Une finale est toujours un moment à part. Surtout au Stade de France. L’ambiance ne commence pas au coup de sifflet, elle démarre en gare Montparnasse, où les premiers polos, drapeaux et maillots font leur apparition. Dans les rues, les supporters se fondent encore dans la masse des touristes. Mais à mesure que les heures avancent, les bars diffusant la finale se remplissent.

Une finale Top 14 qui se vit avant le coup d’envoi

Sous un soleil de plomb, chacun cherche une place au frais. En arrivant au stade, chaque groupe de fans suit religieusement le chemin balisé, non pas pour prendre une bière, l’alcool ayant été interdit à la vente en raison de la chaleur. Certains grincent des dents.

Bien installés dans les tribunes, Rouge et Noir et Bleu et Blanc donnent déjà de la voix dès l’échauffement. Côté décibels, net avantage aux Toulousains, mais les inconditionnels héraultais ne sont pas en reste.

Mauvaka et Dupont plantent le décor

La Marseillaise chantée, le long protocole des poignées de main avec Emmanuel Macron accompli, les Cistes vont pourtant vite déchanter. Dès la 6e minute, un éclair de Mauvaka, qui expédie Taofifenua en tribune sur une feinte de passe, plante le décor. Le talonneur international, en grande forme, récidive à la 33e. Puis Dupont, toujours aussi tranchant sur ses soutiens intérieurs, inscrit le troisième essai à la 36e.

Anthony Bibard – Photo by Icon Sport

La botte de Domingo Miotti, deux pénalités avant la demi-heure, limite les dégâts, sans inverser la tendance. Romain Ntamack, lui, fait parler son pied face aux perches. En tribune, certains soufflent, Toulouse semble bien parti pour un quatrième titre consécutif. Les autres savourent.

Montpellier y croit, Willis referme la porte

La seconde période relance l’espoir montpelliérain avec Justo Piccardo, le centre argentin du MHR, qui aplatit dès la 41e (transformation Miotti). Le talonneur Uelese est proche d’aplatir un deuxième essai, mais Lebel joue son duel à l’épaule avec un aplomb consommé. L’ailier commet pourtant une lourde erreur en envoyant délibérément le ballon en touche, sanctionnée d’un carton jaune à la 43e. Le public montpelliérain se met à y croire.

Mais Jack Willis, le gratteur insatiable, annihile chaque offensive et met ses grappins dans tous les rucks. Les Héraultais étaient prévenus. Rien n’y fait, et Ntamack ajoute trois points à la 52e.

Le sang frais montpelliérain ne produit pas l’électrochoc attendu. En revanche, l’entrée en jeu de Thomas Ramos est accueillie par une ovation méritée, qui réveille un public légèrement assoupi et de plus en plus inquiet à mesure que le ciel se couvre. À raison : de puissants orages contraignent l’arbitre à interrompre la rencontre, juste avant l’heure de jeu. Le match reprend sur une mêlée à cinq mètres de l’en-but toulousain, une aubaine pour les Cistes, épuisés à force de se heurter au mur rouge et noir.

Coly ravive l’espoir, la défense toulousaine tient

Épuisés vous avez dit ? Pas vraiment. Un nouveau sursaut intervient à la 63e minute avec un éclair de Léo Coly, le futur joueur de Bayonne. Feinte de passe, accélération, crochet sur Ntamack, essai puis transformation dans la foulée : sept points supplémentaires à plus d’un quart d’heure de la fin. Alors peut-être…

Une nouvelle prise de balle autoritaire et tranchante de Thomas Darmon remet des frissons dans les travées, les supporters toulousains commencent à douter. La crispation se lit sur les visages. À l’image de Jordan Uelese, assis sur le banc des remplaçants, se rongeant les ongles. Chaque décision arbitrale est scrutée voire contestée.

73e minute, Graou manque sa chandelle, tout le monde est hors-jeu. Montpellier obtient une pénalité, Coly trouve une touche magnifique à cinq mètres de l’en-but adverse. Le stade se met à chanter, à pousser, mais Tolofua lobe Bécognée. Comme un symbole, la meilleure touche du Top 14 vacille au plus mauvais des moments.

À deux minutes du terme, Barassi perce mais le ballon est vendangé, Taofifenua puis Cadot s’envoient l’olive, Nouchi déborde mais Roumat réussit son retour.

Toulouse dans l’histoire, comme en 1994-1997

C’est finalement Toulouse qui entre une nouvelle fois dans l’histoire, comme lorsqu’il a remporté quatre titres consécutifs en 1994, 1995, 1996 et 1997. Si les supporters exultent, la joie semble plus mesurée sur la pelouse. Les Rouge et Noir en ont maintenant l’habitude… Venir détrôner l’ogre toulousain relève d’un exploit retentissant.

Montpellier, auteur d’une saison remarquable, deux ans après sa presque descente en Pro D2 et un barrage étriqué face à Grenoble, n’aura pas démérité. La dérouillée annoncée par certains n’a pas eu lieu. Place désormais au repos pour certains ou aux échéances internationales pour d’autres.

La feuille de match
Stade Toulousain 28 – 20 Montpellier (mi-temps : 20-6)
Toulouse : 3 essais Mauvaka (6e, 33e), Dupont (36e) ; 2 transformations Ntamack ; 3 pénalités Ntamack (25e, 39e, 52e). Carton jaune : Lebel (43e).
Montpellier : 2 essais Piccardo (41e), Coly (63e) ; 2 transformations Miotti, Coly ; 2 pénalités Miotti (23e, 28e).