Tout juste de retour à la maison après un match sensationnel des Blues d’Auckland face aux Highlanders (47-40), Ewan Bertheau a pris le temps de se poser. Pour It’s Rugby, le rugbyman français de 24 ans a accepté de parler sans langue de bois.
L’ancien joueur de Perpignan ou de Biarritz est revenu sur son divorce avec Mont-de-Marsan il y a quelques semaines. Avec franchise, il y évoque des promesses non tenues et des relations compliquées avec le staff.
Bertheau, formé au CABBG, s’est surtout confié sur sa nouvelle aventure en Nouvelle-Zélande. Amoureux de ce pays et des All Blacks, le troisième-ligne est en train de réaliser son rêve d’enfant. Entretien.
IT’S RUGBY. – A la surprise générale, vous avez quitté le Stade Montois, en pleine saison. Comment cela s’est fait ?
Ewan BERTHEAU : J’en avais un peu marre de la manière dont ça se passait au club. Le courant ne passait plus du tout avec les entraîneurs et moi. Pour ma santé mentale mais aussi pour ma carrière, j’ai préféré partir. Très franchement, je considère que j’ai perdu deux ans de ma vie à Mont-de-Marsan. J’ai eu l’opportunité de venir jouer en Nouvelle-Zélande et donc de réaliser l’un de mes plus grands rêves. C’était ma décision et le club ne s’y est pas opposé. De toute façon, ça ne servait plus à rien que je reste dans les Landes.
Le manque de temps de jeu a-t-il aussi pesé dans la balance ?
Oui, bien sûr. À un moment donné, si tu ne me fais pas jouer, je ne vais pas rester. Je n’évoluais pas. Cette fracture n’est pas anodine. Ma première année à Mont-de-Marsan a été très compliquée. Il y a eu des mots de la part des entraîneurs qui m’ont énormément déplu. Beaucoup de choses ne sont pas passées. Ensuite, on m’a fait pas mal de promesses. On m’a dit beaucoup de choses. Et au final, j’ai été pris pour un jambon, pour rester poli. J’ai dit stop.
Vous réalisez maintenant votre rêve en évoluant Nouvelle-Zélande… Racontez-nous.
Je joue avec le club des Suburbs, à Auckland. Ici, il y a trois niveaux de compétitions. Il y a ce que l’on appelle le « Premier », le championnat dans lequel on évolue. C’est-à-dire le niveau 3. Au-dessus, il y a le NPC, le championnat professionnel des provinces. Et, encore au-dessus, il y a le Super Rugby que nous connaissons tous. L’équivalent en France ? C’est difficile à dire. Tout dépend des équipes et des effectifs. Dans notre division, ça peut aller d’une très grosse équipe avec un niveau Nationale à une équipe plus moyenne au niveau Fédérale 1.
Que pensez-vous du niveau ?
Par rapport à ce que j’ai connu en Pro D2 et en Top 14, c’est quand même plus faible. Mais il y a beaucoup de différences avec ce qu’on connaît en France. C’est un rugby totalement différent et beaucoup plus ouvert. Dans l’hexagone, on a tendance à faire des temps de jeu puis à mettre des coups de pied de pression. Ou alors, quand on arrive dans les 22 mètres ou dans les 40 mètres, on prend souvent les points. Ici, le jeu est total. Par exemple, dans nos 22 mètres, on peut jouer quatre temps de jeu avant de décider de taper au pied parce qu’on est sous pression. On prend rarement les trois points. Sur les deux matchs que j’ai joués, on n’a quasiment jamais pris les poteaux. On a surtout marqué des essais. Si tu as une pénalité dans les 22 mètres, c’est soit mêlée, soit touche. C’est amusant à voir.

Qu’est-ce qui vous attirait le plus ? Le pays ? La mentalité ? L’approche du rugby ?
Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours aimé la culture du rugby néo-zélandais. J’ai baigné dedans très jeune. Mon oncle est agent de joueurs. Il travaillait beaucoup en Nouvelle-Zélande. Il a vécu la moitié de sa vie là-bas. Ma mère aussi a vécu en Nouvelle-Zélande quand elle était plus jeune. Et puis j’ai toujours été fan des All Blacks. Mon équipe préférée, c’est les Hurricanes. À l’époque, le premier souvenir que j’ai, c’était Tana Umaga, le capitaine des Hurricanes et des All Blacks. Il fut ma première idole. Ça a toujours été un rêve de venir jouer ici. D’un point de vue culturel, quand tu parles de rugby, tu parles de la Nouvelle-Zélande. Plus tu grandis, plus tes rêves se précisent. Aujourd’hui, mon rêve serait de pouvoir jouer en NPC, ou même plus tard, en Super Rugby.
