Face à Gaillac en quart de finale de Fédérale 1, Saint-Sulpice-sur-Lèze a décroché son ticket pour la Nationale 2. Le club haute-garonnais a également confirmé sa présence en demi-finale et défiera l’un de ses ogres de la division : Floirac.
Pour It’s Rugby, Franck Tebaldini, demi de mêlée et capitaine du club, est revenu sur le derby remporté face à Gaillac mais se projette sur la suite. Montée acquise, certes, mais Tebaldini et les siens en veulent plus. Entretien.
IT’S RUGBY. – Franck, comment te sens-tu quelques jours après cette victoire face à Gaillac, synonyme de montée ?
Franck Tebaldini : Cela faisait quatre ans qu’on allait régulièrement en quart de finale, et la troisième fois d’affilée qu’on se cassait les dents sur ce match de montée. Au-delà de cette accession en Nationale 2, l’enjeu était surtout de passer ce quart de finale. Il y avait pas mal de pression dans le groupe. On se disait que c’était l’année o jamais. Le premier sentiment, c’est du soulagement. Puis vient la fierté. On n’a pas eu une saison facile. En début de saison, on avait perdu quelques joueurs. On a fait monter pas mal d’espoirs et on ne savait pas trop où on allait. Finalement, la mayonnaise a pris. On a réussi à terminer premiers de notre poule, ce qui nous a permis de faire sauter le match de barrage et d’arriver plus frais sur les phases finales. Je suis super fier du groupe.
Comment as-tu vécu ce derby face à Gaillac ?
C’était un match pour la montée, un quart de finale, mais c’était avant tout un derby avec une ambiance énorme. Gaillac, c’est une équipe qu’on connaît bien. On les a dans la poule depuis deux ou trois saisons maintenant. C’est toujours particulier contre eux. En plus, ils gagnent souvent chez nous et on gagne souvent chez eux. On se connaissait par cœur. Leur force, c’est leur très gros pack, avec des joueurs massifs. Mais ils jouent bien au rugby également. C’était un bon match. J’en profite pour féliciter Gaillac, qui a été bon perdant. Sur l’ensemble des deux matches, ils méritaient autant que nous de passer. Ça s’est joué à quelques détails, et aussi à la défaillance de leur buteur. Bravo à eux. Je pense que l’année prochaine, ils seront difficiles à manœuvrer en Fédérale 1.
Le fait d’avoir échoué à plusieurs reprises au même stade, est-ce quelque chose qui vous a forgés ?
Oui, c’est sûr. On a un groupe qui a un gros vécu commun. Ça fait quelques saisons qu’on joue ensemble. Il y a toujours un ou deux joueurs qui nous rejoignent pour nous renforcer mais comme je l’ai dit dans le vestiaire avant le quart retour, on s’était donné rendez-vous l’année dernière à la même époque en se disant que cette année-là serait la bonne. Pour nous, c’était inconcevable de ne pas y arriver. On s’est aussi donné les moyens tout au long de la saison. On a travaillé sur des choses peu visibles. On a essayé de se préparer au mieux à la grosse chaleur qu’il y a eu dimanche. Je pense que la pièce est tombée de notre côté mais qu’on a mis les ingrédients pour qu’elle y tombe.
Tu parlais des espoirs qui ont intégré le groupe. Quelle est ta vision sur eux ?
On ne va pas se cacher : on n’a pas le plus gros budget en Fédérale (rire). On n’a certainement pas la plus grande ville. On est peut-être même la plus petite. On est obligés de trouver des solutions et de passer par la formation. C’est une fierté de voir ces jeunes qui étaient en espoirs l’année dernière et qui montent à ce niveau. Malheureusement cette année, les espoirs ne se sont pas qualifiés. C’était important pour nous qu’ils le soient chaque année. Mais quand on voit que sur le pack titulaire de la saison dernière, cinq d’entre eux jouent tous les week-ends avec nous maintenant… Ils amènent de la fraîcheur et de l’énergie. Pour la grande majorité, ce sont des gars formés au club. Et cela se ressent.
La montée, c'est un plus, mais ce n'était pas du tout ce qui nous animait
Il reste un, voire deux matchs, à jouer. Pensez-vous plus à cette montée ou au titre ?
Ce qui nous anime, c’est le titre. J’y pense depuis le début de saison. On a Benjamin Roquebert, un de mes meilleurs amis, qui arrête à la fin de saison. C’est mon souhait de le faire partir par la plus grande des portes. On va tout faire pour ça. On sait qu’on n’est pas favoris. Ceux qui connaissent un peu la Fédérale 1 mettaient Floirac et Annonay comme les deux gros favoris. On prend Floirac en demi (sourire). C’est la première montagne à passer et on va essayer de le faire. La montée, c’est un plus, mais ce n’était pas du tout ce qui nous animait.

