IT’S RUGBY. – Vincent, comment vous sentez-vous après cette montée acquise en Fédérale 1 ?
Vincent Lenouvel : Je me sens extrêmement bien parce que c’est le travail de deux saisons qui paye. L’année dernière, on voulait simplement faire en sorte que la saison soit la plus longue et la plus belle possible, sans objectifs quantifiables. Le destin nous a amenés à jouer un match de montée qui s’est joué à un point à la dernière action. On avait donc soif de revenir, avec, cette fois, la ferme intention de faire remonter le club en Fédérale 1. C’est chose faite avec une saison encore plus aboutie que la précédente. On a validé les phases finales, on a été premiers tout au long du championnat. Ce match en apothéose dans notre cathédrale de la Cipale a rendu tout le monde heureux. Ça a été une fête énorme.

Que vous ont apporté ces deux années en Fédérale 2 ?
On est surtout reparti sur des bases saines, en remettant certains principes au cœur du projet. La dimension humaine, la concurrence, impliquer un maximum de monde… Sur la première année, il y a eu 56 joueurs qui ont joué en première. Cette année, 48. C’est quand même énorme. On a retrouvé de l’appétit et ça a payé.

Le stade de la Cipale était plein à craquer. Comment vous avez réussi à mobiliser autant de monde ?
C’était fou. Même les anciens disaient qu’ils n’avaient jamais vu la Cipale avec autant de monde. On a fait une opération de communication simple avec une vidéo avant le huitième de finale et un rappel de l’enjeu. Rien de spécial finalement. Beaucoup de jeunes sont venus, c’était chouette.

Pouvez-vous nous parler de cette rencontre face à Gennevilliers ?
On savait que ça allait être compliqué. Gennevilliers, c’est une équipe très difficile à manœuvrer. Ils ont de grosses qualités dans la dimension de combat, qui est quand même un facteur essentiel dans la performance. Ils se sont énormément engagés, notamment sur le match retour. Au match aller, on a su être forts sur leurs points forts, très pragmatiques et en maîtrise. Sur le retour, ils ont beaucoup plus eu le ballon que nous mais on a su faire le dos rond. À la mi-temps, on menait 9 à 3. On a eu seulement trois ballons d’attaque mais on a marqué des points à chaque fois. Eux peinent à scorer parce qu’on défend bien, avec un état d’esprit important. En seconde période, on score quasi immédiatement pour passer à 16-3. On a alors la maîtrise totale du scénario, avec plus 24 points sur l’ensemble des deux matchs. Puis on perd un peu le fil. On prend un carton, puis un deuxième à la suite de pénalités. Ça les remet dans le match. Ils se remettent à espérer. On est en infériorité numérique, et ça nous met en difficulté jusqu’à la dernière action. Ils ont un break assez énorme, mais on a une intervention défensive magnifique qui nous permet de récupérer le ballon et de taper en touche. On finit à plus 5 sur l’ensemble des deux matchs.

Ce match va surtout nous servir pour la suite. À 16-3, on doit être beaucoup plus en maîtrise, garder la lucidité. Si on reproduit ça dimanche, on sortira. Donc c’est cool, parce que ça valide la montée. Mais ça nous met en éveil sur ce qui nous attend dans les trois prochains matchs.

Entre avoir un bouclier et monter, je préfère mille fois être champion

On parle de cette montée, mais il y a quand même un bouclier à aller chercher…
J’ai envie de dire que c’est le premier objectif. Entre avoir un bouclier et monter, je préfère mille fois être champion. On savait que l’objectif bouclier passait par la montée, donc cette montée, c’est une étape. Elle nous permet de remettre le club là où on pense qu’il doit être et de vivre un instant magnifique. On a eu le luxe de s’offrir ce match de montée devant nos familles, nos proches, tout le groupe, l’école de rugby, les cadets, les juniors, tous les bénévoles. Maintenant, on est sur notre objectif à nous : aller chercher un bout de bois qui n’est pas revenu au club depuis 2004, sur terrain neutre.

Il y a ce souvenir de 2004, justement, où vos aînés ont réussi à décrocher un bouclier…
Exactement. En 2004, rien n’a été facile pour le club. Ils font une première partie de saison très moyenne, il y a deux ou trois arrivées en cours de route qui font du bien, et au final ils se mettent à espérer quelque chose et ils vont au bout. Là, j’ai envie de dire qu’on est un peu dans le même. Rien n’a été facile pour nous. Les infrastructures parisiennes ne nous mettent pas dans le confort. Notre modèle économique non plus. Mais il offre des garanties sur l’état d’esprit et ça c’est l’essentiel. On a cette image du club parisien que tout le monde veut écraser, alors que 80 % des Parisiens sont des provinciaux (sourire). C’est un autre débat. Étant le club historique, le club parisien, on est toujours un peu seul contre tous. On va se servir de ça pour se concentrer sur nous-mêmes, et faire en sorte de revivre les émotions qu’ils ont dû vivre en 2004.

