Joueur professionnel à Soyaux-Angoulême en Pro D2, Yassin Boutemmani a depuis quelques mois une autre casquette. Le pilier algérien a décidé de devenir président de l’AS Soyaux. En proie à des difficultés et proche de la rupture la saison dernière, le club de foot a été sauvé par l’ancien joueur de Toulouse, l’UBB, Dax, Perpignan ou encore Montauban.

Très attaché à ses racines, le rugbyman a accepté le défi. Bien aidé par des amis d’enfance, Boutemmani cherche à reconstruire le club et nourrit quelques ambitions pour le futur. Entretien avec un homme passionné.

IT’S RUGBY. – Pourquoi avoir accepté de reprendre le club de foot de la ville ?
Yassin Boutemmani : C’est arrivé par hasard. Je suis originaire de Soyaux, j’ai grandi dans le quartier du « Champ de Manœuvre ». Il y a dans ma ville un club de foot, l’AS Soyaux, qui était en train de mourir. Des enfants quittaient le club parce que les parents n’étaient pas contents de la gestion. Comme je suis très attaché à ma ville et à mon quartier, on m’a demandé si je ne pouvais pas le reprendre. Au départ, je me suis dit : « Qu’est-ce que je vais faire au foot ? Je suis quelqu’un du rugby. » Mais j’ai réfléchi et j’ai décidé de me lancer. J’ai avant tout pensé aux gamins. On est aujourd’hui près de 200 licenciés, avec une majorité de jeunes. J’ai voulu sauver ce club.

C’est une responsabilité qui doit prendre beaucoup de temps ?
Oui, cela me prend pas mal de temps mais je ne suis pas seul. Mon secrétaire général, Lassana Kébé, est très impliqué. Il vient du quartier et connaît bien le club et le football. J’ai aussi réussi à faire venir un ami d’enfance, Oussam Kermousse, qui est directeur de banque. Il nous apporte ses compétences en gestion. Nous avons également plusieurs bénévoles historiques et de nouvelles personnes motivées. C’est grâce à toute cette équipe qu’on arrive à faire renaître le club, même si rien n’est encore gagné.

Quels étaient vos principaux objectifs en reprenant le club ?
D’abord, maintenir les licenciés et faire revenir les jeunes. Ensuite, retrouver des partenaires. Le fait que je prenne la présidence a apporté une image nouvelle, un peu de visibilité, ce qui nous a permis d’attirer des soutiens. J’ai pu générer de l’argent via des partenariats. La Ville de Soyaux nous accompagne très bien, notamment avec des subventions. Sportivement, on a relancé la dynamique. Les seniors, descendus en D1, sont aujourd’hui premiers de leur groupe. Il reste trois matches. J’espère qu’on montera en R3.

Au départ, je pensais surtout à relancer l’école de foot mais j’ai vite compris que la vitrine du club, c’était les seniors. Leurs bons résultats ont crée un vrai engouement. Les jeunes viennent les voir, fêter les victoires avec eux. Ceux qui étaient partis veulent revenir. Petit à petit, on reconstruit tout le club, des jeunes jusqu’aux seniors.

Comment arrives-tu à gérer ton rôle de président et ta carrière de rugbyman ?
C’est une question d’organisation. Je ne suis pas présent tous les jours au club, mais dès que j’ai du temps libre, je m’y consacre. Préparer des documents, répondre à des emails, échanger avec la mairie ou le district… Voilà, en gros, mes missions. On se répartit bien le travail avec le bureau. J’ai eu une blessure au biceps en début de saison, ce qui m’a donné un peu plus de temps. Globalement, j’arrive à jongler sans souci.

Yassin Boutemmani est président de l’AS Soyaux mais aussi pilier de Soyaux-Angoulême. Crédit photo : Icon Sport.

Est-ce aussi une manière de préparer ta reconversion après le rugby ?
Oui, peut-être. Même si je ne gagne rien car c’est du bénévolat. Ce rôle me permet de développer des compétences en management et en gestion. Ce sera utile pour ma vie professionnelle après le rugby, quelle qu’elle soit.

Y a-t-il des liens entre le SA XV et le club de foot de Soyaux ?
Oui, un peu. Le directeur général du SA XV, Antoine Roger, m’a encouragé dans ce projet. Le club de rugby a un fonds de dotation pour soutenir des actions locales et sociales et ma démarche s’inscrit dedans. Grâce au réseau du SA XV, j’ai pu rencontrer des partenaires qui ont soutenu financièrement le club de foot. C’est bénéfique pour les deux clubs.

Je veux aussi travailler sur le développement de l'école de foot, renforcer le bénévolat et, à terme, créer une classe à horaires aménagés au collège du quartier. Ce sont de beaux projets, réalistes, à notre échelle. On ne va pas se comparer au PSG

Quels sont vos projets à moyen ou long terme ?
Nous réfléchissons à beaucoup de choses. Une section féminine, pourquoi pas. Il y a déjà un club voisin, l’ASG Soyaux, très connu pour le foot féminin. C’est d’ailleurs de là que vient Corinne Diacre, l’ancienne sélectionneuse de l’équipe de France féminine. Mais on pourrait accueillir des jeunes filles débutantes, pour le volet social et éducatif, sans forcément de compétition intense. Je veux aussi travailler sur le développement de l’école de foot, renforcer le bénévolat et, à terme, créer une classe à horaires aménagés au collège du quartier. Ce sont de beaux projets, réalistes, à notre échelle. On ne va pas se comparer au PSG (sourire).

Cela ne te donne-t-il pas envie de rejouer au foot ?
Non, j’ai toujours été rugbyman ! J’aime le foot, je regarde les matchs, mais je ne me vois pas y jouer.

Vas-tu voir les matches ? Quel type de supporter es-tu ?
Oui, j’y vais souvent mais je ne suis pas toujours très calme (rires). Je regarde ça avec mon regard de rugbyman et il y a des différences de mentalités entre les deux sports. Mais j’aime l’ambiance, c’est bon enfant. Le public revient, la buvette tourne bien, et ça c’est vital pour un club amateur. On partait presque de zéro mais avec beaucoup d’humilité. On avance étape par étape.