C’est sous le maillot de l’AS Passage que Damien Cler continue d’écrire son histoire. Le rugbyman, désormais âgé de 42 ans, joue toujours avec une passion intacte, lui qui a connu le Stade Montois et La Rochelle, ainsi que l’équipe de France de rugby à 7. L’ailier, centre ou arrière a d’ailleurs participé aux Jeux olympiques de 2016 à Rio.

Pour It’s Rugby, Cler s’est confié sur sa longévité, son amour increvable pour le rugby, sa carrière professionnelle mais aussi en amateur, Uini Atonio avec qui il a joué, la dureté du rugby à 7 ou encore sa nouvelle vie de chef d’entreprise.

IT’S RUGBY. – Cette signature au Passage, est-ce un nouveau défi ou un dernier défi ?
Damien Cler :
J’ai envie de dire un dernier mais ça fait dix ans que je dis ça (rire). Après ma carrière professionnelle, j’avais signé à Layrac et j’avais dit : « je finis la saison et j’arrête ». C’était en 2016 déjà ! C’est ma 11e année dans le monde amateur (rire).

Quelle est la raison de cette envie de continuer ?
Je suis quelqu’un de très actif dans la vie. J’ai beaucoup de passions, je fais beaucoup de sport. Et le rugby, j’en ai fait toute ma vie. J’aime ce jeu, l’ambiance, les copains, et la bière après les matches.

Qu’est-ce que ça fait de s’entraîner avec des jeunes de 18, 19 ou 20 ans ?
Beaucoup ont l’âge de ma fille (rire). Ça fait maintenant longtemps que je connais ça. Mais à côté de ça, il y a toujours les vieux briscards, les vieux copains. Mais bon, je reste quand même le plus vieux, à chaque fois ou presque.

N’y a-t-il pas de décalage entre vous ?
Si, complètement. Dans la vie, je reste avec des gens qui ont les mêmes passions que moi, ou des choses en commun. Mais tant qu’ils sont bons sur le terrain, c’est ce qui compte.

Comment s’est ficelé ce transfert au Passage ?
J’hésitais vraiment à arrêter. Mais le club a récupéré plein de mecs qui ont évolué à Layrac et avec qui j’ai été champion de France de Fédérale 2. Ils m’ont sollicité jusqu’en juillet pour que je vienne (rire).

A quel poste joueras-tu ?
Je leur ai dit : « écoutez, je joue où vous voulez ». Il y a même Nicolas Deltour (coach du club, NDLR) qui m’a dit que je jouerai 8 ! On verra bien. Pour l’instant, je m’entraîne avec les trois-quarts. S’il faut jouer en deuxième-ligne, il n’y aura pas de souci. Je peux tout jouer, du 4 au 15 ! (rire)

Je fais pas mal de musculation, du paddle, du golf... Moi, être sur un canapé et ne rien faire, ce n'est pas possible. A part pour faire une sieste

Quel est le secret d’une telle longévité ?
Je ne sais pas si c’est un secret mais je suis actif dans la vie. Je fais pas mal de musculation, du paddle, du golf… Moi, être sur un canapé et ne rien faire, ce n’est pas possible. A part pour faire une sieste. Arrêter complètement, pour moi, ce n’était pas envisageable. Pour d’autres, c’est plus facile. Mais j’aurais du mal à ne rien faire…

Toi qui as connu le très haut niveau, es-tu surpris du niveau en Fédérale ?
Ce n’est pas du tout ridicule. Quand tu n’es pas sur le terrain, c’est facile de critiquer. Je suis allé voir des matchs en Régionale il y a quelques années et je m’étais dit que ça allait être chaud. Mais cette année, on est une dizaine à venir de plus haut donc je ne sais vraiment pas comment ça va être, je ne connais pas trop le niveau. Après, la Fédérale, ça commence à bien jouer au rugby.

Quel est le plus grand souvenir de ta carrière ?
A XV, ce sont les deux montées en Top 14 que j’ai faites, avec Mont-de-Marsan et La Rochelle. Après, mon plus beau souvenir sportif reste les Jeux olympiques avec l’équipe de France à 7 à Rio.

Disputer les JO, était-ce un objectif ou tu n’y croyais pas trop ?
C’était complètement un objectif. Lors de ma dernière année à La Rochelle, j’ai beaucoup moins joué. Mon meilleur pote, Vincent Inigo, faisait déjà du rugby à 7 depuis un moment. Il m’a dit que je devais essayer. Franchement, pour faire du 7, il faut au moins un an pour réussir. A moins de s’appeler Antoine Dupont. On ne peut pas te mettre au 7 comme ça, c’est impossible. La Rochelle n’était donc pas contre l’idée de me faire signer une année de plus mais le sélectionneur à 7 Jean-Claude Skrela, qui m’avait déjà contacté et que je connaissais déjà, m’a proposé de venir. J’ai fait une année avant les Jeux et m’étais fixé l’objectif de les faire. Je l’ai atteint. Bon après, en termes de classement, ce n’était pas terrible. En tant que sportif, participer aux JO, c’est le Graal de tout sportif. Les cérémonies, le village, le restaurant… Toutes les stars de la planète sont là. C’était incroyable.

