À Gujan-Mestras, l’union avec La Teste n’était pas une évidence mais elle est devenue une nécessité. Sur le terrain, la mayonnaise a pris tout de suite. Cinq victoires en six journées de Fédérale 1 et un bonus défensif arraché à la dernière minute à Soustons. À 36 ans, Thomas Bordes est le capitaine de cette nouvelle équipe. Pour It’s Rugby, le talonneur passé, entre autres, par Mont-de-Marsan, Lyon, Oyonnax, Massy, Suresnes ou le Bassin d’Arcachon, raconte l’union entre les deux clubs, l’été agité, la construction du club, les résultats sportifs et évoque la situation de son club de cœur du Stade Montois qui « l’attriste ».
Gujan et La Teste, une union devenue nécessaire
IT’S RUGBY. – Quelle analyse fais-tu de cette union entre Gujan et La Teste ?
Thomas Bordes : C’est une évolution importante pour le territoire. Ensemble, on est souvent plus forts. Mais ça n’enlève pas tout le respect de l’histoire des hommes qui l’ont écrite avant, dans les deux clubs. Ce n’est pas évident, c’est sûr, d’arriver à rassembler deux clubs, quand tu connais en plus toutes les histoires de derbys et toutes les rivalités qu’il pouvait y avoir. Mais aujourd’hui, je trouve que c’était important pour le bassin d’arriver à s’unir.
L’été a quand même été agité, non ?
Oui, il l’a été. Ça a demandé énormément de travail de la part des dirigeants qui l’ont mis en place. Forcément, si tout le monde ne souffle pas dans la même direction, ça ne peut pas fonctionner. Il y a encore énormément de travail à réaliser. C’est un projet en construction, qui prend du temps. C’est aussi important pour les jeunes, qui faisaient partie d’une entente. Dans la transversalité du club, ils étaient obligés de choisir entre les deux à la fin de leur cursus. Aujourd’hui, il y a une continuité qui s’opère. Je trouve ça hyper bien. Pour le moment, nous avons de bons résultats. On est à cinq victoires sur six. La défaite à Soustons se joue à la dernière minute mais on prend quand même un bonus défensif.
Sportivement justement, on dirait que la mayonnaise a tout de suite pris…
Aujourd’hui, tous ceux qui participent au projet ont envie qu’il réussisse. À partir de ce moment-là, on a tous le même objectif. Des deux côtés, que ce soit à La Teste ou à Gujan, on a vécu des saisons en dents de scie. Là, on a retrouvé de la compétitivité et de la concurrence à chaque poste. Tout le monde est pleinement investi et je pense que ça contribue au bon résultat de ce début de saison.
Thomas BordesOn a juste l’objectif de faire une énorme saison et d’arriver à se qualifier.
N’y a-t-il pas eu une petite frustration de voir le club s’appeler Gujan-Mestras, et pas Gujan-Mestras–La Teste, comme une vraie union ?
Comme le club de La Teste n’avait pas été liquidé, tu ne pouvais pas créer une nouvelle entité. Après, tous ceux qui sont dans le projet, même si l’union ne s’appelle pas « Union du bassin d’Arcachon rugby » mais Gujan, la considèrent comme telle. On est pleinement impliqués. On joue un match à La Teste, un match à Gujan. Le rassemblement, on est déjà dedans, c’est déjà fait. Les forces ont été mutualisées. Le nom, la couleur du maillot, ce qu’on peut voir dessus, c’est important parce que c’est rattaché à notre terrain. Mais c’est secondaire, parce qu’on a juste l’objectif de faire une énorme saison et d’arriver à se qualifier.
La fin du RCBA et un projet 100 % amateur
La liquidation du RCBA a donc été totalement validée ?
La liquidation du club a été actée en août. Il a été mis en sommeil et il repart sur une nouvelle entité, qui s’appelle l’UST / SAA. C’était l’union précédente entre La Teste et Arcachon. Pour l’instant, il n’y a pas d’équipe à ce niveau-là. Ils vont représenter un dossier à la fédération, donc je pense qu’il va y avoir un délai avant la présentation, pour faire démarrer le projet de l’Union du bassin d’Arcachon.
Selon toi, cette union était-elle la meilleure décision possible ?
