IT’S RUGBY. – Face à Provence en février dernier, vous étiez sorti blessé, durement touché aux côtes. Avez-vous récupéré ?
Jean-Baptiste Barrère : Oui, plus de peur que de mal. C’était une simple luxation donc j’ai été arrêté 10 jours. J’ai réussi à jouer contre Oyonnax même si les sensations n’étaient pas très bonnes, finalement. Mais là, la coupure me permet de bien me régénérer.
Justement, cette coupure arrive au bon moment. Quel bilan tirez-vous de ce bloc ?
C’est un bloc plutôt réussi malgré tout. On avait visé les deux matches à domicile face à Aurillac et Provence. Contrat réussi. On a respecté notre plan. Après, on avait deux jokers à l’extérieur. On ne passe pas loin à Brive, je pense, parce que le score ne reflète pas le match (48-24, avec trois essais encaissés dans les 8 dernières minutes, NDLR). Ensuite, on est complètement passé à côté à Oyonnax sur le dernier match du bloc. Mais on est dans les clous de ce qu’on voulait faire. C’est top.
Le sprint final a commencé et va s’intensifier… Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Déjà, il faut savourer les vacances. Il faut profiter, se vider la tête. Et après on aura ce match hyper important pour notre club face à Grenoble. On a notre destin en main. On a quatre réceptions, donc il faudra être très propres et engranger un maximum de points.
Pour revenir sur cette saison, on a la sensation que vous avez vécu un cauchemar sans fin…
Oui, exactement. On a quasiment tout eu. On en parle souvent avec les gars. Heureusement, tout ça nous a renforcés. On est encore plus soudés. C’est ce qui fait notre force parce que je pense que pas mal de groupes auraient lâché. Ce n’est pas le cas pour nous.

Concrètement, comment avez-vous fait pour rester aussi solidaires et concernés face à toutes ces péripéties ?
Vous savez, c’est un groupe qui vit bien. Il est hyper soudé et passionné par ce qu’il fait. On adore relever les défis. A chaque fois qu’il y en a eu, on a réussi à les surmonter. Nous n’avons que des gros bosseurs. On garde beaucoup d’humilité.
Si on avait lâché, c'était fini pour le club
Sur le plan mental, on ne peut imaginer ce que le groupe a enduré. A un moment donné, n’y a-t-il pas eu une envie d’abandonner ?
Franchement, ça a été très dur mais on n’a jamais baissé les bras. Si on avait lâché, c’était fini pour le club. On ne veut pas cela. Beaucoup de joueurs faisaient partie de la montée en Pro D2 il y a 3 ans. Tout le monde s’est tiré vers le haut, on s’est aidé.
Aviez-vous pressenti ce qui allait se passer avant que tout ne bascule et que les sanctions tombent ?
Non. On pensait même récupérer des points. On l’a presque pris à la rigolade, on en joue un petit peu (rire). On se dit surtout que si on arrive à maintenir ce club avec 14 points en moins, on aura encore écrit une belle page de l’USD. Sans modestie aucune, je pense qu’on a déjà marqué l’histoire du club.
La situation aurait pu être bien pire lorsque vous avez appris par erreur que neuf points supplémentaires vous seraient retirés et à quelques heures d’un match capital à domicile contre Aurillac…
Là, ça a fait très mal parce qu’on se retrouvait derniers avec pas mal de points de retard sur le 15e. Les messages sur le groupe des joueurs fusaient dans tous les sens et ça a été dur de préparer ce match-là. Heureusement, les instances ont vite démenti l’information. On a vécu une heure très difficile. C’est jamais évident de bien préparer un match très important pour la suite de notre championnat alors quand on a lu cela… Et encore une fois, on s’est remobilisé pour livrer une belle partie contre Aurillac.

On a la sensation qu’il ne peut plus rien vous arriver…
Je pense, oui. Tant qu’il y a un ballon, qu’on est sur le terrain et qu’on porte ce maillot, on ne lâchera rien.
La saison est tellement particulière que vous vous êtes déplacés à Oyonnax avec le bus du voisin montois…
(Rires) Oui, ça fait partie des péripéties de notre saison. On a des joueurs qui ont perdu des proches, l’un des nôtres est bloqué à Dubaï (au vu de la situation tendue au Moyen-Orient, NDLR). Il y a eu l’OQTF de Ratu (Nacika, NDLR), aussi. On vit une saison compliquée mais je le répète : on est très solidaires.
Vous êtes dans le circuit depuis un moment. Vous avez vu le sujet de la santé mentale évoluer au fil des années. Concernant votre situation à Dax, le groupe a-t-il été accompagné et suivi psychologiquement ?
Non, rien de spécial n’a été mis en place. On s’est parlé, resserré, on a beaucoup communiqué et surtout, on prend soin les uns des autres.
Vous avez pu compter aussi sur le soutien des supporters, aussi…
Oui, ils ont été très présents. On espère qu’ils seront présents encore sur la fin de saison parce qu’on va avoir besoin d’eux. Je me souviens d’une belle chambrée de Dacquois à Biarritz mais aussi à Bayonne contre Provence. Ça fait du bien et ça nous aide.
Les anciens ont été présents, aussi ?
Oui, tout de suite. Ça a vraiment bougé autour de nous. Ça a secoué le club, mais tout le monde a été d’un grand soutien. Les dirigeants nous ont rassurés. Je tiens à le dire, on a toujours eu les salaires. Il n’y a jamais eu de retard.
Beaucoup de jeunes ont intégré le groupe professionnel. Comment les avez-vous protégés de tout cela ?Pour les jeunes joueurs, il y a des contrats à la clé, donc c’est difficile. Il ne faut pas qu’ils gambergent. On les rassure, on leur dit de rester focalisés sur ce qu’on peut maîtriser, à savoir le terrain. Les jeunes ont très bien réagi.
Je me donne le temps de réfléchir à ce qui va se passer dans les prochains jours et dans les prochains mois. On verra bien de quoi sera fait la suite
Vous vivez presque une seconde jeunesse à l’USD. Comptez-vous continuer la saison prochaine ?
Pour l’instant, je ne sais pas trop. La saison est quand même épuisante mentalement. Je me donne le temps de réfléchir à ce qui va se passer dans les prochains jours et dans les prochains mois. Pour l’instant, le corps va bien, c’est le plus important.
Vous donnez de la voix et votre corps à la science comme on dit… Dans quel état rentrez-vous chez vous à l’issue des matches ?
(Rires) Non mais c’est la passion qui me transcende. J’adore ça. Je me dis que j’arrive sur la fin et je veux profiter au maximum.
Quoiqu’il arrive, l’USD aura une place particulière dans votre cœur…
Oui, bien sûr. Pour l’instant, j’ai vécu trois saisons exceptionnelles, dont la première avec un barrage historique à Grenoble. Je n’avais pas pu le jouer mais on a passé des moments incroyables, une saison de fou. Et les deux dernières sont tout aussi belles, même dans la difficulté. Ce que je retiens à l’USD, c’est l’approche des matches et la mentalité de ce groupe qui est vraiment à part.
Vous entraînez aussi les espoirs de l’USD. Doit-on y voir un début de reconversion ?
Je ne sais pas trop encore. Ce qui est sûr, c’est que je prends énormément de plaisir. Peut-être que ça m’a fait évoluer dans la vision du jeu sur le terrain, en tant que joueur. J’aimerais continuer à m’investir auprès des jeunes à l’US Dax. On verra dans le futur ce qui se passe et ce qui sera proposé ou non.

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