Anthony Meric (31 ans) a connu deux mondes. Celui où le Vélodrome fut l’un des théâtres de ses performances, celui où les entraînements avec Jonny Wilkinson étaient un rêve exaucé. Et puis il y a l’autre monde, plus discret, celui d’un genou reconstruit trois fois, une activité d’électricien et une carrière sportive poursuivie en Régionale, du côté de Montech.

Heureux d’être sollicité par un média, l’ancien demi de mêlée de Toulon, Montauban ou Toulouse a pris le temps de se poser pour It’s Rugby. Entre souvenirs de vestiaire au RCT, son amour pour le TFC et le football et la montée de Montech en Fédérale 3, il revient sans détour sur une carrière bien remplie.

IT’S RUGBY : Tu évoquais le plaisir d’être sollicité par un média. As-tu ressenti une forme d’hypocrisie, après avoir été dans la lumière lorsque tu étais en Top 14 puis plus rien maintenant ?
Anthony Meric : Je l’ai remarqué. Quand tu es dans la lumière, tout le monde est là. Quand tu es moins exposé, il y en a beaucoup dont tu n’as plus de nouvelles. Après, en général, je n’aime pas déranger. Je n’envoie pas trop de messages. Mais l’année dernière, j’ai fêté mes 30 ans. Ma mère avait sollicité certains de mes anciens coéquipiers ou entraîneurs. J’ai eu 30 vidéos et chacun me souhaitait mon anniversaire et prenait de mes nouvelles. C’était top, ça m’a beaucoup touché. Il y aussi certaines attentions qui font du bien. La semaine dernière par exemple, j’étais avec ma copine et nous sommes allés manger à Toulouse. Puis Vincent Clerc est passé avec sa femme, à vélo. Il s’est arrêté, il m’a fait la bise, m’a demandé comment j’allais. C’était sympa.

Où en es-tu désormais dans ta vie sportive mais aussi professionnelle ?
Je joue à Montech, en région toulousaine. C’est un petit club à côté de chez moi, qui m’a appelé l’année dernière et qui a des ambitions. Je ne regrette pas ce choix. On s’est régalés toute la saison. On a perdu en phase finale, en huitièmes contre Orange alors qu’on menait de 12 points. Mais on a validé une montée en Fédérale 3. C’est quelque chose d’historique pour le club. Vivre une accession dans le monde amateur, c’est énorme. Au niveau professionnel, je suis électricien. J’ai fait ma reconversion quand je jouais à Montauban. Je m’étais inscrit avec l’aide de Provale et d’une association. Sur mes jours de repos, j’allais au CFA. Puis j’ai obtenu mon diplôme.

Penser à sa reconversion aussi tôt, c’était un choix ? Une obligation ?
J’ai anticipé mon après-carrière parce que beaucoup n’y pensent pas. C’est important car il y a une vie après le rugby. Je voulais revenir vivre à Montauban puisque j’y ai une maison et toute ma famille.

Le rugby professionnel ne t’intéressait plus ?
J’aurais aimé continuer plus longtemps. Je me suis fait trois fois le ligament croisé antérieur à la jambe droite, en 2016, 2019 et 2021. Cela a freiné ma progression. Mais bon, je joue encore au rugby aujourd’hui. Beaucoup auraient arrêté dès la deuxième rupture.

Est-ce une frustration ?
Quand je vois à la télé tous ceux avec qui j’ai joué, ça me frustre, oui. Mais c’est comme ça, c’est la vie. Si ça s’est passé comme ça, c’est que ça devait arriver. Pour ne pas avoir de regrets, il faut avancer.

Comment se passe ton aventure à Montech ?
Je me régale et prends beaucoup de plaisir. C’est à côté de chez moi. Dans ce club, je ne connaissais que deux joueurs. J’avais une autre équipe à côté qui m’avait appelé et où je connaissais beaucoup de monde. Mais j’ai choisi Montech parce que le projet me plaisait. Il y a aussi les entraîneurs : David Byrnes, que j’apprécie énormément. Sa présence a beaucoup pesé dans la balance. Il y aussi Benoît Zanon, que je connais aussi pour avoir évolué avec lui à Montauban.