N’avez-vous pas eu peur de tout de quitter ?
Non… Après, tu y réfléchis, quand même. Tu sais ce que tu laisses, mais tu ne sais pas forcément ce que tu vas trouver là-bas, ni ce qu’il va se passer. Il peut y avoir une forme d’inquiétude. Tu te dis : bon, il faut se jeter dans le vide. Mais franchement, quand je vois où j’en étais en France, j’avais l’impression d’avoir fait le tour. Je ne me suis donc pas trop posé de questions. Je me suis dit : vas-y, vis ton rêve, et tu verras bien ce qu’il se passe.
Votre entourage a donc été important…
Oui. Je viens d’une famille de rugbymen, quasiment à 100%. Mon père a joué au rugby. Mon oncle, le frère de ma mère, est agent. C’est lui qui s’occupe de moi et il a aussi joué au rugby. Mon grand-père, du côté de ma mère, était ancien joueur du Stade Rochelais. C’était un centurion. Il a ensuite entraîné le Stade Rochelais. Il a aussi travaillé pour la Fédération Française de Rugby. Donc je connais très bien le rugby, j’ai toujours baigné dedans. Et mon entourage a toujours été très important pour moi parce qu’ils ont toujours été de très bons conseils et m’ont permis de garder les pieds sur terre.
Je suis arrivé sur la pointe des pieds. Les gars savaient qu’un nouveau joueur arrivait mais ils ne savaient pas du tout qui j’étais, ni ce que j’avais fait avant. Et ce n’est pas plus mal, d’ailleurs. Je ne voulais pas arriver avec un statut particulier vis-à-vis des autres
Avez-vous été « l’attraction » ou la « star » du recrutement de votre club des Suburbs ? On rappelle que vous avez quand même joué en Top 14 et en Pro D2…
Pas du tout. Je ne suis pas du tout ce genre de personne. Je suis arrivé sur la pointe des pieds. Les gars savaient qu’un nouveau joueur arrivait mais ils ne savaient pas du tout qui j’étais, ni ce que j’avais fait avant. Et ce n’est pas plus mal, d’ailleurs. Je ne voulais pas arriver avec un statut particulier vis-à-vis des autres. Après, quand tu dis que tu as joué en Top 14 et en Pro D2 et que tu n’as que 24 ans, les gars ont un grand respect pour toi. Je suis arrivé comme quelqu’un de normal. Maintenant, je fais déjà partie des leaders de l’équipe. J’essaye d’amener toute l’expertise que j’ai acquise pendant mes années en Top 14 et en Pro D2. C’est plutôt cool.

Vous êtes donc passé amateur ? C’est aussi un grand changement de votre quotidien, vous qui étiez professionnel avant ça…
En ce moment, je ne joue pour rien du tout. Ici, en amateur, les joueurs ne sont pas payés. Donc je travaille. Je bosse chez Mainfreight, une grosse entreprise de stockage et de livraison en Nouvelle-Zélande, qui fait de l’import-export à travers l’Océanie et même un peu plus loin. Je travaille dans un dépôt : je charge des camions et je fais des livraisons. Je fais ça le matin. Ensuite, la plupart du temps, je peux aller à la salle de sport. Je continue à m’entraîner tous les jours, en musculation et sur le plan physique. On a également deux entraînements de rugby par semaine, le mardi et le jeudi. C’est tout un quotidien qui a changé, oui.
Le club vous a-t-il aidé dans vos démarches de recherche d’emploi ?
Oui, tout à fait. C’est grâce au contact que j’avais ici, avec mon oncle notamment, que nous avons trouvé ce travail. Mainfreight est l’un des plus gros acteurs à Auckland, notamment dans le rugby. Le contact que nous avions ici travaillait pour l’entreprise à une époque. Le fait d’être dans ce club a facilité mon entrée dans la société.
Comment vous sentez-vous en Nouvelle-Zélande ? Comment est la vie ?
