Il avait commencé la saison avec l’ambition de s’imposer comme l’un des hommes forts de Provence Rugby. Mais deux cartons rouges, une rupture des ligaments croisés et une dépression ont bouleversé l’exercice 2025-2026 de Guillaume Piazzoli. Plusieurs mois après cette période particulièrement éprouvante, le joueur revient sur sa reconstruction, l’importance du suivi psychologique et la nécessité, dans le rugby professionnel, d’apprendre à écouter aussi ses fragilités.

Tu avais connu un début de saison très réussi avant de traverser une période particulièrement difficile. Comment as-tu vécu cet ascenseur émotionnel ?

Le début de saison était énorme. Je réalisais de grosses performances et je voulais être le meilleur joueur possible. Mais les deux cartons rouges m’ont mis dans le dur mentalement. Il faut prendre conscience de ses erreurs, comprendre ce qu’on a fait de mal et essayer de rebondir. Le deuxième carton rouge a été encore plus difficile à vivre. Une semaine et demie après, je me suis rompu les ligaments croisés. Ça a été un moment extrêmement compliqué pour moi.

Comment as-tu compris que tu étais en dépression avec cette succession d’évènements ? 

Je sentais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, mais je ne savais pas mettre de mots dessus. Dans notre métier, on est constamment sous pression, avec l’envie de donner le meilleur de nous-mêmes et de montrer qu’on est les meilleurs. Quand tout s’arrête, on peut se sentir seul. On se renferme, on reste chez soi, on n’a plus envie d’appeler personne. Heureusement, mes parents ont été très présents. J’ai aussi été suivi par un psychologue, parce que mentalement, j’étais très faible. J’ai traversé une dépression pendant plusieurs mois.

Le rugby valorise la force et la capacité à encaisser. As-tu eu le sentiment de devoir affronter cette épreuve seul ?

Après mon deuxième carton rouge, ça a été très compliqué. Pendant une semaine et demie, les membres du staff ne sont pas venus me parler. Je me suis senti très seul. Et après ma blessure au genou, j’ai eu besoin de prendre du recul et de m’éloigner du club pendant quelques mois. Je devais me retrouver, me poser les bonnes questions et essayer de me relever. Heureusement, j’ai pu compter sur mes parents et sur l’accompagnement psychologique. C’est un travail de chaque jour : il faut retrouver la motivation, grandir, évoluer et réussir à aller de l’avant.

Tu étais pourtant dans la meilleure forme physique de ta carrière. Comment expliquer ce décalage entre ton état physique et ton état mental ?

Physiquement, je n’avais jamais atteint un tel niveau. Je me sentais frais, j’étais bien. Mais mentalement, je n’y étais plus. Avec le recul, je sais que je n’étais pas émotionnellement prêt à retourner sur un terrain. J’aurais dû en parler avant. On peut être en pleine possession de ses moyens physiques et ne pas être capable de jouer mentalement. Il faut aussi apprendre à reconnaître cet état.

Comment te sens-tu aujourd’hui ?

J’avance. Ce n’est pas facile de se dire qu’on a traversé une période comme celle-là, mais j’essaie de vivre avec. C’est devenu un moteur. Je me dis que si j’ai réussi à surmonter cet état, je peux aussi réussir à revenir de ma blessure. Mentalement, j’ai l’impression d’être une nouvelle personne. Cette expérience m’a fait grandir et m’a appris à davantage m’écouter.

Quel message souhaites-tu transmettre aux jeunes joueurs qui pourraient traverser une période similaire ?

J’ai parfois joué avec des pépins physiques, notamment à l’épaule, alors que ça n’allait pas. Aujourd’hui, je sais que si je ne suis pas prêt mentalement et émotionnellement, je ne dois pas forcément jouer. C’est comme une blessure physique, sauf que ça ne se voit pas et qu’on n’en parle pas assez. Il faut apprendre à se connaître et savoir si l’on est prêt à jouer ou non. Je pense que les jeunes joueurs professionnels doivent pouvoir s’appuyer sur une personne capable de les accompagner mentalement. Il ne faut pas attendre d’aller très mal pour demander de l’aide.