Dans la lignée de ceux qui deviennent consultants, entraîneurs, dirigeants ? Absolument pas ! Il n’a jamais vraiment quitté les terrains, mais Rémy Martin, lui, a choisi un autre vestiaire. Une autre odeur aussi. Celle du pain chaud au petit matin.

À Apt, dans le Vaucluse, l’ancien troisième ligne international ouvre désormais les portes de sa boulangerie avant que la ville ne s’éveille. Les crampons ont laissé place aux fournils, les vestiaires aux laboratoires, les discours d’avant-match aux réunions d’équipe. Le décor a changé. Pas les principes.

À bientôt 47 ans, il dirige aujourd’hui une quinzaine de salariés avec la même obsession qu’autrefois sur les pelouses du Top 14. Faire gagner le collectif.

Rémy Martin, ancien troisième ligne international, aujourd'hui boulanger à Apt

« J’ai trois boulangers, six personnes en préparation, six vendeuses… et moi au milieu. J’essaie de chapeauter tout ça comme on m’a appris pendant quinze ans dans une équipe de rugby. J’ai envie qu’il y ait de l’entraide, un vrai groupe.« 

Costume de manager

« Groupe« , c’est bien le (bon) mot. Pas entreprise. Pas personnel. Groupe. Comme si le rugby continuait de souffler discrètement dans chacun de ses choix.

Pourtant, rien ne destinait vraiment Rémy Martin à enfiler un tablier. Loin de là.

Quand il raccroche les crampons en 2015, son premier projet est tout autre. Il envisage de reprendre des études pour devenir kinésithérapeute. Il repasse même un diplôme pour intégrer une école. Puis la vie, comme souvent, rebat les cartes. Un divorce vient bouleverser les plans. Il faut reconstruire autrement.

Il rejoint alors Carmila, la foncière de Carrefour. Pendant neuf ans, il gravit les échelons jusqu’à devenir directeur régional de l’ensemble du sud de la France. Un costume de manager qu’il porte avec sérieux, mais sans jamais abandonner une idée qui grandit lentement dans un coin de sa tête.

Ouvrir un commerce. Pas n’importe lequel.

Simplicité, proximité

Au fil de ses rencontres avec les enseignes installées dans les centres commerciaux, une franchise retient son attention. Boulangerie Ange. Il lui faudra trois années supplémentaires pour concrétiser ce projet, trouver un local, patienter, bâtir son dossier.

Rien ne presse quand on sait où l’on veut aller. « Ce qui m’a plu, c’est la simplicité, la proximité, le tutoiement. Ça m’a rappelé mes quinze années de rugby. Les valeurs correspondaient complètement aux miennes. »

Le parallèle est là, devant lui. « Dans un vestiaire comme dans un fournil, chacun dépend de l’autre. Les erreurs se paient collectivement. Les réussites aussi.« 

Pragmatisme

Depuis son ouverture, en mai dernier, les journées commencent bien avant l’aube. « La concurrence existe. Il faut convaincre une clientèle, faire connaître l’adresse, ne jamais relâcher l’attention.« 

Il poursuit : « Il faut être précis, pragmatique et à l’heure sur tous les rendez-vous. » Une phrase très rugby, non ? Le rugby, pourtant, s’est éloigné. Faute de temps.

Avant d’ouvrir sa boulangerie, Rémy Martin avait retrouvé les terrains comme entraîneur de l’UMS. Deux saisons, une montée de Fédérale 3 en Fédérale 2, puis un nouveau départ.

Rémy Martin sous le maillot de Béziers lors d'un match amical contre Narbonne en 2013
Remy MARTIN – 13.08.2013 – Beziers / Narbonne – Match amical – Photo: Winter Press / Icon Sport – Photo by Icon Sport

« Le rugby a beaucoup évolué »

Aujourd’hui, il regarde davantage les matches qu’il ne les prépare. Et il aime ce qu’il voit.

« Le rugby a beaucoup évolué. Les joueurs sont plus protégés, et c’est tant mieux. Les chocs sont beaucoup plus violents qu’avant. Je me suis régalé devant la finale du Top 14. »

Il sourit même en repensant aux anciens qui lui répétaient déjà que le rugby n’était plus celui de leur époque. À son tour, il regarde les nouvelles générations avec une pointe de nostalgie mêlée d’admiration. Et cette nouvelle génération, elle passe aussi par sa propre maison.

Fratrie

Roméo, son fils aîné, évolue à Toulouse. Il vient de participer à la Coupe du monde U20 en Géorgie et d’y inscrire un essai face aux Fidji. Jules, bientôt majeur, rejoindra lui aussi les Rouge et Noir après avoir quitté Bayonne. Derrière eux, le petit César, sept ans, court déjà partout avec un ballon à Cassis. Une belle fratrie… Trois garçons. Trois histoires qui s’écrivent à leur rythme.

L’ancien joueur du Stade Français, longtemps opposé au Stade Toulousain dans les grandes années du championnat, regarde donc désormais les Rouge et Noir avec un autre regard. « J’étais pour Toulouse ce week-end, expliquait-il après la finale de Top 14, remportée par les hommes d’Ugo Mola. Mon fils y est heureux. Je suis surtout fier d’eux.« 

Il insiste d’ailleurs sur un point : « Leur choix, ce n’est pas le mien. »

Rémy Martin lors de Montpellier - Bayonne en Top 14, en mars 2012
Remy MARTIN – 10.03.2012 – Montpellier / Bayonne – 20eme journee de top 14 Photo : Nicolas Guyonnet / Icon Sport – Photo by Icon Sport

« Aujourd’hui, je suis cassé »

Car l’ancien international connaît trop bien ce que coûte une carrière pour pousser qui que ce soit sur ce chemin. « Bien sûr que j’aurais préféré qu’ils fassent autre chose. Aujourd’hui, je suis cassé. Tous les joueurs le sont. Si quelqu’un vous dit le contraire, ce n’est pas possible. »

Le constat est brut. Sans amertume. Car immédiatement vient la nuance. « Mais vivre de sa passion… qu’est-ce qu’il y a de mieux ? »

Tout est là. Rémy Martin parle aujourd’hui du rugby comme on parle d’un vieux compagnon de route avec qui on baroudait de longues années. Avec affection, parfois avec douleur, jamais avec regret.

Nez dans le vin

Il rêve désormais d’ouvrir d’autres boulangeries, développe en parallèle un petit domaine viticole de 5.000 bouteilles par an près de Nîmes et regarde ses enfants poursuivre une histoire qu’il connaît par cœur.

Lui n’a plus besoin d’entrer sur le terrain. Il a simplement « changé de mêlée« . Et, au fond, il continue exactement le même métier. Celui qui consiste à rassembler des hommes autour d’un projet commun.

Rémy Martin lors de Montpellier - Toulouse en Top 14, en décembre 2011
Remy MARTIN – 23.12.2011 – Montpellier / Toulouse – 13eme journee de Top 14 Photo : Nicolas Guyonnet / Icon Sport – Photo by Icon Sport