Une finale, surtout à l’autre bout du monde, ne s’oublie pas. Trente ans après, Raphaël Ibanez n’a rien perdu du sacre des Bleus universitaires en Afrique du Sud, à l’été 1996. Capitaine de cette génération dorée devenu manager du XV de France, il replonge pour itsrugby dans cette aventure fondatrice de cinq semaines dans l’hémisphère sud, à la croisée de l’amateurisme finissant et du professionnalisme naissant.

Le rugby universitaire, « une facette identifiée avec fierté »
Le rugby est un sport de voyous pratiqué par des gentlemen, mais on y trouve aussi des universitaires. « Les universitaires, c’est une des facettes de notre rugby que l’on peut identifier avec fierté, parce que ce rugby universitaire a permis à de nombreux joueurs de s’épanouir et de se développer dans un esprit spécial, particulier », précise l’actuel manager des Bleus, en pleine préparation d’un mois de Nations Cup.
À l’époque, les Bleus universitaires étaient l’équipe de développement officielle de la fédération — un rôle tenu aujourd’hui par France A, comme l’ont été les Barbarians. L’épopée de cette équipe de France U 1996 mobilise des joueurs dont les racines ont poussé dans le rugby amateur et qui s’épanouissent dans un rugby devenu Open (pro) en 1995.
À la croisée de l’amateurisme et du professionnalisme, cette équipe permettait aux joueurs étudiants de s’inscrire dans une démarche de haut niveau. La génération « Ibanez » a bénéficié de ce dispositif.
1996, l’Afrique du Sud et cinq semaines dans l’hémisphère sud
La Coupe du monde 1996 en Afrique du Sud, c’est totalement inédit pour l’ensemble du groupe, ou du moins une grande partie : une aventure dans l’hémisphère sud de cinq semaines, un moment exceptionnel pour ces jeunes joueurs.
« Je dois me replonger dans cette compétition, parce que ça fait 30 ans quand même ! On avait dû affronter l’Angleterre, l’Argentine et les All Blacks, je crois, pour atteindre la finale, qui s’était jouée contre les locaux, l’Afrique du Sud, à l’Ellis Park de Johannesburg », se souvient le capitaine.
« Quasiment tout le groupe a fait carrière ensuite. La fédération avait vraiment tablé sur cette équipe pour permettre à tous les joueurs qui en faisaient partie de se développer, de s’épanouir, tout en étant conscient qu’il y avait aussi un fort enjeu de compétition. »
« Être champion du monde » : l’ambition d’une génération
« Ce groupe était extrêmement ambitieux, avec une idée derrière la tête : être champion du monde. C’était notre motivation première et l’ambition première de notre staff, avec à sa tête Christian Lanta, qui avait su façonner cette équipe, prête pour cette compétition dans l’hémisphère sud », relance Ibanez.
« Et c’est vrai, de nombreux joueurs se sont révélés à l’étage au-dessus, avec la grande équipe de France : David Aucagne, Nicolas Brusque, Serge Betsen, Olivier Brouzet, Richard Castel, Yannick Bru… et bien d’autres. »
Une sacrée génération, et un sacré souvenir, plaisant à évoquer pour le capitaine devenu manager des Bleus : « Des souvenirs fantastiques, des super souvenirs, ça me fait plaisir d’en parler. »
France – Afrique du Sud, une histoire de retrouvailles
Sacrée période et drôles de rencontres que ces France – Afrique du Sud : demi-finale du Mondial 1995 perdue sous le déluge de Durban, victoire à Johannesburg de France U en finale un an plus tard, et la suite.
« La finale 1996 se joue à l’Ellis Park, stade mythique, face aux Springboks qui veulent évidemment imposer leur jeu, leur puissance. Et on s’impose », raconte Ibanez. « L’année d’après, en novembre 97, cette équipe de France universitaire affronte cette fois-ci les Springboks champions du monde en titre, en tournée en Europe. On les joue à Lille et là encore, on les bat ! »
La revanche, quelques jours plus tard, ne concerne pas les universitaires mais les Bleus, écrasés 52-10 au Parc des Princes. Ce match, c’est la fin d’une génération (Lacroix, Cabannes, Merle…) et l’arrivée d’une nouvelle, illustrée par le seul essai français, inscrit par le jeune talonneur remplaçant d’alors : Raphaël Ibanez.

Des pionniers entre amateurisme et professionnalisme
La génération France U 96 relève alors le défi de l’exigence de la compétition, avec aussi un devoir d’éducation : des garçons bien armés pour la vie adulte de sportif de haut niveau. Des défricheurs un peu pionniers, nés les pieds et les mains dans l’amateurisme finissant, mais les crampons dans le professionnalisme émergent.
« Cette nouvelle donne, c’était un peu le New Deal du rugby, une nouvelle donne du rugby professionnel, mais avec une grande part d’incertitude, une grande part d’inconnu, que l’on pouvait compenser par une vraie insouciance », confirme Ibanez.
Betsen, Bourgarel, Blanco : la fierté et l’ombre de l’apartheid
Et puis il y a eu des souvenirs plus forts que les autres. Roger Bourgarel, à jamais le premier, Serge Blanco, et enfin Serge Betsen chez les Boks, deux ans après la fin de l’abomination de l’apartheid…
« Johannesburg, l’Ellis Park, les Springboks, la finale 1996. Serge marque, et c’est suivi d’une « bronca » énorme dans le stade, ce qui m’a fait penser pendant le match que la fin de l’apartheid n’était pas pour demain… Ça nous avait beaucoup marqués », conclut Ibanez. « On était tellement fiers d’avoir Serge avec nous, et en plus il marque en finale. Scénario parfait. »

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