C’était la bonne solution. Cela faisait deux ou trois ans qu’on perdait toujours un, deux, trois joueurs du noyau. Des gars qui étaient vraiment forts. Là, ça a permis de conserver tout le monde.
L’un avait donc besoin de l’autre…
Oui, complètement. Comme je te l’ai dit au début, le bassin et le territoire avaient vraiment besoin de créer un club pérenne. Tu connais la conjoncture économique actuelle : chercher des partenaires, ce n’est pas facile. Ils te disent : « Je vais te donner tant. » Et à la fin, ils peuvent te donner moins, mais ils n’y peuvent rien. S’ils ont fait moins de chiffre d’affaires, c’est compliqué. Là, on a construit un projet avec des bases beaucoup plus solides, à savoir un club 100 % amateur et, ça, c’est important. Il s’appuie sur une base très forte de bénévoles, de dirigeants et de supporters. Au début, certains avaient des réticences mais maintenant qu’ils voient que ça fonctionne, ils ont aussi envie de venir. Ça leur a fait bizarre, c’est sûr, de venir à La Teste et vice-versa. Mais sans ce trio de supporters, de bénévoles et de dirigeants, qui s’impliquent et qui ont envie que le projet réussisse, on n’y arriverait pas.
Tu disais qu’il restait de gros points à travailler. Sur quoi ? Sur la structure ?
C’est ça. Il a fallu que ça s’harmonise. Il a fallu que tout le monde trouve sa place dans le nouvel écosystème. Et de plus en plus, c’est en train de s’installer. Ça ne sera jamais parfait, mais ça continue d’évoluer dans le bon sens. Et comme je te l’ai dit au début, les résultats sportifs font aussi que ce projet vit et peut tenir grâce à ça. Si on avait perdu les quatre ou les cinq premiers matchs, ça n’aurait pas été la même histoire.
Objectif top 6 en Fédérale 1
Sportivement, vous êtes-vous fixé des objectifs clairs en début de saison ?
Oui, on s’est fixé comme objectif le top 6. On veut vraiment y arriver avant la refonte de la Nationale qui va arriver. Après, on est le rassemblement de deux effectifs. On se connaissait un peu, parce qu’on est voisins, mais pas plus que ça. Donc on est patients. On prend les matchs les uns après les autres.

Cela a dû changer des choses pour des joueurs semi-pros à Arcachon, qui ont dû trouver un travail à côté…
Exactement. On était encore cinq sous contrat. Le règlement fédéral impose, si tu es sous contrat avec un club, d’avoir un contrat de travail pour signer dans un autre club. C’était obligatoire, donc on a été licenciés, nous cinq. Il y avait le droitier géorgien Sharashvili, qui est parti à Rouen. Et puis les autres : Benjamin Dumas, Andrew Chauveau, Yann Caillat et moi.
Thomas BordesNous sommes revenus à des défraiements dans la norme de la Fédérale, connectés à la réalité. Et surtout, pas de promesses qui ne seront pas tenues.
Cela a donc été une bonne transition avec ce nouveau projet ?
Oui. Nous sommes revenus à des défraiements dans la norme de la Fédérale, connectés à la réalité. Et surtout, pas de promesses qui ne seront pas tenues, pas de dû non payé. On ne parle pas d’argent ici, c’est juste que les dirigeants ont préparé un plan viable, sans excès.
Des anciens, des jeunes et un doyen de 41 ans
J’ai l’impression qu’il y a une belle osmose entre les anciens et les jeunes…
On connait bien ce niveau amateur : il y a toujours quelques vieux briscards au milieu, qui sont importants pour l’expérience dans le groupe, pour la maturité. Et c’est important aussi d’avoir tous ces jeunes à côté qui poussent et qui font bouger les vieux (rire). C’est un bon mélange entre le chaud et le froid. La sagesse et l’expérience d’un côté, la fougue et la jeunesse en face.
Quid du Fidjien Gabiriele Lovobalavu ? Passé notamment par Toulon, Bayonne, Oyonnax, les Wasps ou Bourgoin ?
