Il y a deux ans, on parlait encore de l’UBB comme du « petit club sympa qui fait peur aux gros ». Aujourd’hui, c’est l’inverse : ce sont les gros qui ont peur de l’UBB. Bilbao, samedi 23 mai 2026, 21h : Maxime Lucu soulève la deuxième Champions Cup d’affilée des Bordelais après une démonstration face au Leinster (41-19). Soit le même Leinster que tout le monde voyait gagner l’Europe depuis une décennie. La bande de Yannick Bru vient de signer un back-to-back européen que seuls Toulouse, Leinster et Saracens avaient réussi avant elle. Et le plus fou ? Elle l’a fait avec la même équipe, le même staff.
Lucu, le métronome devenu capitaine d’Europe
Quand Yoann Maestri a raccroché, personne ne pariait sur Maxime Lucu pour porter le brassard d’une équipe championne d’Europe. Aujourd’hui, le demi de mêlée de 32 ans est le visage du club : 71 points marqués en 2025-26 (3 essais, 19 transformations, 6 pénalités), meilleur réalisateur du parcours, et un sang-froid de joueur d’échecs face au Leinster. Même son carton jaune en finale (42e) n’a pas suffi à faire vaciller le bateau. Il faut dire qu’à côté, il a Matthieu Jalibert.
Jalibert et Lucu, le duo qui se passe le ballon et la calculette
Sur les deux saisons cumulées, Matthieu Jalibert a inscrit 119 points en Champions Cup, Lucu en a planté 102. La doublette se relaie au pied selon les matchs, la forme du jour, et probablement le sens du vent. En 2024-25, Jalibert était le top scorer (74 points, dont 27 transformations sur une saison à 54 essais marqués). En 2025-26, c’est Lucu qui a pris le relais. Ce genre de rotation, normalement, ça crée des tensions. À Bordeaux, ça crée des titres. Une bande de copains qui se sont visiblement passé le mot : on partage tout, y compris le top scorer board.
Bielle-Biarrey et Penaud, le duo d’ailes le plus prolifique d’Europe
Faisons les comptes. Louis Bielle-Biarrey : 18 essais en 16 matchs de Champions Cup sur deux saisons. Damian Penaud : 15 essais sur la même période (dont une saison 2024-25 démentielle à 14 essais, à un seul de Chris Cullen et son record de 15). Ensemble, ils ont planté 33 essais en deux ans dans la compétition la plus dure du club rugby. Pour vous donner une idée : c’est plus que ce que la majorité des équipes du Top 14 marquent en une saison complète. Bielle-Biarrey a fini meilleur marqueur du tournoi cette année avec 10 essais. Penaud avait fait pareil l’an dernier avec 14. À ce rythme, ils vont devoir construire une aile spéciale au musée de la FFR.
Moefana et Coleman, les Iron Men du collectif
Le rugby moderne, c’est aussi savoir tenir 80 minutes pendant huit matchs sans se faire dévisser. Yoram Moefana et Damian Penaud ont disputé l’intégralité des seize rencontres de Champions Cup sur les deux saisons. Seize sur seize. Tous titulaires. Adam Coleman, lui, a été incontournable cette année (8 titularisations sur 8). Pendant ce temps, Ben Tameifuna, le bonhomme de 145 kg, a fait l’inverse : huit entrées du banc en 2025-26, et zéro titularisation. Le concept du « finisher » porté à son paroxysme — quand vous voyez débarquer Tameifuna à la 55e dans une mêlée déjà bien entamée, vous comprenez pourquoi vos piliers commencent à regarder leur montre.
La discipline, le détail qui change tout
L’an dernier, l’UBB avait gagné l’Europe avec dix cartons sur le parcours, dont deux rouges (Tomakino Taufa contre Exeter, Cyril Cazeaux en quart contre Munster) et trois jaunes dans la même première mi-temps face à l’Ulster. Une équipe qui gagne en jouant à 14, voire à 13 sur la fin de match. Cette année ? Trois cartons jaunes. Trois. Sur huit matchs. Dont deux dans la même finale contre le Leinster (Lucu à la 42e, Ugo Boniface à la 74e) et même ça n’a pas suffi à faire douter les Bordelais. Bru a transformé une équipe au cœur sur la main en une équipe au cœur sur la main et au cerveau bien branché. Évolution, pas révolution.
Le « plier en première mi-temps », nouvelle signature UBB
Cette saison, l’UBB a marqué 29 essais en première mi-temps contre 21 en deuxième. Minute moyenne d’un essai : la 39e. L’an dernier, c’était l’inverse l’équipe finissait plus fort. La différence ? Une équipe qui n’attend plus. Bru a expliqué après la finale qu’il avait demandé à ses joueurs de « ne plus laisser de temps à l’adversaire ». Résultat : 50-21 contre les Scarlets, 50-28 contre Northampton, 64-14 contre Leicester en huitièmes (+50, plus gros écart de la saison). Quand l’UBB démarre, l’autre équipe découvre qu’elle est déjà menée.
Saint-Mamés, deuxième acte d’une dynastie
Cardiff 2025 contre Northampton (28-20). San Mamés 2026 contre le Leinster (41-19). Deux décors différents, un même scénario. Sur les deux saisons cumulées, l’UBB affiche 716 points marqués pour 345 encaissés (+371). Toulouse battu en demi-finale en 2024-25, balayé en quart en 2025-26 (30-15). Leinster mis à terre en finale. Le club bordelais a battu, en deux ans, à peu près tous les favoris historiques de la compétition. La question n’est plus « est-ce que l’UBB est une grande équipe européenne ». La question, c’est : combien de temps cette bande va-t-elle continuer de gagner ?
Une équipe, une bande, une dynastie
Ce qui frappe quand on regarde les seize matchs des deux dernières saisons, ce n’est pas une star qui tire l’équipe. C’est une bande. Lucu et Jalibert qui se partagent les buts. Penaud et Bielle-Biarrey qui se partagent les essais. Moefana qui ne sort jamais. Tameifuna qui n’entre jamais en premier. Coleman, Petti et Samu qui bossent dans l’ombre. À l’heure où le rugby européen se résume souvent à « qui a le meilleur 9 » ou « qui a le meilleur 10 », l’UBB répond : on a tout le monde. Et tout le monde joue pour l’autre. Ça sonne cliché, sauf quand ça donne deux Champions Cup d’affilée et seize victoires consécutives.
À Bordeaux, on n’a pas créé une équipe. On a créé une bande. Et la bande gagne.


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