On les appelle souvent « les vieux routiers ». Ces joueurs, protégés des blessures par les Dieux du rugby. Ceux qui peuvent encore réussir les tests « bronco » et tenir 80 minutes d’un match engagé. Quand d’autres, moins vernis, n’ont d’autre choix que de les regarder du coin de la buvette, Coca (ou autre…) en main. Attention, c’est bien aussi. 

Dans l’arène toute neuve de Rémy-Goalard à Soustons, Aurélien Sourrouille paraît encore jeune, au milieu des jeunots issus de l’école de rugby ou venus des alentours. Lui, ne voit pas le décalage. « Je n’y pense même pas. Une fois sur le terrain, on va tous dans le même sens. Je leur mets des pièces, ils m’en mettent aussi, c’est le jeu », sourit le natif de Mont-de-Marsan. 

Seule la barbe, quelque peu grisonnante, a changé. Le sourire, la musculature, l’aura et l’intelligence sont toujours là. A bientôt 42 ans, le trois-quarts centre vit une véritable seconde jeunesse dans les Landes. Précieux pour la vie d’un groupe mais aussi toujours aussi performant, Sourrouille entend bien guider l’ASS vers un maintien en Fédérale 1 cette saison. « On a encore notre destin entre les mains. Ce serait beau de rester dans cette division, on a un super groupe ». 

Que de bons souvenirs

Chez lui, le rugby n’est pas né d’un rêve de carrière. C’était une évidence. Au Stade Montois, il a simplement suivi le mouvement. « À l’école, tous mes copains jouaient au rugby. Alors j’ai suivi les copains. » Son père jouait, aussi, jusqu’à ce qu’un grave accident de voiture mette fin à sa carrière.

Aurélien Sourrouille (de dos), ici au plaquage sur Paul Dabrin lors du derby Mont-de-Marsan-Dax en 2007. Photo : Marc Oliva – Icon Sport.

Le quadragénaire fait partie de la génération dorée de Mont-de-Marsan, portée par Julien Tastet, Rémi Talès, Laurent Cabarry ou encore Romain Cabannes. Ses qualités l’emmèneront jusqu’en Pro D2. Malgré une montée acquise en Top 14 (2008), son contrat chez les Jaune et Noir n’est pas reconduit. Une frustration. Mais pas une fin en soi. « Ça a été une déception. Il me restait une année de contrat. Mais peut-être que je n’étais pas prêt », analyse-t-il avec du recul. Très vite, sa vie se joue à deux tempos. Celui de salarié et celui de joueur. Quand il quitte Mont-de-Marsan pour Valence d’Agen, puis Blagnac, il découvre ce quotidien que connaissent tant de joueurs amateurs : travailler le matin et s’entraîner le soir.

À Blagnac, le rugbyman entre à la mairie pour s’occuper des sports et des espaces verts. Le rugby devient alors une passion qui s’organise autour du boulot. « Je suis reparti plus bas mais je me suis trouvé des copains et j’ai pris beaucoup de plaisir sur le terrain ». Puis vient l’appel d’Auch, club historique et ambitieux, prêt à retrouver la Pro D2. Il accepte l’aventure gersoise. « Je bossais de 6 h à 13 h à Blagnac, puis j’allais m’entraîner à Auch. Il n’y avait que quarante minutes de route ». Ces années-là resteront gravées. Même si le souvenir d’un dépôt de bilan reste douloureux. « Paradoxalement, ça a été plus compliqué pour les joueurs professionnels que pour moi, parce que je bossais à côté. On n’a jamais rien lâché. Humainement, c’était très fort. »

L’inusable Aurélien Sourrouille. Crédit photo : William Lucas.

Auch repart donc de zéro. Sourrouille, lui, reste au club. Voit les jeunes grandir. Il enchaîne les montées, termine champion de France. Au milieu de ce parcours presque « artisanal », il y a eu une parenthèse enchantée avec l’équipe de France à 7. « Ça m’a énormément fait progresser techniquement. C’était une superbe découverte », se remémore le trois-quarts soustonnais.

