Il y a les joies, les sacres et les couronnes nationales, européennes ou mondiales. Mais le sport, ce n’est pas que ça. C’est aussi les émotions, les revers et les désillusions. La finale de HCup 2010 reste un souvenir douloureux pour les joueurs, dirigeants et supporters du Biarritz Olympique.

Opposés au grand Stade Toulousain, les Basques se sont inclinés au stade de France (19-21), souffrant notamment d’une nette domination des Rouge et Noir en mêlée fermée.

Pour It’s Rugby, l’ancien international Jérôme Thion (54 sélections), capitaine du BO et aujourd’hui consultant pour Canal +, a accepté de replonger dans cette finale franco-française qui n’aura pas tourné à l’avantage du BO. Entretien.

IT’S RUGBY. – Quels souvenirs gardez-vous de cette finale de 2010 ?
Jérôme Thion : Nous réalisons une saison de Top 14 moyenne mais la Coupe d’Europe nous permet de retrouver un peu de confiance. Nous nous retrouvons en finale, ce qui est déjà énorme. Il y a tout l’engouement du public derrière nous. On affrontait une équipe très dominante. En termes de résultats, nous n’étions pas du tout au même niveau qu’eux à cette époque. Pour nous, c’était presque un tour d’honneur, notamment pour les anciens dont je faisais partie. Nous savions que ce serait sans doute l’une des dernières finales que nous jouerions tous ensemble, avec Dimitri Yachvili, Damien Traille ou Imanol Harinordoquy. Nous appartenions à une génération déjà championne de France, qui avait perdu la finale de 2006 contre le Munster à Cardiff alors que nous avions les moyens de la gagner. Cette fois, nous ne voulions pas laisser passer l’occasion. Nous voulions décrocher quelque chose ensemble. Malheureusement, on ne l’a pas fait.

La demi-finale contre le Munster a-t-elle laissé des traces avant la finale, notamment sur le plan physique ?
Oui, forcément. Quand vous jouez une demi-finale contre l’une des meilleures équipes européennes, vous dépensez énormément d’énergie. En plus, c’était une équipe très solide devant. En finale, nous sommes arrivés avec pas mal de blessés. Nous n’avions plus de pilier droit. Alexandre Barozzi, qui faisait partie du groupe et qui était notre seul droitier capable de jouer à ce niveau, n’avait pas été inscrit sur la liste de Coupe d’Europe. Nous avons donc dû faire avec les moyens du bord. Face à une équipe comme le Stade Toulousain, avec une mêlée surpuissante, c’était très compliqué de rivaliser.

C’est un match qui aurait pu basculer à la fin. Nous pouvions même passer devant, malgré nos difficultés en mêlée. C’est clairement dans ce secteur que nous avons le plus souffert. Nous subissions en permanence. Psychologiquement, quand vous êtes dominé de cette façon, c’est difficile de passer au-dessus

Pourtant, malgré la domination toulousaine évoquée à l’époque, le score reste serré. Comment l’expliquez-vous ?
C’est un match qui aurait pu basculer à la fin. Nous pouvions même passer devant, malgré nos difficultés en mêlée. C’est clairement dans ce secteur que nous avons le plus souffert. Nous subissions en permanence. Psychologiquement, quand vous êtes dominé de cette façon, c’est difficile de passer au-dessus. Chez nous, la mêlée était habituellement un point fort. Forcément, quand on est pris devant, c’est difficile d’envoyer du jeu pour nos trois-quarts. Toulouse a été très efficace. Dès qu’ils entraient dans notre camp, ils prenaient des points.

Que retenez-vous de l’atmosphère de cette finale au Stade de France ?
Il y avait près de 80 000 spectateurs. C’était énorme. Une finale au Stade de France, en plus franco-française… On ne pouvait pas rêver mieux. Nous avions déjà joué des finales là-bas et nous les avions gagnées. Ce n’était donc pas quelque chose qui nous posait problème. Nous connaissions l’ambiance, la pression, et nous avions l’habitude de jouer dans ce type de contexte. La préparation et la finale ont été incroyables à vivre. Malheureusement, le résultat n’a pas été celui que nous espérions.

Jérôme Thion, ici au sol, était le capitaine du BO lors de la défaite en finale de HCup contre Toulouse.

Vous souvenez-vous d’une performance individuelle marquante pendant ce match ?
Je me rappelle davantage des matchs gagnés que des matchs perdus. Les défaites, nous essayons plutôt de les oublier. Je me souviens surtout de certains joueurs qui étaient auparavant nos coéquipiers et qui se retrouvaient en face, comme Thierry Dusautoir ou Census Johnston. C’était frustrant de jouer contre des joueurs que nous appréciions beaucoup et qui nous dominaient.

Perdre une finale, c’est toujours très dur, surtout quand la saison n’est pas terminée. Le Top 14 continuait, et rien n’était acquis. Nous devions encore nous battre pour bien finir la saison. Nous faisions partie d’une génération qui savait que ce serait probablement ses dernières phases finales

En tant que capitaine, comment avez-vous vécu l’après-finale et la remobilisation du groupe ?
Ça a été compliqué. Perdre une finale, c’est toujours très dur, surtout quand la saison n’est pas terminée. Le Top 14 continuait, et rien n’était acquis. Nous devions encore nous battre pour bien finir la saison. Nous faisions partie d’une génération qui savait que ce serait probablement ses dernières phases finales. Nous en avons profité, mais la défaite a rendu la fin de saison difficile.

Est-ce l’un des souvenirs les plus douloureux de votre carrière ?
Non, mais ça en fait partie. Il y en a deux particulièrement douloureux. Les finales contre le Munster et contre le Stade Toulousain. Ce sont deux matchs où nous avions la possibilité de gagner, et où nous avons énormément de regrets car tout s’est joué à très peu de choses. Comme on a encore pu le voir le week-end dernier, ce sont les détails qui font la différence. À ce niveau, tout se joue sur des détails. Et si vous ne les maîtrisez pas, vous ne pouvez pas espérer gagner.