Une semaine à compter les Toulousains, à discuter des absents et à juger l’âge du groupe. Puis la fédération a dit que la liste était fausse.

Une semaine d’analyses sur une liste qui n’en est peut-être pas une

Tout est parti du dimanche 13 septembre. Les noms des trente-trois internationaux dont la charge de travail sera encadrée cette saison sortent dans la presse, treize Toulousains en tête, et le rugby français a enfin quelque chose à lire un lendemain de journée de championnat.

Le lundi, la liste occupe tout l’espace. On compte les clubs, six Bordelais, trois Rochelais, trois Palois. On s’étonne de l’âge du groupe et de la place laissée aux trentenaires. On s’interroge sur les absents, Alldritt et Lucu en tête, et un éditorial demande si tout le monde n’y perdra pas quelque chose. Nous avons participé à ce travail comme les autres, chiffres à l’appui.

Le mardi, on explique comment le dispositif fonctionne, entre performance et santé. Le mercredi, on découvre qu’il n’oblige à rien : aucun club ne sera sanctionné s’il ne met pas un joueur au repos, à condition de savoir l’expliquer.

Le jeudi, la Fédération française de rugby met fin à l’exercice. « Les listes qui ont été publiées dans la presse sont fausses », déclare son vice-président Jean-Marc Lhermet à L’Équipe. Les vrais noms resteront confidentiels, précisément pour que ce groupe ne soit pas lu comme une pré-liste du Mondial ou comme un classement des meilleurs Français. « Cette liste n’est pas une finalité mais un moyen. »

Une semaine d’analyses, donc, sur un document dont on ne sait plus ce qu’il vaut. Une liste échappe pourtant à ce démenti, parce qu’elle ne repose sur aucune fuite : celle des soixante-trois joueurs qui ont réellement porté le maillot bleu la saison passée. Les trente-trois en font nécessairement partie, et elle se lit en entier ci-dessous.

Les listes qui ont été publiées dans la presse sont fausses

Jean-Marc Lhermet | L'Équipe

Onze matchs, soixante-trois joueurs

Entre le 8 novembre 2025 et le 18 juillet 2026, le XV de France a disputé onze rencontres : quatre tests d’automne, cinq matchs de Tournoi et trois de tournée d’été.

Sél. EDF compte les feuilles de match avec le XV de France sur ces onze rencontres et Titu. EDF celles où le joueur a débuté, de 1 à 15. Matchs club + EDF et Minutes club + EDF additionnent au contraire toute sa saison 2025-26, Top 14, coupe d’Europe et sélection confondus : c’est la charge réelle, pas le temps passé en équipe nationale. Le club indiqué est celui de la saison en cours.