Revenu dans les Landes, le Montois a découvert une nouvelle famille à Soustons. Toujours avec le même plaisir, et cette curiosité qui l’a mené à tenter l’arbitrage. « J’avais envie de comprendre comment les arbitres pensent », sourit-il. L’expérience fut brève mais satisfaisante. « Le rugby, c’est une énorme passion. J’aime découvrir toutes ses facettes. »


Il n’y a pas grand-chose à faire… Il faut être un peu chanceux car je n’ai pas eu beaucoup de pépins physiques dans ma carrière. Du moins, rien de très grave. Ensuite, je m’entretiens, j’ai une meilleure hygiène de vie que les joueurs d’autrefois (rires). On a joué contre Layrac l’autre jour, il y avait aussi des joueurs de plus de 40 ans. Je ne suis pas une exception

À 42 ans, Aurélien Sourrouille joue encore. Parce qu’il le peut. Parce que son corps répond et que le plaisir est intact. « Tant que je me sens bien, j’ai envie de continuer. » S’il ne tente pas la comparaison avec le géant du rugby Ma’a Nonu, le Landais nous donne ses « secrets » de conservation. « Il n’y a pas grand-chose à faire… Il faut être un peu chanceux car je n’ai pas eu beaucoup de pépins physiques dans ma carrière. Du moins, rien de très grave. Ensuite, je m’entretiens, j’ai une meilleure hygiène de vie que les joueurs d’autrefois (rires). On a joué contre Layrac l’autre jour, il y avait aussi des joueurs de plus de 40 ans. Je ne suis pas une exception », détaille-t-il humblement. 

Humble… mais aussi très chambreur, encore plus avec ceux qui n’étaient pas nés lorsqu’il a débuté. « Je suis le premier à les titiller. Et quand on chambre, il faut savoir se faire chambrer ! Il y a un très bon groupe, on s’entend tous très bien. Alors forcément, je n’ai pas les mêmes centres d’intérêts que les jeunes. Eux n’ont pas les miens non plus. Mais ils m’apprennent des choses et moi je leur fais découvrir des trucs d’anciens », se marre l’intéressé au bout du fil. 

Romain Chabat, trois-quarts centre expérimenté de Soustons, a eu le plaisir de retrouver Sourrouille. Les deux joueurs s’étaient connus 15 ans plus tôt. « Je l’ai connu en août 2011, avec l’équipe de France de développement à 7. C’était pour un tournoi à Prague. J’avais 22 ans, lui en avait 27 ans. On avait remporté la compétition. Il était l’ancien du groupe, il avait déjà cet âme de leader. Je le retrouve donc 15 ans plus tard à Soustons, pour mon plus grand plaisir« , amorce l’autre cadre du groupe landais.

Il poursuit : « On ne s’était côtoyé qu’une seule semaine mais je ne gardais que de bons souvenirs de lui. J’ai retrouvé le même homme, au même tempérament. Et surtout, il a toujours cette bonne parole qui rassure. Dans les temps forts comme dans les temps faibles, sa voix est très écoutée. Ses qualités rugbystiques n’ont pas changé, c’est un puncheur, un gros défenseur. Il marque de son empreinte certains adversaires« .

En cours de saison, on a fait un voyage entre trois-quarts à Logroño, en Espagne pendant trois jours. Il a été le pire ! C'est lui qui chauffait les petits jeunes à faire des conneries et à mettre l'ambiance jusqu'à je ne sais pas quelle heure du matin ! On a beaucoup de chance de l'avoir. Il doit se dire comme moi, que l'âge, ce n'est qu'un nombre

« A côté, il m’impressionne. Il est un peu comme moi dans sa tête, on a l’impression d’avoir 20 ans. En cours de saison, on a fait un voyage entre trois-quarts à Logroño, en Espagne pendant trois jours. Il a été le pire ! C’est lui qui chauffait les petits jeunes à faire des conneries et à mettre l’ambiance jusqu’à je ne sais pas quelle heure du matin ! On a beaucoup de chance de l’avoir. Il doit se dire comme moi, que l’âge, ce n’est qu’un nombre« , conclut Romain Chabat.

Et en effet. Au-delà de sa passion pour le ballon ovale, Aurélien Sourrouille se dit encore prêt physiquement et mentalement à continuer. « Tant que je me sens bien et que je prends du plaisir, j’ai envie de continuer. Je donne aussi un coup de main à l’école de rugby quand il le faut. Mais à ce jour, je pense plutôt à continuer à jouer que d’entraîner ». Vous l’aurez compris, le vieux routier va poursuivre son chemin sur les terrains de rugby car cette flamme qui l’anime, est loin de s’éteindre.