Il joue toujours. C’est notre doyen. Il a aujourd’hui 41 ans. Il a été un peu embêté parce qu’il avait une petite tendinopathie aux genoux. Mais il est hyper bien. Déjà, tu vois toute sa classe quand il joue. Son bagage technique est impressionnant. Avec lui, c’est fluide, facile. Physiquement, il est affûté comme une lame ! Après, il s’entretient, il va à la salle. Et il est hyper bien dans la pédagogie avec les jeunes. C’est un mec qui a énormément de poids sur le groupe. C’est du luxe d’avoir des joueurs d’expérience comme ça dans l’effectif. Et d’une gentillesse, en plus…
Tu as connu pas mal de compétitions. Quel regard portes-tu sur l’évolution de ce niveau ?
Il y a un moment, quand on est descendus de Pro D2, la Nationale n’existait pas, c’était la Fédérale 1. Il y avait une énorme disparité. Tu avais deux ou trois matchs difficiles dans l’année mais pour le reste, on voyait qu’il y avait vraiment beaucoup d’écarts. Là, quand tu vois les résultats, que ce soit de cette journée ou de la précédente, c’est relevé. Les paquets d’avants sont costauds. Les phases statiques, la mêlée, les ballons portés, c’est rugueux. Les joueurs sont denses. Et ça joue aussi très bien au rugby. Tu as des équipes capables de faire du large-large toute l’après-midi et qui savent jouer après contact. On représente vraiment le plus haut niveau amateur, même si la Nationale appartient aussi à la Fédération.
À 36 ans, « toujours la flamme »
À 36 ans, comment te sens-tu, physiquement et mentalement ?
En forme olympique ! (rire) J’ai toujours la flamme. Tant que j’ai cette flamme, l’envie d’être devant, l’envie d’être le meilleur, je me dis qu’il ne faut pas que ça s’arrête. Parce que le jour où tu fermes le livre, tu ne peux plus le rouvrir. Je profite de ces dernières années. Il n’y a pas de secret : je fais attention à ce que je mange, je ne bois pas souvent, je dors bien, je vais à la salle trois ou quatre fois par semaine.
Ton rôle de leader est-il le même que dans tes clubs précédents, ou a-t-il changé ?
C’est toujours le même. Ça fait trois ans qu’ils m’ont nommé capitaine de l’équipe, mais ça n’a pas fondamentalement changé qui je suis, ni ma façon de m’exprimer. C’est un rôle dans lequel je me sens bien. C’est naturel, je ne me force pas à prendre la parole, à hurler sur quelqu’un ou à parler aux jeunes. C’est une transmission qui se fait naturellement. J’ai été éduqué comme ça. Quand j’ai commencé à Mont-de-Marsan, il y a maintenant 17 ou 18 ans, il y avait des vieux joueurs, des vieux talonneurs, qui étaient là pour me prendre sous leur aile, me conseiller, échanger, prendre du temps. Je pense qu’à partir d’un certain âge, ce rôle est primordial. Je suis hyper content qu’ils me donnent cette responsabilité dans l’équipe. Je me sens épanoui.

Pour terminer, que peut-on souhaiter à cette union ?
Qu’elle dure le plus possible ! Qu’elle continue à prospérer, à évoluer, et que cette année, elle arrive à atteindre ses objectifs. Nous ne sommes que de passage dans les clubs mais ce serait chouette qu’on arrive à écrire un bout de l’histoire de l’union de ces deux clubs.
Le Stade Montois, club de cœur
Thomas BordesQuand j’ai regardé l’access match l’année dernière du Stade Montois face à Nice, une fois le match terminé, je suis resté assis un quart d’heure sans bouger.
Un petit mot plus personnel. Tu évoquais Mont-de-Marsan. J’imagine que tu suis un peu ce qui s’y passe…
Oui, ça me fait mal au cœur. Quand je vois en ce moment les difficultés qu’ils rencontrent et le manque de solutions, c’est sûr que c’est dur. Je comprends le mécontentement des supporters. En revanche, on ne comprend pas forcément, parfois, toute la méchanceté qu’il peut y avoir derrière, parce que ça reste des hommes au milieu de tout ça. Mais c’est sûr que ça me fait de la peine. Quand j’ai regardé l’access match l’année dernière du Stade Montois face à Nice, une fois le match terminé, je suis resté assis un quart d’heure sans bouger. Je suis vraiment triste de leur situation.







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