Il y a quatre jours, nous écrivions que Siya Kolisi rejouait enfin. Le capitaine des Springboks était titularisé en troisième ligne à Buenos Aires, première apparition de son année 2026. Elle aura duré vingt-quatre minutes. Sorti en se tenant l’arrière de la cuisse, remplacé par Marco van Staden, il a regardé son équipe s’imposer 17-10 sans convaincre. Le premier test contre les All Blacks à Ellis Park est dans moins de deux semaines.

Vingt-quatre minutes, trois plaquages, cinq ballons portés

Le bilan de la soirée de Siya Kolisi tient en une ligne de statistiques. Titularisé au poste de troisième ligne aile, il a quitté l’Estadio José Amalfitani à la 24e minute en portant la main à l’arrière de la cuisse. Marco van Staden l’a remplacé. En conférence de presse, le capitaine a confirmé la nature de la blessure et annoncé passer un examen.

C’est la deuxième fois en un an que le même muscle le sort d’un match. Le calendrier ne lui laisse aucune marge : le premier des quatre tests contre les All Blacks se joue à Ellis Park, un stade où l’Afrique du Sud ne se présente jamais diminuée par choix.

La courbe que personne ne regarde

Le débat public se concentre sur ce test-là. Il vaut mieux regarder les quatre dernières années. Voici la part des matchs des Springboks que leur capitaine a effectivement disputés.

AnnéeMatchs des SpringboksKolisiPart
2022131292 %
202313862 %
202413969 %
2025151173 %
20264125 %

En 2022, Kolisi jouait presque tout. Depuis, il tourne autour de sept matchs sur dix. Et cette année, sur les quatre sorties sud-africaines, il n’en a disputé qu’une seule, celle de samedi, pendant vingt-quatre minutes.

Le détail de 2026 est éloquent : absent contre l’Angleterre le 4 juillet, absent contre l’Écosse le 11, absent contre le pays de Galles le 18. L’Afrique du Sud a gagné ces trois matchs 45-21, 42-28 et 43-0. Le carton plein du Championnat des Nations s’est construit sans lui.

Un capitaine que son équipe a appris à remplacer

C’est peut-être là le vrai enseignement. À 35 ans et 104 sélections depuis sa première cape en juin 2013, Kolisi n’est plus une pièce dont l’absence désorganise quoi que ce soit. Rassie Erasmus a passé quatre saisons à construire un effectif où chaque poste dispose de deux titulaires possibles, et la troisième ligne est l’endroit où cette profondeur est la plus visible.

Contre l’Argentine, c’est d’ailleurs un autre troisième ligne, Cameron Hanekom, qui a inscrit l’essai décisif et récolté les meilleures notes de la presse sud-africaine. Marco van Staden, entré à la place du capitaine, a tenu son rang pendant cinquante-six minutes.

Ce que la série va vraiment coûter

Reste que la série contre les All Blacks n’est pas un test de juillet. Quatre matchs en cinq semaines, dont trois en Afrique du Sud et un aux États-Unis, contre l’adversaire qui pousse le plus les Springboks dans leurs retranchements. Les deux équipes se présentent avec des interrogations sur leur profondeur, et Schalk Burger a publiquement estimé que le rythme élevé des Néo-Zélandais pourrait leur coûter cher sur la durée.

Dans ce contexte, la question n’est pas de savoir si l’Afrique du Sud peut gagner sans Kolisi, elle l’a déjà démontré trois fois cet été. Elle est de savoir si elle peut se permettre de le récupérer à moitié remis pour un quatrième test, alors qu’elle a tenu quatre-vingts pour cent de sa saison sans lui.