Une prolongation de quatre ans se juge moins sur les titres déjà gagnés que sur ce qu'il reste à réparer. Chez les Maritimes, deux chantiers sautent aux yeux dès qu'on aligne les chiffres des cinq dernières saisons.

Quatre saisons de plus, et dix ans au total

Ronan O’Gara a étendu son contrat de quatre saisons avec le Stade Rochelais. Arrivé sur la côte atlantique en 2019 comme adjoint, devenu manager à l’été 2021, l’Irlandais sera donc en poste jusqu’en 2031, soit dix ans aux commandes et douze au club. Peu de managers, en France, obtiennent une telle durée, et la question que pose une prolongation aussi longue n’est pas celle des titres déjà gagnés mais celle de ce qu’il reste à réparer.

Un bilan général solide, et un chiffre qui le déséquilibre

Depuis juillet 2021, La Rochelle a disputé 138 matchs de Top 14, phases finales comprises, pour 77 victoires, 2 nuls et 59 défaites, soit 55,8 % de succès. Le chiffre bouge un peu selon la borne que l’on retient : en partant de l’arrivée d’O’Gara au club en 2019, il monte à 56,8 %, et en ne comptant que la saison régulière depuis 2021, on retombe sur 56,8 % également. Les 57 % avancés ailleurs tiennent dans la même fourchette, l’écart ne venant que de la date de départ choisie.

Cette moyenne, en revanche, additionne deux réalités qui n’ont presque rien à voir. À domicile, les Maritimes ont gagné 55 de leurs 67 matchs, soit 82,1 %. À l’extérieur, 22 sur 71, soit 31 %. Cinquante et un points d’écart séparent les deux, et le déséquilibre traverse chacune des cinq saisons sans exception : quatre victoires en quatorze déplacements la première année, sept sur quatorze l’année du doublé européen, puis deux sur quinze, trois sur treize et cinq sur quatorze. Le début de saison 2026-27 suit d’ailleurs le même chemin, avec un succès arraché à Toulon et un autre obtenu à domicile contre le Stade Toulousain.

Deux saisons européennes parfaites, puis une longue descente

En Champions Cup, le bilan global s’établit à 22 victoires et 9 défaites en 32 matchs, soit 68,8 %. Mais cette moyenne masque une rupture nette, et c’est probablement le chiffre le plus parlant de l’ère O’Gara.

Sur les deux saisons des titres, en 2021-22 et 2022-23, La Rochelle a gagné seize de ses dix-sept matchs européens sans en perdre un seul : neuf rencontres, huit victoires et un nul la première année, puis huit rencontres et huit victoires la seconde. Depuis, sur trois saisons, le club en a gagné six sur quinze, dans un ordre qui ne laisse guère de place au doute : trois sur six, puis deux sur cinq, puis une sur quatre. Le volume même de matchs européens a fondu de neuf à quatre, ce qui raconte une élimination de plus en plus précoce.

En championnat, une seule finale, et Toulouse trois fois sur la route

Les deux titres de l’ère O’Gara sont donc européens. En Top 14, La Rochelle a terminé cinquième, deuxième, cinquième, septième et sixième de la saison régulière : une seule fois dans les deux premiers, une seule fois hors des six.

Le parcours en phase finale tient en six matchs et se lit presque comme une obsession. Barrage perdu à Toulouse en 2022, 28-33. Demi-finale gagnée contre l’UBB en 2023, 24-13, puis finale perdue contre Toulouse, 26-29. Barrage gagné à Toulon en 2024, 34-29, puis demi-finale perdue contre Toulouse, 23-39. Aucune phase finale en 2025, et un barrage perdu au Stade Français en juin dernier, 5-45. Le Stade Toulousain a ainsi éliminé La Rochelle trois fois en cinq ans, à trois tours différents, et le club n’est allé qu’une seule fois au bout du championnat, pour y perdre.

Ce que le contrat doit corriger

Le rendement en championnat, lui, n’a jamais varié : quinze victoires en 2021-22, dix-huit en 2022-23, quatorze, treize, puis quinze la saison passée. Jamais moins de treize, jamais plus de dix-huit. C’est un socle, et c’est peut-être ce socle que la direction a voulu sécuriser jusqu’en 2031.

Restent les deux courbes qui l’encadrent et qui, elles, vont dans le mauvais sens : celle des déplacements, qui n’a jamais décollé, et celle de l’Europe, qui s’affaisse depuis trois ans. Les quatre saisons supplémentaires accordées à O’Gara serviront à savoir laquelle des deux il peut redresser.