Six ans après avoir rejoint Nice, Thibaud Rey vit une fin de carrière qu’il n’avait pas imaginée. Reléguée administrativement en attendant l’issue d’un appel décisif, l’équipe azuréenne est dans le flou. Entre un stade jugé inadapté à la Pro D2, des partenaires financiers mobilisés depuis des années et un groupe soudé qui craint de voir des années de travail balayées en une seule décision, le deuxième-ligne-ligne niçois raconte, sans détour, l’ambiance particulière qui règne au sein du club pour It’s Rugby.

IT’S RUGBY. – Thibaud, comment va le moral ?
Thibaud Rey : C’est une situation un peu particulière. Le moral était plutôt bon en début de semaine. Nous étions en stage tous ensemble dans les Pyrénées, à Saint-Lary, pour préparer cette saison de Pro D2. Il est resté bon tout au long de la semaine, mais on a senti une inquiétude monter au fil des jours. Les discussions autour de la situation du club ont pris de plus en plus de place. Le moral est toujours là, on espère encore que les choses vont s’arranger, mais cette inquiétude grandit petit à petit.

À l’instant T, quelle est votre situation ?
Je ne sais pas trop, j’évite en tout cas de tout lire ce qui peut se dire parce qu’on trouve un peu de tout. Pour l’instant, nous sommes relégués. Notre accession en Pro D2 a été refusée. Je sais qu’un appel va être déposé par le club et notre situation va se jouer sur cette procédure.

Pour l’instant, êtes-vous toujours salarié du club ? Percevez-vous votre salaire ?
Le salaire, on le perçoit. Notre contrat a débuté le 1er juillet, donc normalement on est payés en début de mois. Pour l’instant, il n’y a pas de retard. On n’a pas beaucoup de nouvelles à ce sujet, mais je pense qu’on sera payés normalement.

Que vous ont dit les dirigeants sur cette situation ?
Ils nous ont parlé. On a été informés dès qu’il y avait des évolutions, qu’elles soient négatives ou positives. Mais pour le moment, il n’y a pas énormément de choses qui ont bougé. On est encore dans l’attente de nouvelles dans les jours qui viennent.

Ça fait six ans que je suis à Nice et ça fait trois ans qu'on nous parle d'un stade à chaque fois qu'on est reçus

Malgré tout, gardez-vous un peu d’optimisme ?
Oui, c’était un peu le sens de notre communication avec les joueurs. On espère toujours avoir de bonnes nouvelles parce que je sais qu’on est entourés de personnes intelligentes et compétentes, capables de comprendre que le club a un bel avenir. Tout ce qui a été construit jusqu’à présent a pris énormément de temps. Le club évoluait en Fédérale 3 il n’y a pas si longtemps. C’est un gros travail qui a été effectué par tous les coachs qui sont passés ici, par les dirigeants, par tous les joueurs. J’espère que les personnes qui ont le pouvoir de décision feront les bons choix parce qu’on n’arrive pas là par hasard. Je pense qu’il y a un très bel avenir pour le rugby à Nice et tout pour réussir ici. Je ne vois pas comment les décisions pourraient être défavorables. Peut-être que je me trompe, mais j’espère que les nouvelles seront bonnes.

Comprenez-vous vraiment pourquoi le club se retrouve dans cette situation ?
C’est très facile à comprendre. Déjà, nous sommes passés de la Nationale à la Pro D2, et c’est la deuxième fois que nous parvenons à monter. Sur le plan sportif, on a réussi nos objectifs. Le problème, c’est qu’on n’a pas un stade adapté à la Pro D2. On ne peut pas construire l’avenir du club de manière pérenne avec une infrastructure comme celle-là. Il faut que tout évolue. Si on progresse sur le plan sportif, il faut que ça suive derrière, pour que les actionnaires et les supporters puissent être accueillis dans de bonnes conditions. Nous avons des partenaires qui nous suivent depuis de nombreuses années, qui ont reconstruit le club et fait d’énormes efforts financiers pour l’amener là où il en est aujourd’hui.

