France. Je reste focalisé sur Hong Kong et je ne me projette pas trop dans l’avenir pour le moment.
Tu as connu pas mal de villes et de pays : y a-t-il une vie, une culture que tu as préférée, ou que tu préfères aujourd’hui ?
J’y ai vécu vingt ans, donc Hong Kong me tient particulièrement à cœur. J’y ai passé toute mon enfance, j’y ai encore pas mal d’amis et c’est là-bas que j’ai rencontré ma copine. En dehors de Hong Kong, je citerais Chambéry et la région savoyarde, qui me marqueront longtemps aussi. J’ai adoré les montagnes alentour, et le lac du Bourget juste à côté de Chambéry. J’y ai passé trois très belles années.


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