Ce statut de petit poucet vous va-t-il bien ?
Tout à fait. J’ai grandi à 10 kilomètres de Saint-Sulpice, à Carbonne (Haute-Garonne, NDLR). J’ai toujours suivi les résultats du club. Je suis venu jouer avec Narbonne en 2018 à Saint-Sulpice et on avait perdu. Ce soir-là, je me suis dit que c’est là où il fallait que je sois. Je suis resté avec eux lors de la troisième mi-temps puis j’ai signé à Saint-Sulpice l’année suivante. Historiquement, on a toujours eu ce statut-là. On a toujours eu cette force de faire tomber les gros à la maison. La même année, Saint-Sulpice-sur-Lèze avait fait tomber Narbonne, Albi et n’était pas loin de le faire face à Valence-Romans. Tout cela grâce à notre état d’esprit qui fait vibrer les supporters et les dirigeants. Ce statut nous va bien.
Avez-vous déjà discuté de la montée en Nationale 2 avec vos dirigeants ?
Les dirigeants se préparent depuis trois ou quatre ans puisqu’à chaque fois on n’en était pas loin. On voit partout des articles qui parlent de montée. Mais ce qu’il faut dire, c’est que toutes les équipes de Nationale sont des grandes ou moyennes villes. Nous, c’est 2 300 habitants. Ce que nous donne la mairie, même si c’est le maximum pour eux, c’est dérisoire par rapport à ces équipes-là. On est obligés d’aller chercher ailleurs, auprès des spectateurs et des sponsors. Les présidents ont beaucoup bossé là-dessus. On en a discuté, oui. Je pense qu’on va monter. Mais on est vraiment focalisés sur la demi-finale. L’idée, c’est de ne pas en parler avant. On suivra ce que le club voudra faire.
Je pense qu'ils vont venir en tracteur ! Ils nous ont promis de faire un truc jamais vu
Face à Floirac, l’objectif c’est aussi de ramener tout le village au match ?
(sourire) Oui, on en a parlé avec les anciens. C’est une terre agricole. Benjamin (Roquebert, NDLR) est agriculteur et beaucoup d’anciens joueurs le sont aussi. Je pense qu’ils vont venir en tracteur ! Ils nous ont promis de faire un truc jamais vu. On a déjà envie d’y être. Il va y avoir une grande ambiance et ça va être une énorme fête pour le club et pour le village.

Que pensez-vous de cette équipe de Floirac ?
Ils n’étaient pas dans notre poule. On suivait les résultats de loin. On a commencé à regarder leur match contre Bagnères. C’est une équipe taillée pour la Nationale 2. C’est propre, ils jouent très bien, ils ont un très bon buteur et d’excellents trois-quarts. Contre Bagnères, qui était un gros morceau, ça tenait aussi la route en conquête et en mêlée. Ça va être un vrai test pour nous. Il n’y a pas trop de points faibles dans cette équipe. Ils sont favoris et c’est normal. Nous, nous sommes outsiders. On va essayer d’aller chercher des ressources autres que le rugby pour tenir tête à cette belle équipe.
Cela fait huit ans que tu es au club, donc. As-tu l’impression d’avoir toujours fait partie de l’équipe ?
Oui, complètement. Déjà, j’ai grandi à 10 kilomètres de là. On parle souvent du fait que le rugby change. Nous, on essaie de faire perdurer un état d’esprit où la fête est aussi importante que l’entraînement, où passer des moments ensemble compte autant que le terrain. On ne s’entraîne que deux fois par semaine, le mardi et le jeudi, contrairement à ce que certains pensent et disent (rire). Ils ont qu’à venir pour voir ! Le jeudi soir, on mange tous au club. Certains de nos dirigeants ou bénévoles ont 80 ans et le chef cuisinier en a 86 ou 87 ! Ils nous préparent toujours de super repas. On essaie d’optimiser le temps qu’on passe sur le terrain, parce qu’il est restreint. On essaie de garder cet état d’esprit de rugby de village, même si on est en Fédérale 1. On fonctionne comme un club de Régionale finalement (rire). Mais quand on est sur le terrain, on s’entraîne très dur. On a la chance d’avoir des coachs qui savent ce qu’ils font, et un préparateur physique au top. C’est chouette.


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