Peux-tu nous parler du rugby à 7 ?
Le 7 et le XV sont concrètement deux choses différentes. Le Top 14, c’est du très haut niveau. Le 7, physiquement, c’est deux crans au-dessus. Ça n’a rien à voir. Les entraînements du Top 14, franchement, c’est du pipi de chat à côté d’une semaine d’entraînement de rugby à 7. Je pense qu’avoir de la masse grasse, en 7, ce n’est pas possible. Ça fait partie de la recherche. Quand je suis parti de La Rochelle, je faisais 105 kg. Pendant mes années à 7, je n’en faisais plus que 99. Je bossais peut-être un peu plus que les autres. Je faisais de la musculation en plus. Mais j’étais loin de ma famille. Ma femme et mon fils étaient restés à La Rochelle. L’objectif, c’était de faire les Jeux. Je ne pouvais pas imaginer le contraire. J’ai tout donné par respect pour ma femme et mon fils, que j’avais laissés à La Rochelle.

En parlant de stars, quel est le joueur le plus marquant avec qui tu as évolué ou contre qui tu as joué ?
Il y a eu Sonny Bill Williams. A 7, je l’ai affronté. Il jouait pilier et moi aussi (rire). On s’est croisés plusieurs fois, c’était cool. A l’époque, il y a eu George Gregan, qui était venu jouer à Toulon.

Tu as aussi joué avec Uini Atonio…
Uini, on est arrivés ensemble la même année. Sa progression est dingue. Déjà, ce n’était pas un mec obèse, monstrueux. Quand il est arrivé, il était déjà impressionnant physiquement. Mais bon, quand il est devenu sérieux, on savait déjà qu’il allait faire carrière. Il y a des mecs comme ça, que tu vois et tu sais qu’ils iront loin.

Comme qui ?
A La Rochelle, il y en a eu d’autres. Je pense à Kévin Gourdon et Loann Goujon. J’avais dit qu’ils allaient être en équipe de France et je ne me suis pas trompé.

Que penser du stade Marcel-Deflandre ?
C’était incroyable. À l’époque, on connaissait déjà les guichets fermés. Tout cela date de la Pro D2. Ce n’est pas nouveau. L’engouement pour le rugby, là-bas, est énorme.

En revanche, Mont-de-Marsan, ton ancien club, a vécu une saison très difficile…
Oui. C’était même historique parce qu’ils n’étaient jamais descendus. Mais comme je dis, c’est cyclique, à l’image de Dax qui est descendu en Fédérale à l’époque. Mont-de-Marsan, ça fait partie des plus petits budgets. Et puis ils sortent des quantités de bons jeunes et se les font piquer. Notamment les Fidjiens, qui ont participé à la belle histoire du Stade Montois. C’est compliqué pour eux mais j’espère qu’ils remonteront.

J'ai déposé Gregan et Matfield, c'était un grand moment pour moi

Y a-t-il un essai dont tu te souviens particulièrement ?
Oui. C’était avec Mont-de-Marsan justement, en 2008. On recevait Toulon. Et je marque l’essai de la victoire ! J’ai déposé Gregan et Matfield, c’était un grand moment pour moi.

Peux-tu nous raconter tes premières années rugby, toi qui as connu le début du professionnalisme ?
Quand j’ai signé à La Rochelle, ce n’était plus la même chose. Tous les lundis, on se pesait. Tous les jours, on urinait sur une languette pour voir si on était bien hydraté. Tous les entraînements se faisaient avec des GPS. Les années avec Patrice Collazo et Xavier Garbajosa, c’étaient déjà du grand professionnalisme. Avant ça, lorsque j’étais à Mont-de-Marsan, j’étais en contrat semi-pro. J’avais passé mon concours de gardien de la paix. Je travaillais la nuit, je m’entraînais l’après-midi. Le soir, après avoir joué, je me rhabillais en policier pour repartir, pendant que les autres allaient faire la fête (rire).

Te considères-tu comme un privilégié ?
Complètement. Quand on est rugbyman, on ne connaît pas la vie active. Quand on compare la vraie vie avec le rugby, je me dis que tu n’as pas le droit de te plaindre en tant que rugbyman.

Avant, vous n’étiez peut-être pas préparés à l’après-rugby…
Non mais cela fait partie de la vie. Il y a beaucoup de personnes qui se retrouvent sans rien. C’est difficile. Moi aussi j’ai connu cette période compliquée après ma carrière professionnelle mais on ne peut pas être materné ou paterné partout. C’est à toi de te faire. Une carrière de rugbyman, ce n’est pas long. Tu en as jusqu’à 30 ou 35 ans, si tu n’as pas de blessures. Il faut se préparer à l’après.

Comment se passe cette vie de pluriactif ?
Je suis patron d’un Columbus Café. J’en avais trois mais j’en ai vendu deux. J’ai gardé celui situé à Boé. C’est le quotidien qui est le plus difficile, parce qu’être rugbyman, ce n’est pas vraiment un métier. Tu fais du sport avec tes copains, tu gagnes plutôt bien ta vie, mais elle est dictée par des plannings. Quand tu es chef d’entreprise, c’est toi qui fais les plannings, c’est toi qui décides de tout. Vu le contexte actuel, c’est parfois difficile. Ce que je ne connaissais pas, c’est le stress. En tant que joueur, je n’avais pas de stress. Je jouais et la paie tombait. Là, c’est différent.