Comment as-tu trouvé le niveau en Régionale 1 ?
J’ai été surpris. Je ne m’attendais pas à un tel niveau. Physiquement, je pensais que ça taperait moins fort, que ce serait moins technique mais j’ai été agréablement surpris. J’avais déjà joué en Fédérale 2, à Beaumont-de-Lomagne et j’avais trouvé ça solide. Mais là, au niveau régional, je pensais que ce serait plus faible. Quand j’étais professionnel et que j’allais voir jouer le Racing Club Montalbanais, Montech ou Moissac, je ne trouvais pas le niveau exceptionnel… C’était il y a à peine quatre ou cinq ans. Cela a bien changé.

Cela vient de quoi, à ton avis ? Des anciens professionnels qui alimentent maintenant ces équipes ?
Oui, il y a beaucoup d’anciens. Et puis il y a de plus en plus de progrès au niveau du jeu et des gabarits.

Je suis prêt à accepter une offre d'un club professionnel, que ce soit en Top 14, en Pro D2 ou en Nationale

Avec ton cv « ronflant », les adversaires te ciblent-ils ?
(rire) Oui, je suis souvent visé. Je me fais chambrer et certains me demandent : « Qu’est-ce que tu fous là ? » Il y a eu un match en début de saison dernière, contre Saint-Jory. J’étais à l’ouverture mais je n’ai joué que 14 minutes. On fait un lancement de jeu, je fais la passe, et là, le numéro 8 adverse arrive cinq secondes après dans mes côtes. À la fin du match, j’apprends via un pote qui connaît beaucoup de monde là-bas, que j’étais en fait ciblé.

Crois-tu encore à un appel d’un club professionnel ?
Non. Vu mon niveau, je ne pense pas. Ce serait trop risqué d’appeler un joueur comme moi, qui joue maintenant en amateur et qui n’est plus dans le monde pro’ depuis trois ans. Le rythme de vie et d’entraînement n’est plus du tout le même. Mais bon, je suis prêt à accepter une offre d’un club professionnel, que ce soit en Top 14, en Pro D2 ou en Nationale.

Quitter Toulon a-t-il été un choix difficile ?
Je suis resté sept ans à Toulon quand même… Donc forcément. J’avais enchaîné quelques bons matchs comme titulaire. Notamment un au Vélodrome contre Toulouse. Ça se passait très bien. J’ai connu tous les grands coachs, de grands noms et j’ai joué aux côtés de grandes stars. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est ma blessure contre Castres, lors d’un match amical, en 2021. C’était ma dernière grosse blessure. J’étais en pleine confiance, tout se passait très bien et je me blesse tout seul. J’étais très attendu, à Toulon et même à Montauban. Au final, ça m’a mis un coup d’arrêt et ça a été dur mentalement.

Quand je suis arrivé à Toulon, j'avais 19 ans. C'était en pleine préparation d'été, ça faisait à peine trois semaines que j'étais là. Il a vu que j'étais tout seul et il m'a dit : « Tu fais quoi après l'entraînement ? Tu veux venir manger à la maison ? » Je suis allé manger chez lui, avec sa femme, ses enfants, Drew Mitchell et moi

Tu parles de grands noms… Comment ne pas évoquer Jonny Wilkinson ?
Oui ! Quand je suis arrivé en 2014-2015, il venait tout juste d’arrêter. Il était encore au club, il venait une semaine par mois et on passait une heure ensemble au jeu au pied. Il m’appelait et on faisait des séances. C’était impressionnant. Quand j’en parle autour de moi, les gens n’en reviennent pas. Je suis fier d’avoir pu côtoyer ce joueur. C’est mon idole, avec un autre joueur que j’ai connu : Matt Giteau. Quand je suis arrivé à Toulon, j’avais 19 ans. C’était en pleine préparation d’été, ça faisait à peine trois semaines que j’étais là. Il a vu que j’étais tout seul et il m’a dit : « Tu fais quoi après l’entraînement ? Tu veux venir manger à la maison ? » Je suis allé manger chez lui, avec sa femme, ses enfants, Drew Mitchell et moi. Il n’était pas obligé de faire ça…