Joueur Club Sél. EDF Titu. EDF Matchs club + EDF Minutes club + EDF
Oscar Jegou La Rochelle 9 7 30 2 022
Emmanuel Meafou Toulouse 9 6 28 1 586
Louis Bielle-Biarrey Bordeaux-Bègles 8 8 31 2 315
Thomas Ramos Toulouse 8 8 29 2 087
Théo Attissogbe Pau 8 8 22 1 649
Julien Marchand Toulouse 8 8 27 1 307
Jean-Baptiste Gros Toulon 8 7 27 1 338
Hugo Auradou Pau 8 1 27 1 657
Matthieu Jalibert Bordeaux-Bègles 7 7 30 2 215
Anthony Jelonch Toulouse 7 7 23 1 475
Charles Ollivon Toulon 7 6 22 1 442
Mickaël Guillard LOU 7 4 22 1 146
Régis Montagne Clermont 7 4 22 1 063
Rodrigue Neti Toulouse 7 0 24 994
Yoram Moefana Bordeaux-Bègles 6 6 26 1 776
Maxime Lucu Bordeaux-Bègles 6 5 25 1 794
Dorian Aldegheri Toulouse 6 5 28 1 268
Thibaud Flament Toulouse 6 4 28 1 726
Nicolas Depoortere Bordeaux-Bègles 6 4 21 1 425
Lenni Nouchi Montpellier 6 2 30 1 858
Maxime Lamothe Bordeaux-Bègles 6 2 33 1 601
Peato Mauvaka Toulouse 6 1 20 809
Fabien Brau-Boirie Pau 5 5 28 2 076
Romain Ntamack Toulouse 5 5 26 1 903
Antoine Dupont Toulouse 5 5 21 1 251
François Cros Toulouse 5 5 17 1 114
Pierre-Louis Barassi Toulouse 5 3 21 1 232
Baptiste Serin Toulon 5 0 29 1 234
Damian Penaud Bordeaux-Bègles 4 4 30 2 226
Émilien Gailleton Pau 4 2 24 1 629
Demba Bamba Racing 92 4 2 31 1 374
Kalvin Gourgues Toulouse 4 0 28 1 616
Marko Gazzotti Bordeaux-Bègles 3 3 25 1 377
Jefferson Poirot Bordeaux-Bègles 3 2 30 1 424
Nolann Le Garrec La Rochelle 3 1 24 1 616
Romain Taofifenua Racing 92 3 1 26 1 331
Thomas Staniforth Castres 3 1 26 1 309
Killian Tixeront Clermont 3 0 28 1 578
Grégory Alldritt La Rochelle 2 2 29 2 043
Florian Verhaeghe Montpellier 2 2 27 1 886
Aaron Grandidier Pau 2 2 27 1 879
Gaël Fickou Toulon 2 2 24 1 487
Paul Boudehent La Rochelle 2 1 18 1 187
Baptiste Jauneau Clermont 2 0 25 1 374
Reda Wardi Montpellier 2 0 25 1 197
Thomas Laclayat Pau 2 0 25 1 097
Gaël Dréan Toulon 1 1 23 1 831
Temo Matiu Bordeaux-Bègles 1 1 29 1 746
Alexandre Roumat Toulouse 1 1 29 1 745
Max Spring Racing 92 1 1 23 1 578
Baptiste Erdocio Montpellier 1 1 31 1 272
Pierre Bochaton Bordeaux-Bègles 1 1 21 1 272
Moses Alo-Emile Stade Français 1 1 29 1 156
Antoine Hastoy La Rochelle 1 0 26 1 830
Paul Graou Toulouse 1 0 31 1 419
Barnabé Massa Clermont 1 0 26 1 353
Jimi Maximin Pau 1 0 26 1 277
Joshua Brennan Toulouse 1 0 26 1 239
Noah Nene Stade Français 1 0 21 1 229
Guillaume Cramont Bayonne 1 0 17 643
Sipili Falatea Bordeaux-Bègles 1 0 14 475
Georges-Henri Colombe Toulouse 1 0 14 411
Tevita Tatafu Bayonne 1 0 7 274

Ce que la liste dit toute seule

Toulouse en fournit dix-sept, soit plus du quart. Avec Bordeaux-Bègles et ses douze, les deux clubs pèsent vingt-neuf joueurs, presque la moitié du total. Pau en aligne sept, La Rochelle et Toulon cinq chacun. À l’autre bout, Perpignan et Vannes n’ont fourni aucun international français.

Le dispositif contesté prévoit qu’un joueur protégé ne dispute pas plus de neuf feuilles de match sur douze avec les Bleus. Oscar Jegou et Emmanuel Meafou en ont déjà disputé neuf sur onze. Le plafond dont on débat, ils l’avaient atteint avant qu’il existe.

Vingt-six joueurs n’ont connu qu’une ou deux sélections. Le renouvellement est réel, et il s’est fait surtout pendant la tournée d’été.

Ce que ce tableau ne dit pas : les blessures

Aucune de ces colonnes ne mesure une carrière ni une cote auprès du sélectionneur, et c’est le piège de toutes les lectures parues cette semaine. Un total bas raconte souvent une infirmerie.

