Franc-parler, déterminée, lucide… Qui est Cloé Correa, nouveau diamant brut des Bleues ? Son carton rouge contre l’Australie aurait pu lui coûter cher. En septembre, lors du WXV Global Series, Cloé Correa a vu sa trajectoire internationale momentanément freinée par une exclusion qui lui a valu deux matchs de suspension, après avoir initialement craint une sanction bien plus lourde. Un épisode frustrant, qu’elle assure ne pas avoir provoqué intentionnellement, mais dont elle a voulu tirer des enseignements.

Maintenue dans le groupe français pour la tournée en Nouvelle-Zélande malgré son absence lors du premier match, la joueuse du Stade Toulousain a aussi vécu cette période comme une étape dans sa progression. Derrière le maillot bleu, l’internationale revient sur cet incident, ses doutes, le soutien de ses proches, notamment celui de son père Yogane, et son ambition de s’imposer durablement chez les Bleues.

« Je ne voulais pas du tout faire de rugby »

Vous avez grandi dans une famille où le rugby occupait une place importante, votre père étant ancien professionnel (Usal Limoges, Montauban, Albi…). Est-ce que vous avez toujours su que vous en ferez votre métier ?

Pas du tout ! À la base, je ne voulais absolument pas faire de rugby. J’ai pratiqué énormément de sports, mais j’évitais celui-là parce que je trouvais ça trop violent. Je voyais mon père (Yogane, NDLR) jouer, prendre des coups, et ça ne me donnait pas envie. Finalement, c’est une de mes meilleures amies qui m’a convaincue de venir essayer. Et dès le premier entraînement, j’ai compris, au fond de moi, que je ferais ça jusqu’à ce que je ne puisse plus en faire.

Vous étiez déjà une enfant du rugby, au contact des joueurs, des entraîneurs et des vestiaires, aux côtés de votre père. Qu’est-ce que cet environnement vous a transmis ?

J’ai énormément grandi dans cet univers. J’étais tout le temps avec mon père, auquel j’ai toujours été très attachée. Le Sporting Club Albigeois, c’était ma deuxième famille. Tous les joueurs ont un peu participé à mon éducation, je pense. J’étais présente aux entraînements, aux séances vidéo, dans les vestiaires. J’ai aussi connu des personnes qui ont compté dans ma construction, comme Éric Béchu, qui était un peu comme un grand-oncle pour moi. Avec le recul, je me dis que le rugby était peut-être déjà en moi depuis le début, même si je ne voulais pas en faire. J’ai grandi dans cette ambiance, auprès de personnes qui m’ont transmis leur passion.

Être la fille d’un ancien joueur, est-ce un avantage ou une pression supplémentaire ?

C’est un peu les deux. Quand on porte un nom connu dans le rugby, il y a forcément des attentes. On peut se demander si l’on arrivera à avoir la même renommée que son père, si l’on parviendra à se démarquer. Si l’on se fera un prénom. Je pense aussi que mon nom m’a aidée à entrer dans certaines structures. Quand je suis arrivée au pôle espoirs et que j’ai commencé à intégrer les sélections, notamment dans le Tarn et en Midi-Pyrénées, je n’avais pas forcément le niveau. J’avais le gabarit, mais il me manquait beaucoup de choses. On m’a laissé ma chance et je pense que mon nom a pu faciliter certaines portes. Mais après, il faut travailler pour rester. On ne peut pas se contenter de ça.

Cloé Correa, tout sourire, fête un essai avec ses coéquipières toulousaines
Cloé Correa avec le Stade Toulousain face à Bordeaux en Élite 1, le 12 octobre 2025 à Ernest-Wallon. Photo Loïc Cousin / Icon Sport

Votre père vous accompagne beaucoup. Comment fait-il la différence entre son rôle de père et celui d’ancien joueur ?