D’autres joueurs t’ont-ils marqué ?
Il y en a beaucoup. Mathieu Bastareaud, avec qui je m’entendais très bien. Chez les avants, Juan Martín Fernández Lobbe et Sergio Parisse m’ont marqué. Ce sont des grands frères. Il y en a plein d’autres… Je pourrais en citer facilement 20 ou 25 (sourire).

Penses-tu avoir été un privilégié quand tu regardes ta carrière dans le rétroviseur ?
Privilégié, oui mais parce que j’ai travaillé pour ça aussi. J’ai fait beaucoup de sacrifices, je me suis donné les moyens d’y arriver. Après, je n’ai pas eu que de la chance. Il y a eu des moments compliqués à gérer, qui ont marqué la suite de ma carrière.

Aujourd’hui, ces soucis de santé et de blessures te suivent-ils encore ?
Non, pas du tout. Je suis allé me faire opérer à Lyon, pour avoir le meilleur chirurgien. Il a cherché pourquoi ligament se rompait si facilement. J’ai eu une grosse opération, et depuis, tout va très bien. Je me sens super bien, je ne ressens plus aucune gêne ni douleur.

Si tu devais citer un seul moment de ta carrière, ce serait…
Avec les moins de 20 ans, on perd en demi-finale contre les All Blacks (2015, NDLR). Bon, on prend une raclée mais c’était extraordinaire. C’est un souvenir marquant, tout comme mon premier match en Top 14.

Tu faisais partie de cette génération dorée…
Il y avait Julien Marchand, Camille Chat et Quentin Lespiaucq, rien que pour le poste de talonneur. On avait aussi Macalou, Sanconnie, Cancoriet, Jelonch, Ramos, Penaud, Dupont, Méret… On avait une belle génération, oui.

Je suis un grand supporter du TFC

Tu as aussi été joker médical d’Antoine Dupont à Toulouse…
À ce moment-là à Toulon, Fabien Galthié ne comptait pas vraiment sur moi. Je suis allé à Toulouse et ça s’est très bien passé. Je devais y rester, mais Toulon ne voulait pas que je reste. Quand je suis arrivé, je connaissais déjà toute l’équipe. Ils m’ont très vite et bien accueilli.

Anthony Méric brille avec Montech, tout juste promu en Fédérale 3. Crédit photo : Daniel Bolhy.

Suis-tu toujours autant le rugby ?
Non. Je n’ai quasiment pas suivi le Top 14 cette saison. Je crois qu’un certain décalage s’est installé… Je ne sais pas trop comment l’expliquer. Je pense que j’en ai eu un peu trop à un moment. J’ai eu envie de couper un peu. Les grosses affiches, je les regarde encore, bien sûr. Maintenant, c’est plutôt le foot ! Je suis un grand supporter du TFC.

Tu joues donc au foot sur tes temps libres ?
Oui. J’ai un petit club à côté de chez moi, qui s’appelle Saint-Nauphary. Mon grand-père, qui a 81 ans, a grandi là-bas. Du côté de ma mère, c’est une famille de foot. Mon grand-père est toujours investi d’ailleurs, il n’arrête pas. Mon oncle y a aussi joué pendant je ne sais combien d’années.

Envisages-tu de te mettre au foot ?
Ce serait une belle histoire. Je serais content d’y aller si ça se concrétise. L’année dernière déjà, je devais y aller, mais je me suis dit que si je me blessais et que je ne pouvais plus jouer au rugby, ça deviendrait compliqué. On verra bien !