Antoine Dupont en est l’exemple le plus clair. Cinq sélections sur onze, toutes entre le 5 février et le 14 mars. Blessé depuis le Tournoi 2025, il n’avait plus joué le moindre match depuis le 8 mars 2025 quand il est revenu sur un terrain le 29 novembre, et il a donc manqué toute la tournée d’automne. Il est ensuite allé au bout de la saison de son club, demi-finale le 19 juin et finale gagnée contre Montpellier le 27, avant de déclarer forfait pour la tournée d’été sur blessure. Ses 1 251 minutes ne disent pas un joueur ménagé, elles disent un joueur arrêté deux fois.

Même lecture pour François Cros, cinq sélections et dix-sept matchs seulement, le plus faible total de cette liste parmi les joueurs de devant réguliers, ou pour Paul Boudehent, dix-huit matchs. À l’inverse, Cyril Baille n’apparaît pas du tout dans ce tableau : gêné par une cheville, il n’a plus porté le maillot bleu depuis le 15 mars 2025 et a perdu huit kilos cet été pour revenir à son niveau.

Sélections et minutes ne disent pas la même chose

L’autre écart vient du club. Un joueur peut compter peu de sélections tout en ayant énormément joué, et c’est exactement ce que le dispositif prétend surveiller.

Grégory Alldritt affiche deux sélections, mais vingt-neuf matchs et 2 043 minutes toutes compétitions confondues, sixième temps de jeu de toute cette liste, devant Jegou, devant Ntamack, devant presque tous les joueurs cités dimanche. Antoine Hastoy, une sélection, en compte 1 830. Gaël Dréan, une sélection, 1 831.

À l’inverse, Peato Mauvaka affiche six sélections pour 809 minutes seulement, et Rodrigue Neti sept sélections sans la moindre titularisation. Compter les capes et compter les minutes donne deux classements différents, et le second est le seul qui parle de charge.

Ce que ce tableau dit de la liste démentie

Vingt-huit de ces soixante-trois joueurs comptent au moins cinq sélections. Vingt-cinq figurent sur la liste publiée dimanche. Pour un document que la fédération dit faux, la concordance est élevée.

Les trois manquants sont Hugo Auradou, huit sélections mais une seule titularisation, Baptiste Serin, cinq sélections et aucune titularisation, et Maxime Lucu, six sélections dont cinq titularisations. Les deux premiers sont des finisseurs, entrés en cours de match presque à chaque fois. Le troisième est le seul titulaire régulier des Bleus absent de cette liste.

Cette liste n’est pas une finalité mais un moyen

Jean-Marc Lhermet | L'Équipe

Deux joueurs qui n’y figurent pas du tout

La liste publiée contient aussi des noms absents de nos soixante-trois. Grégoire Arfeuil et Ugo Seunes n’ont aucune sélection, ni la saison passée ni auparavant.

C’est ici que la fédération a raison, et il faut le dire. Si ce document est authentique, il n’est ni un classement des meilleurs Français du moment ni une pré-liste du Mondial, puisqu’il retient des joueurs jamais appelés. Il regarde devant, vers ceux qu’on veut préserver ou voir émerger, ce qui est exactement ce que dit Jean-Marc Lhermet quand il parle d’un moyen et non d’une finalité.

La vraie liste sortira toute seule

Le dispositif prévoit un week-end de repos par bloc de quatre matchs, en Top 14 comme en Coupe des champions, et neuf feuilles de match sur douze en bleu entre le 1er juillet 2026 et le 30 juin 2027. Aucune sanction n’est prévue, seulement une explication à fournir.

Un international laissé au repos un week-end sur quatre, ça se voit. Un joueur absent d’une feuille de match de novembre, ça se compte. Les noms sont confidentiels jusqu’au premier bloc de quatre journées. Après, il suffira de lire les compositions.

Chiffres à retenir

63 joueurs utilisés par le XV de France sur onze matchs depuis novembre 2025

17 Toulousains dans ce groupe, plus du quart à eux seuls

0 international français fourni par Perpignan et par Vannes

9/11 sélections pour Jegou et Meafou, déjà le plafond du dispositif

2 043 minutes de Grégory Alldritt pour seulement deux sélections

Félix Lapoussière
Journaliste