Le PUC, c’est aussi un beau mélange entre des jeunes et des joueurs plus expérimentés ?
Quand on a lancé le projet il y a deux ans, on a voulu s’appuyer sur des jeunes à développer. On a une démarche d’entraîneur, pas de sélectionneur, à savoir faire confiance à des mecs sur leur caractère, quitte à les faire changer de poste. Des mecs qui jouaient centre ou à l’aile ont basculé en troisième ligne. D’autres sont passés de talonneur à pilier. On les a challengés là-dessus. On a quelques anciens, pas beaucoup, sur lesquels on s’appuie pour préserver les valeurs du club. Ils sont les premiers à faire les cons bien sûr mais aussi à calmer les troupes. On essaie de donner de plus en plus de responsabilités à ceux qui continuent, parce que certains anciens arrêtent. On les inclut dans les processus décisionnaires, dans les choix du quotidien, sur ce qu’on met en place dans la semaine. C’est quelque chose de très co-construit. Ça fonctionne bien parce que les mecs ne sont pas là par obligation. Ils sont là parce que ce qu’on met en place suscite leur intérêt, et ils ont envie de progresser et de s’amuser.

Le PUC a validé sa montée en Fédérale 1. Objectif bouclier désormais. Crédit photo : @prod_grg.

Espérez-vous que cette montée pourra faire bouger les lignes et permettre au club de se développer ?
Non, je n’espère rien. Je suis conscient du contexte parisien qui est unique. On loue des terrains pour s’entraîner, là où dans 98 % des clubs c’est déjà à disposition. On n’est pas LE club de Paris, mais UN club de Paris. Pour un partenaire potentiel, il ne se sentira pas plus représenté par nous que par n’importe quel autre club parisien. La densité associative est telle qu’il n’y a pas ou peu de sentiment d’appartenance exclusive. Ceux qui aident le PUC, c’est ceux qui ont un lien particulier avec le PUC. Ça a ses limites, et ça restera le fonctionnement d’un club parisien.

C'est une fierté qu'un club qui va fêter ses 120 ans le 20 juin prochain puisse revenir au meilleur niveau amateur fédéral

Vous avez acté votre montée mais vous devez encore batailler pour accrocher un bouclier… N’est-ce pas compliqué à gérer ? Vous êtes-vous penché sur le recrutement ?
Non, elle n’est pas difficile parce que l’objectif premier c’est d’être champion. Pas de recruter. Pour autant, on est déjà en contact avec des joueurs, plutôt des mecs qui nous ont sollicités ou re-sollicités. L’année dernière, j’avais pris beaucoup d’énergie avant de savoir où on allait être, pour au final peu de mecs qui nous ont rejoints. Ça m’a permis de faire le tri sur le recrutement. Ce que je dis aux joueurs : ça ne doit pas être conditionné à une montée mais plutôt à un projet. Si tu n’adhères pas au projet peu importe où on est, au revoir et ce n’est pas grave. Le recrutement est quasi bouclé. Depuis dimanche, j’ai les mecs au téléphone, c’est validé. On compte d’abord sur la préservation de notre effectif. Deux saisons compétitives, être premiers, ça dit aussi quelque chose sur la qualité de nos joueurs. On va recruter en fonction de nos besoins. Là où il n’y a pas de besoin, on n’ira pas chercher un joueur supplémentaire. On fait confiance aux mecs qui ont bossé toute la saison pour s’offrir ça. Le mérite de jouer en Fédérale 1, il leur revient d’abord à eux.

Faire monter ce club en Fédérale 1, on imagine que c’est une fierté pour un club historique comme le PUC…
Oui, c’est une énorme fierté. Au-delà de ça, c’est aussi la fierté de faire croquer cette montée à des gens qui s’investissent dans l’ombre. Je pense à mon président Jérôme Bousquet, à Patrice Vialette, notre secrétaire général, à tous nos bénévoles qui œuvrent au quotidien autour de l’équipe, sur le comité directeur, à l’école de rugby. C’est top pour eux parce que l’équipe première reste la vitrine du club. Faire remonter le club en Fédérale 1, ça prouve qu’il est sur la bonne voie. Il y a toujours plein de difficultés, plein de choses à faire évoluer mais le club reste sain et il est à sa place. C’est une fierté qu’un club qui va fêter ses 120 ans le 20 juin prochain puisse revenir au meilleur niveau amateur fédéral.