Hugh Chalmers est un homme bien occupé mais à l’esprit tranquille. Pendant une bonne vingtaine de minutes, l’ancien troisième-ligne emblématique de l’UBB a retracé sa longue carrière en Gironde. Débarqué en 2008, le Néo-Zélandais y a passé 10 ans. Il a connu des montées mais aussi de grands moments.
Au cours de cet entretien, Chalmers évoque son admiration pour Laurent Marti, le président girondin, l’ambiance unique dans l’arène de Chaban-Delmas et donne son pronostic avant la finale de Champions Cup entre l’UBB et le Leinster.
IT’S RUGBY. – Après un long passage à Bordeaux, vous avez terminé votre carrière à Vannes. Et ensuite, qu’avez-vous fait ?
Hugh Chalmers : J’ai fini par entraîner les avants puis les espoirs à Biarritz. Après, je suis parti à Beaune, en Bourgogne, comme manager et entraîneur. A l’époque, c’était en Fédérale 1 avant un passage en Nationale 2.
Êtes-vous toujours à Beaune aujourd’hui ?
Non. J’ai créé ma boîte d’analyse dans le rugby. Je travaille à distance pour des clubs. Je fais l’analyse, les retours vidéo pour les entraîneurs qui en ont besoin. C’est une option pour les coachs ou managers qui n’ont pas forcément les moyens de s’offrir un analyste à plein temps. Je bosse dans l’ombre pour les aider à gagner du temps, notamment sur les secteurs de la défense ou en touche.
Vous vivez toujours en Bourgogne en revanche…
Oui, toujours. Et je suis aussi plombier ! (rire). J’ai ouvert ma boîte donc j’ai beaucoup de travail en ce moment.
Dans votre région, certaines personnes vous reconnaissent-elles ?
C’est rare. La Bourgogne, ce n’est pas vraiment une terre de rugby. Ça l’était à une certaine époque, quand les mines étaient ouvertes. C’était alors un rugby très rude, un jeu d’avants. Avec le temps, ça n’a pas vraiment évolué avec le professionnalisme. Il y a Nevers, le club flirte plutôt avec l’Auvergne. Il y a eu Chalon, qui dans les années 2000, était à la porte de la Pro D2. Il n’y a pas vraiment de club phare en Bourgogne. Je suis reconnu de temps en temps, mais c’est très rare (sourire).
Que représente Bordeaux pour vous ?
Bordeaux, c’est une énorme partie de ma vie. J’ai 40 ans et j’ai vécu un quart de ma vie là-bas. J’ai joué pour ce club. C’est mon club de cœur. Bordeaux m’a permis de vivre mon rêve. C’est grâce à Laurent Marti, à sa vision, à ce qu’il voulait construire. Avoir participé à ça, c’est quelque chose d’énorme. C’est là où j’ai rencontré ma femme, là où mes deux filles sont nées. Si on me demande d’où je viens en France, je dis Bordeaux, c’est sûr.
Laurent Marti est un visionnaire

Êtes-vous surpris de voir le niveau de l’UBB aujourd’hui ? Et notamment le titre de champion d’Europe l’an passé ?
Pas du tout. Laurent Marti est un visionnaire. Je l’ai croisé il n’y a pas très longtemps. Très tôt, il a vu les capacités de Bordeaux et a franchi chaque étape nécessaire pour arriver là où le club est aujourd’hui. Il y a eu quelques années difficiles mais depuis que Yannick Bru a pris les rênes, on voit que l’équipe retrouve cet ADN. Elle joue de partout, elle produit des choses époustouflantes. C’est juste logique. L’ascension du club reste fulgurante.
Avez-vous un joueur préféré en particulier du côté de l’UBB ?
Je vais dire Jefferson Poirot. Et puis Cyril Cazeaux. Ce sont des mecs que je connais, de mon époque. Ça fait bizarre de les appeler « les anciens » (rire). C’étaient des petits poussins quand j’étais là. Ils sont arrivés avec les joues toutes rondes (rire). Quand je les vois maintenant, je suis tellement fier d’eux. Je n’ai pas vraiment un joueur préféré. Je pense que c’est justement la force de l’UBB : un beau collectif.
Vous avez aussi évolué avec Matthieu Jalibert…
Lors de ma dernière saison à Bordeaux, lui vivait sa première. Il avait une grande confiance en lui et en ses capacités. Il était déjà excellent. J’ai aussi connu Cameron Woki ou Maxime Lamothe. Pablo Uberti était encore chez les espoirs. Je ne me rappelle plus exactement de tous ceux avec qui j’ai pu jouer car j’ai pris trop de coups sur la tête ! (rire) Mais oui, j’ai eu la chance de jouer avec ces gars-là.
A Chaban particulièrement, il y a quelque chose de mythique que le Matmut n'a pas encore. Chaban, c'est magique. C'est à part
Quid de l’ambiance à Chaban ?
Je raconte toujours la même histoire. Je me rappelle qu’à notre premier stage à Saint-Lary, le président Marti nous avait montré une vidéo de Bègles-Bordeaux gagnant le championnat en 1991. L’équipe revenait en train et toute la ville de Bordeaux était bloquée par la foule. Il nous a dit que le public était là et qu’il fallait aller le chercher. Il avait raison : ils allaient nous soutenir à fond. Moi, je suis arrivé au moment où l’équipe de foot était championne de France. Au départ, on entendait que Bordeaux était une ville de foot. Ce n’est plus pareil maintenant. Je dis toujours que le public français dans les stades, c’est quelque chose à part. Si tu regardes le public du Super Rugby, sans être méchant, c’est pathétique à côté. L’ambiance apporte autant au spectacle que le jeu lui-même. Et à Chaban particulièrement, il y a quelque chose de mythique que le Matmut n’a pas encore. Chaban, c’est magique. C’est à part.
Quel est votre meilleur souvenir à Bordeaux ?
Dur de choisir un moment… Bizarrement, là où je suis le plus fier, c’est la saison où on a réussi à se maintenir en Top 14 après notre montée de Pro D2. Même si notre montée, c’était quelque chose. On avait fini dans les places de barragiste de Pro D2. On va à Grenoble, qui avait fini deuxième, et on les bat. Puis on affronte Albi à Agen et on les bat aussi. C’était complètement inattendu, un peu comme Montauban l’année dernière. Voir ce groupe de gars presque « inconnus » déjouer tous les pronostics… C’était impressionnant.

