Dimitri Szarzewski a regardé la finale de Top 14 avec attention. Au lendemain du nouveau sacre de Toulouse face à Montpellier, l’ancien talonneur international (83 sélections) a pris le temps de se confier à It’s Rugby.

L’ex-joueur de Béziers, du Stade Français et du Racing 92 évoque notamment les performances individuelles de Jack Willis ou Peato Mauvaka, souligne le très bon travail du staff montpelliérain et évoque cette génération dorée du Stade Toulousain. Avec un œil éclairant.

IT’S RUGBY. – Dimitri, une nouvelle finale a été remporté par Toulouse, ce n’est plus une surprise…
Dimitri Szarzewski : Non, il n’y a pas de surprise. J’en ai discuté avec des amis qui étaient présents au Stade de France et avec des supporters mais je pense que Montpellier était l’équipe qui avait le plus d’armes pour rivaliser avec le Stade Toulousain. Et c’est ce qu’ils ont réussi à faire malgré tout.

La première période laissait présager un cavalier seul, puis a eu lieu le sursaut montpelliérain…
Je résumerai en opposant le manque d’efficacité de Montpellier face au réalisme toulousain. C’est vrai que le score à la mi-temps est un peu lourd par rapport à la physionomie du match. Le MHR aurait pu marquer juste avant la pause. Après, on connait l’efficacité des Toulousains. Ils sont cliniques. Dès qu’ils arrivent dans la zone de marque, ils ressortent avec des points. Ça, c’est la force des grandes équipes. C’est aussi pour cela qu’ils sont sur quatre sacres consécutifs. C’est énorme. Il y a eu la génération 1990 (1994, 1995, 1996, 1997). Avant, on parlait du Stade Bordelais mais c’était au début du siècle dernier. Rien à voir avec le rugby de maintenant et la dureté du Top 14.

Le Stade Toulousain, c’est ça. Ils ont l’expérience de ces matchs-là. Hier soir, on l’a encore ressenti. Les Montpelliérains ont eu des opportunités mais ils n’ont pas su les saisir. Ils ont préféré aller en touche pour essayer de marquer. Ils n’ont pas pris les points au pied. En seconde période aussi, ils ont voulu insister en jouant les pénalités à la main. Ils ont perdu deux fois le ballon trop facilement à cinq mètres de la ligne, après deux ou trois temps de jeu. Alors que les Toulousains, après trois ou quatre temps de jeu, proches des lignes, ont soit marqué des essais, soit ils sont repartis avec des points au pied.

Le jeu au sol a aussi été décisif, avec notamment la performance de Jack Willis…
Bien sûr ! On a vu une véritable guerre. Toulouse avait certainement ciblé cette zone. Ils ont ralenti les ballons de Montpellier. Et c’est vrai qu’en seconde période, ils ont été très performants. Ils ont récupéré beaucoup de pénalités dans ce secteur de jeu. Ou du moins, ils ont ralenti beaucoup d’offensives adverses. Après, parfois, c’était à la limite. Je trouvais que l’arbitre manquait parfois de cohérence à certains moments. C’est mon avis. Et après, on l’a vu, dès qu’il y a eu des ballons plus rapides à Montpellier, ils ont réussi à marquer. Donc, c’est une question d’efficacité. Dans le jeu au sol, il y a Marchand, il y a Meafou ou Mauvaka. Tous les joueurs sont capables de contester. Il y a Cros aussi, qui fait un travail de l’ombre énorme sur le terrain. Et puis Willis, forcément, qui est partout et qui excelle dans ce domaine. Il n’y a pas de faiblesse dans cette équipe. On aurait pu aussi parler de la mêlée fermée. Je pensais que les Montpelliérains allaient être un peu plus dominateurs mais le débat a été assez équilibré.

C'est dommage qu'il soit espagnol !

Que pensez-vous de la performance de Peato Mauvaka ?
Mauvaka, ce qu’il est capable de faire, c’est énorme. Il est capable de faire des crochets, d’accélérer, de jouer les intervalles. Mais il est aussi capable de te rentrer dedans (rire). Il sait tout faire. C’est un très grand joueur. Il a tout. La performance de Meafou, aussi, a été très bonne. Comme lors de la demi-finale. Offensivement ou défensivement, c’est un client. Il m’a encore une fois impressionné. Et c’est vrai qu’on ne parle pas assez de Cros qui fait un travail d’une ampleur exceptionnelle. On a tendance à oublier la première ligne et notamment Merkler. Ce qu’il est capable de réaliser dans ses déplacements, son abattage défensif… Il avance aussi sur les duels. Pour moi, c’est dommage qu’il soit espagnol (rire). Il aurait pu jouer pour l’équipe de France. En tout cas, il a tout le potentiel pour. Et même Neti ! On ne parle pas de lui. Il s’est vraiment démené. Il est dur à l’impact. C’est vrai qu’on a tendance à se concentrer sur la ligne de trois-quarts toulousaine mais tout commence devant. Et que dire de la qualité du banc de Toulouse… Quand tu remplaces, Lebel par Ramos, Brennan par Flament ou Mauvaka par Flament, c’est très solide. C’est vraiment une équipe très complète, encore favorite à sa propre succession la saison prochaine.

Et est-ce un souci pour le suspense du championnat ?
(il hésite) Oui et non. Forcément, ils sont au sommet en ce moment. Ils ont une génération exceptionnelle. Après, il y a des équipes qui sont en train de monter en puissance, comme Montpellier, qui a été capable de rivaliser. Bordeaux aussi , on l’a vu. Ils ont été capables de battre deux fois de suite le Stade Toulousain en Champions Cup. Après avoir gagné deux fois la Champions Cup, ils vont avoir à cœur de gagner le Bouclier de Brennus. C’est l’obsession aussi de Laurent Marti, le président girondin. Toulon voudra certainement montrer autre chose. Le Racing a confirmé son bon retour. La Rochelle est en train aussi de recruter pour essayer de retrouver la régularité qu’elle avait pu avoir il y a deux ans. Il y a le Stade Franaçis, aussi. En tout cas, c’est sympa à regarder.

Le travail de Joan Caudullo et de tout son staff a tout de même été remarquable, partagez-vous cet avis ?
Oui, complètement. Ils avaient quelque peu perdu leur identité club. Et là, ce qu’ils ont réussi à faire, c’est top avec notamment staff qui connait parfaitement la maison. C’est la clé. Il faut regarder Toulouse. Ceux qui entraînent Toulouse sont tous passés par le Stade Toulousain. Ils connaissent parfaitement l’identité, la culture du club. Montpellier est en train de faire la même chose. Généralement, c’est comme ça qu’on arrive à transmettre toutes les émotions, le savoir-faire et le savoir-être. J’espère qu’ils vont continuer comme ça. Ils ont fait un sacré bon boulot. Et après, on a beaucoup parlé des joueurs de Toulouse, mais à Montpellier, il y a eu aussi de sacrés mecs. Je pense à Billy Vunipola ou Lenni Nouchi. Verhaeghe aussi, il a fait une saison au top. La mêlée de Montpellier aussi, c’est du costaud ! Les talonneurs, aussi. C’étaient les deux meilleures équipes en fait. La logique a été respectée, le premier a encore remporté le Top 14. C’est important de finir à cette place car car te permet de recharger et les batteries et d’arriver avec plus d’énergie.