Il me laisse parfois me casser la figure, puis il m’aide à me relever. Il voit que je commence à aller dans une direction qui n’est pas la bonne, il me prévient une fois, mais il me laisse aussi faire mes propres expériences. Il ne va pas forcément m’empêcher de tomber. En revanche, quand ça arrive, il est là pour m’aider à comprendre ce qui s’est passé et à repartir dans la bonne direction. Ce n’est pas toujours la méthode la plus douce, mais il est toujours derrière moi. Avec lui, il y a souvent deux appels. Le premier, c’est celui du joueur. Il est très franc, il me dit ce que je dois entendre, même si ça fait mal. Il m’est arrivé de finir en pleurs parce que j’avais du mal à accepter certaines vérités. Puis, quelques heures après, il y a le deuxième appel. Là, c’est le papa. Il prend davantage le temps de m’accompagner et de m’aider à réfléchir. Les deux rôles se complètent.

Et votre mère, quelle place occupe-t-elle dans votre parcours ?

Ma mère, c’est le réconfort. Que je sois en équipe de France ou non, elle est heureuse tant que je suis heureuse et que j’aime ce que je fais. Mon père est davantage dans les mots forts, dans l’exigence. Ma mère, elle, est là pour me ramasser quand ça ne va pas. Ils se complètent très bien.

« J’avais perdu toute envie de jouer »

Aujourd’hui, vous portez le maillot du Stade Toulousain et celui de l’équipe de France. Pourtant, vous avez failli ne pas être conservée par votre club. Que s’est-il passé ?

C’était il y a deux ou trois ans. Je faisais beaucoup d’allers-retours entre l’Élite 1 et la réserve. À un moment, on m’a dit qu’on ne savait pas vraiment ce qu’on allait faire de moi, qu’on hésitait encore à me garder. J’ai pris un énorme coup. J’y croyais, je me disais que j’allais finir par réussir à jouer, et soudain je ne savais plus où j’en étais. J’avais perdu toute envie de jouer au rugby. Je ne prenais même plus de plaisir aux entraînements. Ça a été très compliqué mentalement. Je pense même que j’ai traversé une petite dépression. Je n’allais pas bien, j’avais perdu l’envie de beaucoup de choses. À un moment, je me suis dit que je préférais partir de moi-même plutôt que d’attendre qu’on me dise que je n’avais plus ma place. J’en ai beaucoup parlé avec mes proches, notamment avec mon père. Il m’a demandé si je voulais choisir la facilité. D’autres clubs m’avaient contactée, et j’aurais probablement pu avoir davantage de temps de jeu ailleurs. Mais il m’a aussi demandé si je n’avais pas envie de me challenger, de voir si je pouvais franchir les obstacles plutôt que de partir. Il m’a laissée réfléchir et décider par moi-même. Je me suis dit que je serais peut-être plus fière de moi si j’arrivais à réussir malgré toutes ces difficultés. J’ai décidé de rester.

Le déclic est finalement venu d’une opportunité ?

Oui. Des joueuses se sont blessées à mon poste et j’ai eu ma chance. Je dis souvent qu’ils n’avaient pas vraiment le choix de me faire jouer ! À cette période, j’avais le sentiment qu’ils ne me faisaient pas confiance. Mais j’ai réussi à faire de bonnes choses. Les entraîneurs les ont appréciées, puis j’ai pu continuer à saisir des occasions et à montrer ce que je valais. J’ai énormément travaillé pour ça. À l’époque, j’étais en alternance, entre les études, le travail et le rugby. Dès que je pouvais m’entraîner, je le faisais. Je voulais que ça fonctionne. C’est aussi ce qui rend les belles choses qui sont arrivées ensuite encore plus réjouissantes. Quand on est passé si près de tout arrêter, on mesure différemment le chemin parcouru.

« Il y a eu beaucoup de faiblesses, de doutes et d’hésitations »

Cette période vous a-t-elle changée ?

Elle m’a appris que je pouvais traverser des moments très difficiles sans forcément abandonner. Mais je ne veux pas raconter ça comme si j’avais toujours été forte. Il y a eu beaucoup de faiblesses, de doutes et d’hésitations. Tout le monde a envie de choisir la facilité à un moment. Moi aussi, j’ai pensé à partir. Mais quelque chose me disait que je serais plus fière de moi si je parvenais à réussir là où j’avais rencontré des obstacles. Je crois que c’est ce qui m’a permis de continuer.

Vous êtes très compétitrice, même en dehors du terrain ?