Avez-vous une anecdote marrante à nous raconter lorsque vous étiez à Bordeaux ?
Il y en a une qui me revient. On avait un pilier roumain qui s’appelait Silviu Florea. Il s’était énervé pendant une séance, il insultait tout le monde (rire). Il balançait des mots en roumain entrecoupés de « fucking » tous les trois mots. Avant d’entrer au vestiaire, il donne un grand coup de pied dans une glacière. Sauf que son pied s’est retrouvé coincé dedans (rire). Il a essayé de partir au vestiaire avec la glacière accrochée au pied. Il est sorti du terrain comme ça. Lui qui était tellement énervé deux secondes avant… Quand ton pilier s’énerve, tu te tais mais nous on rigolait. C’était magique comme moment. Et puis il y avait Grégory Bernard. Un deuxième ligne chauve. Bon il ne fallait pas dire qu’il était chauve (rire). Notre ailier Blair Connor lui avait fait la blague du pantalon baissé par derrière en début de séance. La séance a commencé et je pense qu’au bout de six minutes, Greg courait encore après Blair autour du stade. Il ne le lâchait pas. Au bout de dix minutes, Blair s’est arrêté et s’est fait charger.
Quelle personne vous a le plus marqué à Bordeaux ?
Plusieurs personnes m’ont marqué de façons très différentes, comme joueur mais aussi comme homme. Mais Laurent Marti a changé ma vie, ça c’est certain. La chance qu’il m’a donnée en me recrutant, ce qu’il a construit… Ce monsieur fait énormément pour énormément de joueurs. Personne ne peut nier ça. C »st un professionnel. Parfois, il y a des choix à faire, parfois à contre-cœur, mais il a toujours été droit dans ses bottes. Je ne pense pas qu’il y ait un joueur qui puisse dire du mal de lui.
Quand vous voyez Heini Adams, votre ancien coéquipier, dans le staff actuel de l’UBB. N’avez-vous pas envie d’en faire partie aussi ?
(rire) Je ne pense pas être assez fort pour ça. En Bourgogne, je suis bien avec ma famille. Ma femme a crée sa propre entreprise en tant que traiteur. Mes enfants sont bien ici. On a beaucoup bougé quand ils étaient jeunes : Bordeaux, Vannes, Biarritz, et puis ici. Maintenant, leur situation est stable et c’est bien comme ça. Mais bon, peut-être un jour ? Et qui sait, quand mes enfants quitteront la maison dans quelques années… En tout cas, je suis content de voir Heini sur les terrains. Ça fait plaisir de le voir encore courir, même si ce n’est plus aussi vite qu’avant (rire). C’était l’une de mes personnes préférés Honnêtement, moi je me vois plus travailler avec les jeunes qu’avec des professionnels. J’aime cette envie qu’ils ont, cette faim. Les jeunes ont vraiment plus besoin de coaching et de développement que de gestion et c’est ça qui m’attire.
Quel est votre pronostic pour la finale de Champions Cup contre le Leinster ?
Mon cœur dit Bordeaux. Et pas seulement pour des raisons sentimentales. Mais je pense que Bordeaux a encore un peu cette position d’outsider, ce qui est paradoxal pour le champion d’Europe en titre. Mais c’est là que Bordeaux peut faire des surprises. Avec Lucu, Jalibert et les trois-quarts, c’est très costaud. Mais le Leinster, c’est aussi la moitié de l’équipe d’Irlande. Cela peut donner un match très tendu. Je pense que ça va être un match de fou, un gros défi.

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