IT’S RUGBY. – Depuis l’annonce de votre arrêt de carrière, que se passe-t-il pour vous ?
VALENTIN SAURS : C’est un gros coup derrière la tête. Ce n’est pas ce que j’espérais. Je souhaitais une autre fin. Je commence malgré tout à prendre un peu de recul. Tout couper d’un coup, ça me fait bizarre. Les premières semaines et les premiers mois, le deuil du rugby est difficile. J’en suis là actuellement. Je pense principalement à me remettre des objectifs liés à mon après-rugby et reprendre mes études.
Concrètement, quelle est la nature de votre blessure ?
C’est une dégradation d’un genou. Ma première blessure date d’il y a un an et demi. Les deux opérations se sont faites à 8 mois d’intervalle. Cela fait quasiment deux ans que je ne m’en sors pas. Certains morceaux se décrochaient dans mon genou dès que je reprenais.
Est-ce le chirurgien qui vous a dit de stopper votre parcours ?
C’est plutôt un accord commun. On s’est demandé quelle est la meilleure solution à l’instant T. Mais quand on te parle d’une potentielle prothèse à 50 ans si je continue le rugby… On ne peut pas savoir si ça va continuer à se dégrader ou non. En fait, on n’en sait rien. J’ai fait trois ou quatre viscosupplémentations (injections d’acide hyaluronique, NDLR), une PRP (Plasma Riche en Plaquettes, fonctionne en injection aussi, NDLR), deux opérations et depuis huit mois j’ai très peu d’évolution sur mon genou avec des douleurs récurrentes. En posant ce bilan, on peut donc dire que c’était le meilleur choix.
Racontez-nous l’évolution de vos blessures…
Après ma première opération, je me sentais bien. D’ailleurs, j’avais repris en fin de saison dernière. J’avais même pu disputer les phases finales. Je ne me sentais pas non plus à 100 % mais j’avais de bonnes sensations. Sauf que lors d’un match amical de pré-saison, et avec de la fatigue, j’ai subi une rechute. Un autre morceau s’est détaché. Résultat, une nouvelle opération. Là, tout a été différent. Je n’ai pas du tout eu les mêmes sensations comme après la première opération. Au début, cela avançait bien. Puis depuis janvier, ça stagne. Je suis toujours sur de la course dans l’axe, avec des douleurs régulières. Je ne peux pas faire de course avec des changements de direction. Dans le rugby, si tu n’as pas ça, tu ne peux rien faire. J’en suis encore loin.
En échangeant avec le chirurgien et en lui demandant si je pourrai recourir un jour sans douleur, il m'a répondu que c'était l'objectif. C’est assez abstrait comme réponse. Mais je le comprends aussi, il n’a pas de boule de cristal
Quelle est la prochaine étape ? Faut-il passer de nouveau sur la table d’opération ?
Non. Le chirurgien m’a dit qu’il fallait avoir une vie un peu plus lambda, sans trop de contraintes pour le genou. Cela va permettre de l’alléger, de le reposer et de réduire au maximum les douleurs. Après, des fois, je ne fais rien. Je suis dans mon lit ou dans le canapé, j’ai des douleurs. Ce ne sont pas de grosses douleurs mais je le sens.
A quel moment avez-vous décidé d’arrêter ?
Lors du dernier rendez-vous avec le chirurgien après une nouvelle IRM. On y voyait encore une belle contusion osseuse à un endroit. En échangeant avec lui et en lui demandant si je pourrai recourir un jour sans douleur, il m’a répondu que c’était l’objectif. C’est assez abstrait comme réponse. Mais je le comprends aussi, il n’a pas de boule de cristal. Sauf que moi, ça ne me permet pas d’avoir un objectif de temps.
Avez-vous mal dans la vie de tous les jours ? Vos blessures vous gênent-ils pour les choses du quotidien comme faire les courses ?
Pas forcément pour porter les courses. Par contre, sur des mouvements du quotidien, oui. D’un coup, ça va faire un « cloc » comme si quelque chose avait ripé dans le genou. Mais en tout cas, oui, je sens que mon genou est différent et n’est pas le même qu’avant. Quand je me baisse, c’est-à-dire sur des flexions, j’ai mal aussi.
Vous allez devoir reprendre vos études… Avez-vous déjà des idées sur ce que vous allez faire ?
J’étais en grande réflexion sur ce qui pouvait m’intéresser dans le futur. J’ai déjà deux licences en STAPS mais mon profil colle finalement avec des études de kiné. Ça m’oblige par contre à reprendre l’école… J’ai quatre ans d’études à faire.
Depuis que je suis arrivé au club, j’ai ressenti énormément de bienveillance et je le ressens encore. Le staff sportif, médical et même le président... Tout le monde est à l’écoute et m'accompagne du mieux possible. Je les en remercie. Ça n’a pas du tout été évident ces derniers mois mentalement. Mais je me suis toujours senti soutenu par le club
Vous êtes toujours sous-contrat avec Colomiers. On imagine que le club est auprès de vous dans cette épreuve…
Oui, clairement. Depuis que je suis arrivé au club, j’ai ressenti énormément de bienveillance et je le ressens encore. Le staff sportif, médical et même le président… Tout le monde est à l’écoute et m’accompagne du mieux possible. Je les en remercie. Ça n’a pas du tout été évident ces derniers mois mentalement. Mais je me suis toujours senti soutenu par le club.
Le syndicat Provale a-t-il pris les choses en main pour vous accompagner ?
Oui, notamment pour les études. Ils m’ont pas mal aidé, notamment lorsque j’avais des questions à poser. Après, malheureusement, ils n’ont pas trop d’appui sur le choix que je fais de mon côté, c’est-à-dire partir en kiné. Ils ont énormément de poids sur plein de secteurs professionnels et d’études mais pas en kiné. C’est dommage mais ils restent à l’écoute.
La famille et les amis, aussi, sont importants…
Oui, clairement. Même si j’essaie de ne pas trop peser lourd pour les personnes qui m’entourent. Malheureusement, c’est difficile de ne pas râler quand on souffre comme ça au quotidien. Ne pas pouvoir participer aux bons résultats de l’équipe n’arrange rien, c’est sûr. Cela fait deux ans qu’ils ont de super résultats. J’ai envie de participer à la fête. C’est vraiment très frustrant. Après, il y a le côté blessure et surtout d’avoir tout le temps mal à un genou. Les premiers mois, je l’ai vécu comme les montagnes russes. C’est très important d’être bien accompagné. Surtout par sa famille et ses amis.
Vous avez eu une belle carrière et avez connu le Top 14. Avez-vous un souvenir marquant en particulier ?
Je ne peux pas citer un souvenir en particulier. Si je fais un peu la rétrospective de tout ce que j’ai vécu, c’est un ensemble. Dans les catégories jeunes, déjà, c’était incroyable. On vivait des choses folles. Ensuite, forcément, les premiers matches avec les professionnels. J’ai vécu une montée en Top 14 ou une descente en Pro D2 avec Agen. Il y a eu des moments très compliqués. Je me souviens de ma dernière année à Agen où on n’avait pas gagné un match pendant près d’un an. Derrière, je débarque à Colomiers et on gagne directement un premier match à Oyonnax. Puis toutes ces superbes années à Colomiers… J’ai retrouvé du plaisir à jouer au rugby, j’ai repris confiance.

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