C'est une première, et elle fera date. En s'en prenant à l'arbitrage après la défaite de l'Italie en Nouvelle-Zélande, Gonzalo Quesada est devenu le premier entraîneur puni par le tout nouveau processus disciplinaire de World Rugby visant les critiques envers les officiels. Explications.

Quesada, cas d’école

Tout part de la deuxième journée du Championnat des nations. Battue lourdement par les All Blacks à Wellington (47-17), le 11 juillet, l’Italie voit son sélectionneur Gonzalo Quesada s’en prendre publiquement à l’arbitre de la rencontre, le Français Luc Ramos. Quelques jours plus tard, World Rugby a tranché : deux matchs de suspension automatique.

La sanction est lourde de conséquences. L’Argentin est écarté de toute activité les jours de match, y compris de la simple présence dans le stade, à commencer par le troisième et dernier test des Azzurri face à l’Australie, samedi à Perth. Il conserve toutefois le droit de faire appel devant une commission judiciaire.

Un dispositif inédit contre les abus

Ce qui rend l’affaire marquante, c’est le cadre : Quesada est le premier entraîneur sanctionné au titre du Match Official Abuse Sanction Process, le nouveau dispositif mis en place par World Rugby ce mois-ci. Né des discussions du forum Shape of the Game, il s’applique désormais à toutes les rencontres internationales dirigées par des officiels désignés par l’instance, du Championnat des nations au Championnat du monde junior, en passant par la WXV et la Nations Cup.

Sur le fond, le mécanisme repose sur un panel indépendant, composé du président de la commission judiciaire indépendante et de deux membres expérimentés, chargé d’examiner les propos tenus par les entraîneurs et le staff pour déterminer s’ils franchissent la ligne. Le raisonnement de l’instance est limpide. Depuis 2023, son programme de protection des officiels sur les réseaux sociaux montre qu’une large part des abus en ligne visant les arbitres démarre par des commentaires inexacts sur leur performance, émis par des personnes en position d’autorité. En sanctionnant les critiques publiques des entraîneurs, World Rugby veut tarir cette source à la racine. Le nouveau processus fonctionne d’ailleurs en parallèle des dispositions déjà existantes sur les comportements répréhensibles (Règlement 18).

L’Italie contre-attaque

La Fédération italienne de rugby n’a pas tardé à réagir. Elle a annoncé faire appel de la décision, tout en indiquant ne plus s’exprimer sur le dossier jusqu’à la fin de la procédure. En attendant, la préparation du match face aux Wallabies s’est poursuivie normalement, seules les obligations médiatiques étant réaménagées, confiées aux adjoints. Reste que le précédent est posé : le premier nom est tombé, il ne sera sans doute pas le dernier.