Oui, complètement ! Je suis quelqu’un de très franc, parfois même trop. Et j’ai toujours besoin de gagner. Même quand je joue à des jeux de société, il faut que je sois la meilleure. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours eu ce côté compétiteur. Dans la vie de tous les jours, je suis assez proche de la joueuse que l’on voit sur le terrain. En dehors du rugby, j’essaie surtout de profiter de mes amis, de rentrer voir mes parents à Albi et de me reposer. Je n’ai pas énormément de temps libre. J’aime beaucoup le tennis aussi. Je me suis même dit que, si je n’avais pas réussi dans le rugby, j’aurais peut-être tenté une carrière dans ce sport.

Nouvelle-Zélande, carton rouge et prise de responsabilités

Vous êtes en pleine tournée en Nouvelle-Zélande, le pays emblématique du rugby. Qu’est-ce que cette expérience représente pour vous ?

C’est un voyage que j’avais vraiment envie de faire. Quand on grandit en regardant les All Blacks et les Black Ferns, on a forcément envie de découvrir ce pays et de jouer là-bas. C’était mon premier grand voyage en Nouvelle-Zélande. J’avais déjà joué à Cardiff avec les moins de 20 ans, mais là, c’était une autre dimension. Depuis notre arrivée, je n’ai vécu que des choses positives sur le plan humain. Sportivement, il y a eu de la frustration, puisque je n’ai pas pu participer au premier match à cause de ma suspension (son carton rouge en septembre contre l’Australie lui a valu une suspension de deux matchs, NDLR). J’avais vraiment hâte de jouer. Le deuxième match a été une étape importante pour moi. Je l’ai vécu comme ma première véritable titularisation sur cette tournée, même si j’avais déjà joué contre l’Australie. J’ai pu prendre davantage de responsabilités, essayer de faire avancer l’équipe et peser sur le jeu. Je me suis rendu compte que je n’étais plus la petite Cloé qui arrivait en sélection et découvrait le niveau international. Je commence à prendre ma place. Avec certaines joueuses importantes absentes, il fallait aussi assumer davantage de responsabilités et essayer de tirer le groupe vers le haut.

Portrait de Cloé Correa en chasuble jaune sur le maillot du XV de France
Cloé Correa à l’échauffement avant France – Nouvelle-Zélande (WXV Global Series), le 12 septembre 2026 à Lyon. Photo Ewen Gavet / Icon Sport

« Je commence à prendre ma place »

Vous avez justement connu une période compliquée avec ce carton rouge contre l’Australie. Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai été très frustrée. Je savais que mon geste n’était pas volontaire, mais je savais aussi qu’il aurait pu être évité. Si j’avais été plus attentive à ce que je faisais, la situation aurait pu être différente. Sur le moment, je me suis demandé pourquoi ça tombait sur moi. Mais ce match était particulier, plusieurs joueuses avaient été sanctionnées et cela aurait pu arriver à quelqu’un d’autre. Quand on m’a expliqué que je risquais jusqu’à douze matchs de suspension, j’ai compris que c’était sérieux. J’étais très triste. Je me disais que, sur une action que je jugeais évitable, je risquais de perdre une grande partie de ma saison et de manquer des rencontres internationales importantes. J’ai beaucoup parlé avec mon père, encore lui (sic). Il m’a expliqué que je ne devais pas prendre cette sanction comme une punition personnelle, mais plutôt comme un fait de jeu et une occasion d’apprendre. Les premiers jours ont été difficiles. Puis la commission a rendu sa décision et je n’ai finalement pris que deux matchs. J’ai ressenti un immense soulagement.

Le regard des autres, de votre famille, de vos coéquipières et de vos coachs a-t-il été difficile à supporter ?

Honnêtement, le regard des autres, je m’en fichais plutôt. Je savais ce que j’avais fait et je savais que ce n’était pas intentionnel. Ce qui m’importait davantage, c’était le regard des entraîneurs. Mais mes coéquipières savaient que je n’avais pas voulu faire ce geste, et le staff connaissait aussi la situation. Je suis surtout reconnaissante d’avoir pu rester avec le groupe en Nouvelle-Zélande, alors que je ne pouvais pas jouer le premier match. Ils auraient pu décider de prendre quelqu’un d’autre. Le fait qu’ils m’aient maintenue dans le groupe est une preuve de confiance. Ça m’a donné encore plus envie de tout donner sur le terrain, pour montrer que cette confiance était justifiée.