Quand tu parles d’efforts, penses-tu aussi au dialogue entre le club et la mairie ?
Oui, exactement. Ça fait six ans que je suis à Nice et ça fait trois ans qu’on nous parle d’un stade à chaque fois qu’on est reçus. On nous parle du projet devant les partenaires, devant les supporters… Il faut que les paroles soient suivies d’actes, c’est tout ce qu’on attend. Encore une fois, je suis certain que si les choses évoluent, il y a un très bel avenir pour le rugby aux côtés de Nice.

On a des familles, des enfants, des compagnes qui quittent leur travail pour nous suivre et qui se battent pour retrouver un emploi dans la ville où on a choisi de continuer notre carrière

Sens-tu que certains joueurs commencent à réfléchir à leur avenir, à se protéger au cas où le couperet tomberait ?
Bien évidemment. Comme je le disais, on y pensait moins en début de semaine mais plus les jours passent, plus on sent que certains joueurs deviennent inquiets. On essaie de discuter entre nous pour se rassurer, d’aller chercher des informations à droite, à gauche. Pour le moment, on ne montre pas trop notre inquiétude. Il y a des joueurs arrivés il y a seulement trois semaines, un mois, à Nice, et d’autres présents depuis plus longtemps, qui se retrouvent aussi dans cette situation. On n’est pas tout seuls. On a des familles, des enfants, des compagnes qui quittent leur travail pour nous suivre et qui se battent pour retrouver un emploi dans la ville où on a choisi de continuer notre carrière. Ce n’est pas simple. Toutes ces choses font que la situation n’est pas évidente, et que, naturellement, on commence à réfléchir, à cogiter et à s’inquiéter pour notre avenir.

Si tu devais retenir une chose de ces derniers jours, serait-ce la solidarité entre vous ?
Oui, complètement. Ça ne fait qu’un mois qu’on se connaît, l’effectif a pas mal changé depuis la saison dernière. J’ai été agréablement surpris de notre investissement sur le terrain mais aussi en dehors pour apprendre à se connaître. Ça fait aussi partie de notre projet : intégrer les nouveaux arrivants. On a fait une très bonne préparation physique lors des trois premières semaines et le stage à Saint-Lary a aussi été très bon. Je sens que le projet de jeu est déjà bien assimilé par les nouveaux, qu’ils se sont très bien intégrés. On a beaucoup progressé sur ce mois de juillet. Ça serait dommage que tout s’arrête maintenant, alors que l’effectif est là, que tout est réuni pour fonctionner. Tout est prêt pour qu’on fasse une très bonne saison. Mais cela ne dépend plus de nous.

Une date a-t-elle été fixée ? Qu’attendez-vous concrètement, et pour quand ?
On a entendu dire qu’une décision serait prise ce mercredi. À partir de là, on devrait avoir plus de nouvelles. Je ne sais pas grand-chose de plus. Peut-être que des rencontres vont avoir lieu dans les jours qui viennent.

T’y prépares-tu déjà, que l’issue soit positive ou non ?
On y pense forcément. On essaie de penser au maximum au scénario positif, parce qu’on a envie que ce projet continue. Mais ça commence à nous trotter dans la tête, les nuits sont un peu plus courtes, il y a cette boule au ventre qui s’installe. Si en milieu de semaine prochaine on nous annonce que tout est fini, ce serait une première pour beaucoup de joueurs, et ce sont toujours des moments compliqués à vivre. On est cinquante joueurs, les recrutements sont terminés, les effectifs sont complets partout… Ce serait un vrai désastre. Peut-être une dizaine de joueurs retrouveraient un contrat, et le reste resterait sur le carreau. On a des jeunes pétris de talent, une équipe très complète. Personnellement, c’était ma dernière saison, donc c’est compliqué à avaler. Je n’ai pas envie de finir de cette manière. Je pense aussi à tous ces jeunes qui ont un très bel avenir dans le rugby et qui pourraient être fortement freinés si la situation venait à empirer.