Trente-trois joueurs vont souffler cette saison sur décision de la Fédération et de la Ligue. Reste à savoir lesquels, et personne ne le dit.
Le principe a été détaillé lundi par la Ligue nationale de rugby : 33 joueurs désignés par Fabien Galthié devront être laissés au repos au moins deux fois sur une période de huit rencontres, et ne pourront figurer que sur neuf des douze feuilles de match internationales de la saison.
Une précision s’impose d’emblée, parce qu’elle change la lecture de tout ce qui suit. Cette liste de 33 noms n’a pas été rendue publique. Arrêtée au printemps par le sélectionneur, elle n’a été dévoilée ni par la Ligue ni par la Fédération, et aucun club n’a communiqué le nombre de ses joueurs concernés. Les chiffres ci-dessous ne disent donc pas combien de joueurs chaque club devra mettre au repos : ils disent combien d’internationaux récents il a dans son effectif, c’est-à-dire dans quel vivier la liste a été puisée.
Le vivier, club par club
Depuis juillet 2025, 81 joueurs ont figuré sur une feuille de match du XV de France. Soixante-dix-huit d’entre eux sont inscrits dans un effectif de Top 14 cette saison, répartis sur les quatorze clubs. Nous en comptions 79 dans notre décompte du 31 août, qui retenait ceux ayant disputé le Top 14 2025-2026 : trois n’évoluent plus dans le championnat cette saison, deux n’y jouaient pas la précédente.
| Club | Internationaux depuis juillet 2025 |
|---|---|
| Stade Toulousain | 17 |
| Union Bordeaux-Bègles | 14 |
| RC Toulon | 9 |
| Section Paloise | 9 |
| Stade Rochelais | 6 |
| Montpellier | 5 |
| Aviron Bayonnais | 5 |
| Racing 92 | 3 |
| ASM Clermont | 3 |
| Stade Français | 3 |
| LOU Rugby | 1 |
| Castres Olympique | 1 |
| USA Perpignan | 1 |
| RC Vannes | 1 |
Joueurs ayant figuré sur une feuille de match du XV de France depuis juillet 2025 et inscrits dans un effectif de Top 14 en 2026-2027.
La moyenne est de 5,6 par club. Toulouse et Bordeaux en comptent 31 à eux deux, soit 40 % du total. Quatre clubs n’en ont qu’un.
Ce que cela permet de dire, et ce que cela ne permet pas
La liste est décrite comme principalement composée de cadres. Si elle suit à peu près la répartition du vivier, les clubs les mieux fournis auront mécaniquement le plus de joueurs à faire tourner. Mais rien ne l’établit : un club à 17 internationaux peut n’en avoir que cinq ou six sur la liste, et un club à un seul international peut avoir ce joueur dedans, auquel cas la contrainte porte sur 100 % de son contingent.
Ce qui est certain, en revanche, c’est l’écart de situation. Pour Vannes, Perpignan, Castres ou Lyon, la question se règle joueur par joueur. Pour Toulouse et Bordeaux, elle devient un paramètre de composition d’équipe sur toute la saison.
Emmanuel Eschalier, directeur général de la Ligue, présente le dispositif comme « un principe de responsabilité partagée » et précise que les deux principes « peuvent être aménagés en accord entre le staff de l’équipe de France et le staff du club ». Cette souplesse se négociera d’abord là où les internationaux sont les plus nombreux.
Les indices, à défaut de la liste
Faute de noms, le championnat va passer la saison à jouer une sorte de Qui est-ce ? à trente-trois cases : on élimine, on déduit, on observe qui souffle le week-end où l’on ne s’y attendait pas, sans jamais retourner la carte.
Un indice existe pourtant déjà, et il va à rebours de l’intuition. L’été dernier, les joueurs les plus utilisés en bleu n’ont pas été les cadres, mais ceux qui s’installent. Théo Attissogbe a disputé les trois tests, Jefferson Poirot également, Romain Ntamack deux. Dans le même temps, Antoine Dupont, Grégory Alldritt, Louis Bielle-Biarrey et Cyril Baille n’en ont joué aucun, alors que tous les quatre étaient encore sur les terrains avec leur club en juin. Ce ne sont pas des blessés écartés, mais des joueurs mis au repos : L’Équipe l’écrit explicitement pour Bielle-Biarrey, « laissé au repos par le staff des Bleus cet été ».
| Joueur | Tests de l’été 2026 | Dernier match avant la tournée |
|---|---|---|
| Théo Attissogbe | 3 | 18 juillet |
| Jefferson Poirot | 3 | 18 juillet |
| Romain Ntamack | 2 | 18 juillet |
| Damian Penaud | 1 | 4 juillet |
| Antoine Dupont | 0 | 27 juin |
| Grégory Alldritt | 0 | 14 juin |
| Louis Bielle-Biarrey | 0 | 6 juin |
| Cyril Baille | 0 | 6 juin |
Autrement dit, compter les sélections récentes pour deviner la liste conduirait à l’erreur inverse : les joueurs les plus protégés sont précisément ceux qui apparaissent le moins. C’est aussi ce qui relativise la portée du texte. Fabien Galthié faisait déjà tourner ses cadres avant qu’une convention l’y oblige ; ce que le protocole ajoute, ce n’est pas la pratique, c’est le fait qu’elle devienne opposable aux clubs.
Une double peine qui se profile
Le protocole n’arrive pas seul. À partir de la saison 2027-2028, les crédits de salary cap accordés pour les joueurs internationaux seront minorés, ce qui réduira l’avantage financier que représentait jusqu’ici un effectif richement doté en sélectionnés.
Les deux clubs qui fournissent le plus le XV de France seront donc aussi les deux qui composeront le plus avec les absences, puis les deux qui verront le plus se réduire la compensation qui allait avec. Avoir des Bleus a longtemps été un marqueur de réussite. Le calendrier de la Coupe du monde 2027 est en train d’en faire un exercice de gestion.




Commentaires