« La Nouvelle-Zélande m’a vraiment marquée sur le plan physique »

Cette tournée vous a-t-elle permis de mesurer le niveau auquel vous évoluez désormais ?

Oui. J’avais déjà eu un déclic lors de gros matchs, avec beaucoup d’engouement autour de nous. Mais affronter la Nouvelle-Zélande permet de prendre conscience de ce que représente le très haut niveau. Pour moi, c’est l’équipe la plus impressionnante physiquement parmi celles que j’ai affrontées jusqu’ici. Elle met beaucoup d’intensité dans son jeu. Je n’ai pas encore joué toutes les équipes internationales et je n’ai pas eu suffisamment de temps de jeu contre l’Angleterre pour comparer. Mais la Nouvelle-Zélande m’a vraiment marquée sur le plan physique.

À court terme, qu’attendre de la suite de cette tournée ?

Je crois qu’on peut faire quelque chose. Le premier match a été une grosse erreur collective. On a pris cher, forcément, et ça nous a touchées dans notre ego. On a voulu riposter de la meilleure manière. La semaine suivante, on a montré qu’on était capables de réagir. Il nous a peut-être manqué de la précision, ou quelque chose dans les derniers gestes. On n’est pas allées jusqu’au bout, mais on n’était pas loin. Cette semaine, on a beaucoup travaillé sur ce qui nous avait manqué. Moi, j’y crois. Il faut y croire et on peut faire quelque chose ce week-end.

« On ne devrait pas avoir à choisir entre le rugby et un salaire décent »

Vous avez aujourd’hui un contrat au Stade Toulousain, mais le rugby féminin reste marqué par une forme de précarité. Comment vivez-vous cette réalité ?

Elle me touche forcément, parce que je l’ai vécue. Avant d’avoir mon contrat, je devais concilier les études, une alternance et le rugby. C’était extrêmement compliqué. Je m’épuisais. Le problème, c’est que beaucoup de joueuses sont encore dans cette situation. Soit on choisit de se consacrer pleinement au rugby, avec un salaire qui reste faible à la fin du mois, soit on met le rugby de côté pour avoir un travail qui permet de gagner correctement sa vie. On ne devrait pas avoir à choisir entre ces deux choses. Le rugby féminin se développe, beaucoup de choses sont faites pour nous et je pense que la Fédération est attentive à ces questions. Il y a une vraie volonté de faire avancer les choses. Mais je pense aussi qu’on pourrait aller plus vite. On pratique un sport de haut niveau. On s’entraîne quotidiennement, on doit être performantes, on doit récupérer, se préparer physiquement et mentalement. On ne peut pas continuer à demander aux joueuses de fournir cet investissement tout en les laissant dans une situation d’amateurisme. Je ne demande pas à gagner 30.000 euros par mois. Je sais que ce n’est pas réaliste. Mais il faudrait au moins pouvoir vivre de notre sport.

Est-ce que cette différence de moyens se ressent aussi lorsque vous affrontez les meilleures nations ?

Je pense que oui, notamment en matière de préparation. Les Néo-Zélandaises sont professionnelles dans leurs clubs, et les Anglaises le sont également. Nous, en équipe de France, nous sommes encore nombreuses à ne pas être professionnelles. Cela signifie qu’on ne peut pas toujours s’entraîner comme elles, ni consacrer le même temps à la récupération et à la préparation. Forcément, cela peut se ressentir sur le terrain. On ne peut pas demander aux joueuses françaises de rivaliser avec les meilleures nations du monde sans regarder les conditions dans lesquelles elles travaillent. Le talent est là, l’envie aussi, mais les moyens comptent.

« On me dit parfois qu’on dirait un CRS »

Le rugby féminin reste aussi confronté à des clichés. Est-ce quelque chose que vous subissez personnellement ?