Je me sens tellement bien… En trois semaines, j’ai déjà beaucoup bougé. Je suis allé me balader dans plusieurs endroits différents. Il y a de très belles plages à visiter, de très belles randonnées à faire. Et puis la vie est super agréable, un peu à l’image des gens d’ici : très ouverts, très gentils, très généreux. La vie en Nouvelle-Zélande ressemble aux gens d’ici. On en prend plein la vue. Il y a vraiment des paysages magnifiques.
@ewanbertheau Le voyage d’une vie !! ?
♬ original sound – ?????? ?????? ☆
Avez-vous retrouvé des joueurs français partis s’exiler comme vous en Nouvelle-Zélande ?
Des joueurs professionnels passés en Nouvelle-Zélande pour le rugby… Il n’y en a pas eu beaucoup. On connait Christian Califano, avec les Blues. Aux Suburbs justement, il y a eu Florian Ninard, ancien joueur du Stade Rochelais. Récemment, Clément Castets a tenté l’aventure en NPC. A l’inverse, Patrick Tuifua est parti à Toulon. Sinon, ce sont surtout des jeunes, des gars qui jouaient dans de petits clubs en France et qui sont venus profiter de la Nouvelle-Zélande. J’ai un pote qui s’appelle Martin, qui joue à Manukau. C’est un club de mon championnat. Lui, il n’est pas venu pour le rugby. Il travaille à côté. Il est vraiment venu parce qu’il voulait vivre ici. En allant voir le match des Blues contre les Highlanders à l’Eden Park, j’ai rencontré beaucoup de Français. En discutant avec eux, la plupart venaient parce que c’est la Nouvelle-Zélande, la terre du rugby. Je ne veux pas dire que je suis un cas unique. Il y en a sûrement d’autres.
Ce qui m’a beaucoup étonné en revanche, c’est que lorsque je suis arrivé ici, beaucoup de joueurs m’ont parlé du rugby à XIII. En Australie et en Nouvelle-Zélande, il occupe une place très importante. Certains m’ont dit que les Warriors, en NRL, étaient plus puissants que les All Blacks
Depuis 2015 et cette génération dorée maintenant à la retraite, on sent que les All Blacks sont devenus moins forts. Au point d’être critiqués. En avez-vous parlé avec des locaux ? Sont-ils inquiets ?
Les All Blacks sont les All Blacks, tout simplement. Les gens me disent que depuis la génération 2015, beaucoup de choses ont changé, oui. Je remarque quand même qu’ils restent très attachés à leur équipe. L’engouement pour l’équipe nationale est toujours aussi fort. Ce qui m’a beaucoup étonné en revanche, c’est que lorsque je suis arrivé ici, beaucoup de joueurs m’ont parlé du rugby à XIII. En Australie et en Nouvelle-Zélande, il occupe une place très importante. Certains m’ont dit que les Warriors, en NRL, étaient plus puissants que les All Blacks ! Je me suis dit : Les gars, quand même, ce sont les All Blacks… Ils m’ont répondu : “Non, Ewan, tu iras voir un match des Warriors.” Lors du match des Blues en Super Rugby, j’ai remarqué que le stade n’était pas plein du tout Mon pote Martin, lui, m’a montré une vidéo du stade des Warriors lors d’un match contre les Sydney Roosters. Le stade était plein à craquer, avec une ambiance de folie. Lui aussi m’a confirmé que les Warriors étaient aujourd’hui l’équivalent des All Blacks en Nouvelle-Zélande.
A côté du sport, vous êtes populaire sur les réseaux sociaux et notamment sur TikTok, où votre talent de chanteur est apprécié. Y a-t-il quelque chose à creuser de ce côté là pour vous ?
Je ne me suis pas vraiment posé la question. Aujourd’hui, c’est surtout une passion extérieure au rugby. Cela me permet de me vider la tête. Ça doit faire depuis 2020 ou 2021 que je chante. Je suis autodidacte, j’apprends tout seul, donc ce n’est pas toujours simple (sourire). Mais j’ai toujours fait de la musique. Quand j’étais plus jeune, j’ai fait de la guitare avant de passer au ukulélé. Il faut savoir que j’ai une famille avec une certaine fibre artistique. Ma mère est prof de danse et a été danseuse professionnelle. Ma petite sœur danse aussi et en a fait son métier aujourd’hui. Moi aussi, j’ai fait de la danse quand j’étais plus jeune. Mais c’est vrai que le chant est arrivé un peu par hasard. J’adore la musique. Maintenant, c’est devenu une vraie passion.

1 commentaire
Bravo , accroche toi à tes rêves