« Je ne le croyais pas aussi lourd… » Louis Blanc, capitaine de Montauban champion de France 1967, est entré dans l’Histoire du rugby français en recevant le Bouclier de Brennus, aussi sûrement que le « petit » bouclier de Leucate a plongé dans la Méditerranée il y a quelques jours. Le temps d’un buzz seulement : « S’il est bien parti faire un tour dans les fonds de la mer Méditerranée, il a été récupéré quelques secondes plus tard par l’un de nos joueurs, particulièrement à l’aise en plongée », a rétabli le Sporting Club Leucate Corbières Méditerranée XV dans un communiqué, saluant au passage « une formidable vitrine » pour le club.
« Le plus beau trophée est le Bouclier de Brennus », dixit Fabien Galthié, qui a disputé son dernier match de club en remportant la finale 2003 avec le Stade Français, champion de France.
Un bouclier né en 1892
Le Bouclier, œuvre de Brennus Ambiorix Crosnier, dit Charles Brennus, maître graveur avant de devenir président du SCUF, réalisé d’après un dessin du baron Pierre de Coubertin, arbitre de la première finale du championnat de France, en 1892, avec le Racing victorieux du Stade Français 4-3…
Lourd, vous disiez ? Le poids de l’histoire, et pas que. Pêle-mêle : Dimitri Szarzewski, capitaine champion 2016 avec le Racing, soulève le « bout de bois » au-dessus de sa tête en arrivant en zone de presse au Camp Nou de Barcelone. Bilan : un trou dans le faux plafond, le Bouclier resté intact. Des kilogrammes d’histoire… S’il pouvait parler…
Il disparaît sous l’Occupation pour réapparaître en sortant d’un grenier de Picardie en 1944 : « Il ne fallait pas que les Allemands le fondent pour le transformer en culot d’obus », raconte Jean Lacouture dans « La légende du Brennus ».
On raconte qu’en 1998, après quatre saisons de victoires toulousaines (1994, 95, 96, 97), les artisans ont trouvé des vis pour tenir le morceau de cuivre rafistolé, un autocollant « J’aime Toulouse » et, gravé dans le bois, « propriété du Stade Toulousain »… Légende ?
Piscines, ventriglisse et soirées inracontables
Il y a ces dizaines de « ventres à glisse », les immersions dans les piscines du Parc des Princes puis du Stade de France, et ces soirées inracontables, la tradition voulant que les champions puissent le privatiser à loisir durant les premières semaines suivant le sacre !
Le seul, l’unique… et ses petits
Le Bouclier, le seul, l’unique, a fait des petits. L’original est précieusement conservé, intact, historique ; une « réplique martyrisable » est remise par deux jeunes du SCUF au terme de la finale, sans oublier les déclinaisons en Nationale, en Fédérale, en Régionale et à l’étranger, comme au Sénégal par exemple.
La preuve en image : à Dakar, le champion du Sénégal soulève depuis 1994 le bouclier du Lion. Une tête de lion en bronze, gueule grande ouverte, fixée sur un socle en bois où des plaques de laiton gravent le palmarès saison après saison. Coubertin n’y est pour rien, l’esprit est le même : du bois, du métal et des kilogrammes d’histoires. Dernier servi, le club militaire de l’ASFA, vainqueur de Diambars XV en finale fin juillet (11-10). La deuxième division a même le sien, le bouclier du Baobab.
Des petits qui vivent parfois dangereusement. Montauban, encore lui, en sait quelque chose : le bouclier de Pro D2 soulevé à Sapiac en juin 2025 a été dérobé trois mois plus tard, en pleine foire agricole à Montbeton, où le club l’avait confié à la FDSEA du Tarn-et-Garonne. Enquête de gendarmerie, appel à témoins… rien n’y a fait, le trophée n’a jamais réapparu. L’USM a dû attendre la fin décembre, et un déplacement chez le Racing 92, pour recevoir un nouveau bouclier. Entre Leucate qui plonge et Montauban qui cherche toujours le sien, le « bout de bois » n’a décidément pas fini de faire parler.
Encore cette année, celui de Pro D2 remporté par le RC Vannes voyage, comme début juillet à La Baule. En espérant qu’il rentre à bon port.
Ma nuit avec le Brennus
Et puis je ne peux pas finir cette chronique sans confier « ma nuit avec le Brennus »… Septembre 2000 : j’étais missionné pour le déposer à la gare d’Austerlitz au manager du Stade Français, Alain Hélias, en partance pour Aurillac et la première journée de championnat du champion de France. En remontant le quai de la gare, je n’avais pas l’impression qu’il était si lourd. D’histoires.







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