Quatre ans après sa dernière finale, Guilhem Guirado vit entre son agence d'assurance et des conférences en entreprise. L'ancien capitaine du XV de France aménage aussi, à l'étage d'une grange, un bureau-vestiaire qui tiendra du petit musée.
Il a disputé 202 rencontres sous le maillot de l’USAP entre 2006 et 2013, 110 à Toulon de 2014 à 2018, 45 à Montpellier pour finir, et il a rangé les crampons sur la finale du Top 14 du 24 juin 2022, gagnée 29-10 contre Castres, qu’il a jouée en entier sous le numéro 2. Entretien avec Guilhem Guirado, qui a fêté ses 40 ans en juin.
« Quatre ans, ça passe vite »
Guilhem, comment allez-vous ? Cela fait quatre ans que vous vous êtes arrêté…
Quatre ans, oui, c’était la fête d’anniversaire fin juillet. Quatre ans, ça passe vite, c’est fou !
On résume : Perpignan, Toulon, Montpellier, l’équipe de France, 74 sélections, des capitanats en veux-tu en voilà, et pour le dernier match, le Bouclier de Brennus…
Génial. Dans les rétroviseurs, je me rends compte de la chance et de tout le terrain parcouru, de l’opportunité que j’ai eue de pouvoir faire une carrière de joueur pro. Après, ce sont surtout tous les amis que je me suis faits. Ça, c’est vraiment génial.
L’école du vestiaire de Perpignan
Est-ce que je me trompe si je dis que vous avez été un joueur et un capitaine « tactile », le besoin de toucher les joueurs, les partenaires, d’être près d’eux ?
Oui, parce qu’on m’a bercé dans ce sens-là, on m’a appris ce sport où il fallait mieux être soudé, sachant qu’à plusieurs on était plus fort que tout seul. J’ai eu ce sentiment, j’ai été bien éduqué, j’ai été bien bercé par le club de Perpignan, qui m’a beaucoup appris et qui m’a beaucoup servi dans ce sport pour la suite de ma carrière, y compris dans des moments très difficiles à vivre. C’est très important quand on se construit en tant qu’homme, au plus jeune âge.
Des mentors ?
Je suis arrivé dans le vestiaire en bonne compagnie ! C’était impressionnant, mais aussi intimidant, avec des joueurs comme Michel Konieckiewicz, Grégory Le Corvec, Bernard Goutta, des légendes du club de Perpignan. Donc s’asseoir ne serait-ce qu’à côté d’eux, c’était déjà très compliqué. Il faut faire preuve aussi de solidité pour obtenir leur confiance. J’ai énormément appris aussi avec des joueurs comme Christophe Porcu : quand tu joues avec lui, tu apprends beaucoup plus vite. Je suis fier du parcours que j’ai pu faire avec tous ces joueurs, ils m’ont tous apporté énormément.
Une agence d’assurance, des conférences et une grange
Aujourd’hui, c’est quoi le quotidien de Guilhem Guirado ?
Aujourd’hui, mon activité principale reste mon cabinet et mon agence d’assurance AXA, que je partage avec mon collaborateur et ma collaboratrice. Ça me prend énormément de temps, mais j’ai aussi des moments pour moi, qui me permettent de faire découvrir mon parcours et le rugby à travers des conférences, des séminaires. Ce sont des moments privilégiés où j’aime bien avoir un rôle sur le management. Tout ce que j’ai pu retranscrire depuis le rugby vers le monde de l’entreprise, c’est très plaisant. Et puis j’ai deux ou trois projets personnels, dont je vois la fin. On avait acheté une grange avec ma femme, elle en a fait son atelier de couture en bas, au rez-de-chaussée. À l’étage, je suis en train de finir un bureau-vestiaire, un peu musée. J’ai ce qui est stocké dans mon garage, bien à l’abri : c’est quelque chose que je vais dépoussiérer. Ça m’a pris beaucoup de temps, ces travaux, que j’ai faits aussi avec mon père, pour donner du sens à ce bureau. Du coup, ça me fera très plaisir de pouvoir y mettre tous les ballons que j’ai récupérés, tous les shorts, chaussettes, maillots, tout ce qui touche au rugby, que j’ai gardé précieusement. C’est quelque chose que j’appréciais lors des matchs, quand je jouais en équipe de France : les maillots, les caps, et ce qui était pour moi le plus impressionnant et ce qui me rendait le plus fier, c’était souvent d’échanger la cravate avec le capitaine adverse. J’ai tout ce qu’il faut pour essayer d’habiller ce magnifique bureau et ce magnifique « petit musée ».
Le Brennus au milieu de l’hégémonie toulousaine
Vous avez connu des ascenseurs émotionnels, en haut, en bas, très en bas, très en haut, mais le dernier match, c’était pour toucher le Bouclier de Brennus…
Oui, c’est vrai que même aujourd’hui, ça me paraît presque invraisemblable. Quand on voit l’hégémonie du Stade Toulousain, qui écrase tout sur son chemin, avoir pu jouer une finale et avoir été titré en 2022 au milieu de cette pluie de titres des Toulousains, qui est en plus la première fois pour Montpellier, c’est quelque chose d’exceptionnel, quelque chose qui nous a marqués à vie avec le club. Tous les joueurs qui ont eu la chance de jouer ce match-là et surtout d’avoir pu célébrer… C’est vraiment quelque chose qui me rend extrêmement fier.
Le rugby politique, puis les moins de 15 ans de sa fille
Vous vous êtes lancé, après le rugby du terrain, dans le rugby « politique », sur une liste…
Oui, effectivement, j’y ai goûté. Malheureusement, ce n’était pas comme sur mon terrain que je connaissais, le rectangle vert, avec des règles où on va dire qu’il n’y avait pas de coups bas, c’était loyal. Et là, je me suis aperçu que ce n’était pas mon image du rugby, j’ai été drôlement déçu par le milieu, j’ai voulu m’en sortir, j’ai voulu prendre du recul. J’ai retrouvé une petite goutte de passion avec ma fille, qui joue en moins de 15 ans. C’est quelque chose qui m’apporte de la confiance, qui me fait du bien, parce que ça me permet d’aérer l’esprit, de reparler rugby, ça ne se prend pas trop au sérieux. Après, je reste un grand passionné et un grand amateur de ce sport, parce qu’il me stimule toujours autant.
Guilhem Guirado, un homme heureux ?
Un homme épanoui, oui.
La série « Après la sirène »
Ils ont joué, entraîné, dirigé ou arbitré, et un jour le dernier coup de sifflet est tombé. « Après la sirène » va voir ce qu’ils sont devenus une fois le maillot rendu : le métier, les projets, ce qui reste du rugby dans leur quotidien. Guilhem Guirado ouvre la série.






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