Oui, et encore aujourd’hui. Il y a toujours des remarques sur notre physique. On me dit parfois que « je suis balèze », qu’on « dirait un CRS », ou que « je ne peux pas être une femme parce que je suis solide ». Il y a aussi les clichés selon lesquels une joueuse de rugby serait forcément moins féminine ou serait forcément lesbienne. Ce sont des remarques qui n’ont aucun fondement, mais qu’on entend encore régulièrement, malheureusement. Et puis il y a les commentaires sur le niveau de jeu, comme si les femmes étaient moins techniques ou moins capables. Ça me met en colère, parce qu’on travaille énormément pour progresser. Quand je lis certains commentaires sur les réseaux sociaux, ça me brise le cœur. On se donne au quotidien pour s’améliorer et on se retrouve jugées simplement parce qu’on est des femmes.

Faudrait-il sanctionner plus sévèrement certains propos ?

Oui, je le pense. Je suis pour la liberté d’expression, évidemment, mais il y a des choses qui sont inadmissibles. On ne devrait pas pouvoir tout dire sous prétexte qu’on est derrière un écran. Il faudrait réfléchir à des sanctions contre certains commentaires. On ne peut pas prétendre vouloir développer le rugby féminin et laisser se multiplier des propos qui rabaissent les joueuses.

Le Stade Toulousain, les Bleues et le rêve de battre l’Angleterre

Quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?

J’aimerais d’abord prouver que j’ai ma place au Stade Toulousain. Ce n’est pas quelque chose d’acquis pour toujours, et je sais que je peux perdre ma place. Je veux devenir un véritable pilier de mon club, quelqu’un sur qui le groupe peut compter. Je ne suis plus la petite joueuse qui vient d’arriver. Je pense que je commence à entrer dans un rôle de leader, et j’ai envie de prendre davantage de responsabilités. En équipe de France, je veux aussi conserver ma place et continuer à progresser. Et pourquoi pas, un jour, devenir la numéro 5 des Bleues.

Vous avez tout de même un plan B si votre carrière s’arrête plus tôt que prévu ?

Oui. J’ai un bac+5 en commerce et marketing, et j’ai toujours eu le projet de créer ma propre entreprise. Je ne sais pas encore dans quel secteur, mais je sais que je pourrais rebondir. Évidemment, je veux poursuivre le rugby le plus longtemps possible. Mais je suis consciente qu’une carrière sportive peut s’arrêter du jour au lendemain. Il faut aussi préparer la suite.

« Il faut continuer à travailler, à comprendre ce qui nous manque et à chercher comment progresser »

L’équipe de France semble souvent proche des grandes nations, notamment de l’Angleterre, sans parvenir à franchir le dernier obstacle. Qu’est-ce qui manque aux Bleues ?

Je ne sais pas si mon analyse est totalement fondée, mais j’ai l’impression que les autres nations se rassemblent davantage que nous. Quand on a discuté avec les Black Ferns, elles nous ont expliqué qu’elles étaient très souvent ensemble. L’Angleterre se rassemble aussi plus régulièrement. Nous, nous avons nos clubs, et je sais bien qu’on ne peut pas être à 100 % du temps en équipe de France. Mais ce serait bien de pouvoir se retrouver davantage, dans la mesure du possible, pour travailler ensemble. Cela permettrait peut-être de renforcer les automatismes et de mieux préparer les grandes échéances. Il y a aussi la question du professionnalisme, j’y reviens. Si les joueuses adverses peuvent consacrer davantage de temps à leur préparation, cela fait une différence. Nous devons encore progresser sur ce point.

Est-ce frustrant de sentir que le niveau est là, mais que la victoire échappe encore aux Françaises ?

Forcément. Quand on est proches et qu’on n’arrive pas à aller au bout, c’est frustrant. Mais il ne faut pas perdre confiance. Il faut continuer à travailler, à comprendre ce qui nous manque et à chercher comment progresser. On ne peut pas se contenter de dire qu’on n’était pas loin. Il faut parvenir à transformer cette proximité en victoire. Je crois qu’on a les moyens de faire de belles choses. Il faut continuer à y croire, collectivement, et se donner les moyens de franchir ce cap.

Leny-Huayna TIBLE
Journaliste