Le vendredi 9 octobre, Aurélie Groizeleau dirigeait Agen – Dax en Pro D2, une victoire agenaise 49-30. La veille, l’arbitre de la ligue de Nouvelle-Aquitaine avait répondu à nos questions, à la croisée des Journées de l’arbitrage (du 6 au 15 octobre) et d’Octobre Rose.

Avant de rejoindre le Canada pour deux test-matchs entre le Canada et l’Angleterre, à Toronto le 16 octobre puis à Ottawa le 23 octobre (heure locale), l’ancienne internationale revient sur son parcours. Elle arbitre depuis plus de quinze ans.

« Sans arbitre, il n’y a pas de match »

Nom, prénom, âge, qualité, s’il vous plaît ?

Aurélie Groizeleau, 37 ans, arbitre de rugby, ligue de Nouvelle-Aquitaine.

Vous avez une actualité pour ces Journées de l’arbitrage, du 6 au 15 octobre. Que représentent-elles pour vous ?

Déjà, c’est une période qui met à l’honneur le rôle d’arbitre et qui permet de mieux le valoriser, alors qu’il est plus souvent décrié que valorisé. C’est une semaine dans l’année où, au moins, on parle de nous positivement, de nos actions, et où l’on montre à quel point notre rôle est important dans la vie du sport. La phrase bateau que l’on dit tout le temps, c’est « sans arbitre, il n’y a pas de match », mais c’est malgré tout la vérité. Aujourd’hui, on se rend compte que les incivilités augmentent, surtout dans le secteur amateur, et l’arbitre en est le principal acteur touché. Je pense que ces journées sont aussi là pour cela : remettre les choses à leur place, montrer l’importance de l’arbitre et l’importance du respect dans le sport de manière générale.

Octobre Rose, « un combat qu’il ne faut surtout pas arrêter »

Il y a une deuxième actualité, citoyenne, qui concerne tout le monde : Octobre Rose, dans lequel le rugby est particulièrement impliqué…

Oui, il y a plusieurs actions via le rugby et Octobre Rose. C’est indéniable, c’est quelque chose qui nous touche en tant que femmes : on sait que de plus en plus de femmes sont touchées par ce type de cancer, et de plus en plus jeunes. Si je prends l’exemple de ma collègue sud-africaine, qui a 39 ans et qui se bat contre le cancer du sein alors qu’elle était avec moi à la Coupe du monde il y a quelques mois, automatiquement, ça a une résonance très forte. On se dit que personne n’est à l’abri. C’est un combat qu’il faut mener, il faut en parler, parce que ces femmes se sentent isolées. C’est un changement important et il faut leur montrer tout notre soutien. Il faut continuer à se battre, parce que malheureusement, aujourd’hui, le combat n’est pas toujours gagné d’avance. C’est un combat qui n’est pas près de s’arrêter, et il ne faut surtout pas l’arrêter.

L’arbitrage, « une roue de secours »

En lisant votre biographie, on comprend que l’arbitrage n’a pas été un choix, mais quelque chose de subi…

Exactement. J’ai eu des problèmes de santé qui ont été révélés à l’âge de 19 ans (cinq sélections en équipe de France à 7, NDLR) et qui m’ont obligée à changer de voie. On me promettait une belle carrière de joueuse, et puis finalement tout s’est arrêté. Il a fallu se reconstruire, repartir de zéro et se lancer de nouveaux défis. Je suis une grande passionnée de rugby depuis toute petite, donc ça me semblait évident de trouver une autre issue dans le rugby. Quand on a 19 ans, on a encore envie d’être au cœur du jeu et de bouger. L’arbitrage a été en quelque sorte la « roue de secours » qui m’a permis de rester dans le rugby. Puis, au fur et à mesure, j’y ai pris du plaisir, je me suis prise au jeu, je me suis fixé de nouveaux objectifs, et c’est ce qui m’a permis d’être où je suis aujourd’hui.

« Le rugby était un sport d’hommes »

Comment avez-vous été acceptée dans ce milieu qui reste très « macho », voire conservateur ?

J’ai connu une grosse évolution tout au long de ma carrière, ça fait plus de quinze ans que j’arbitre. Au début, j’avoue que mon acceptation a été très difficile, avec beaucoup de réflexions sexistes : « le rugby était un sport d’hommes », « les femmes n’avaient rien à faire sur un terrain », de toute manière « je n’y comprenais rien », et je ne pouvais rien y comprendre parce que j’étais une femme. C’était vraiment difficile à vivre.

Il y a quinze ans, le public était très masculin. Aujourd’hui, il y a un réel changement du public du rugby, qui a amené une évolution globale : il y a de plus en plus de femmes dans le rugby, plus de joueuses, et ma place d’arbitre a évolué aussi. Cette place, on la gagne avec la persévérance et la compétence, parce qu’au final, avec le temps, j’ai été connue, reconnue, et c’est ce qui m’a facilité le chemin jusqu’au haut niveau.

Aujourd’hui, dans le cadre professionnel, je n’ai pas de problème particulier, parce que je suis à ce niveau depuis longtemps et que les joueurs et les clubs me connaissent. Globalement, c’est plutôt bien accueilli, et j’ai même certaines remarques positives, dans le sens où il faudrait plus de femmes arbitres au haut niveau. On va dire que les choses avancent positivement, petit à petit.

Quand le capitaine de l’Italie souligne, lors du dernier Tournoi des Six Nations, la qualité de l’arbitrage de votre collègue Hollie Davidson, c’est une belle avancée…

Oui. Hollie fait partie des pionnières, celles qui montrent la voie, et elle a en plus une visibilité énorme aujourd’hui. Elle montre le chemin, clairement. Qu’en plus elle soit félicitée par le capitaine de l’équipe d’Italie lors d’une conférence de presse d’après-match, voilà qui donne une valeur encore plus importante. Comme je vous le disais, on est sur la bonne voie en termes d’évolution.

On gagne aussi cette place avec la persévérance et la compétence.

Aurélie Groizeleau

Canada – Angleterre, « le remake de la dernière finale »

Quel est votre programme du mois d’octobre ?

Agen – Dax en Pro D2, et ensuite je pars au Canada pour les W15 Series, où je fais deux fois Canada – Angleterre, le remake de la dernière finale féminine, qui devrait être une belle confrontation.

Ça ressemble à un Nouvelle-Zélande – Afrique du Sud chez les hommes ?

Exactement.

Et l’agriculture, vous avez été obligée de vous mettre en retrait ?

Oui, obligée. Quand j’ai un peu de temps, je vais donner un coup de main à la famille, mais je n’en ai pas beaucoup : j’ai une grosse période internationale avec cette compétition et peu de temps à consacrer à mon ancienne activité. Mais quand je le peux, je leur donne un petit coup de main.

Chiffres à retenir

49-30 Agen – Dax, son dernier match de Pro D2, le 9 octobre

2 Test-matchs Canada – Angleterre à diriger en octobre, à Toronto puis à Ottawa

33-13 Score de la finale de la Coupe du monde 2025, remportée par l'Angleterre face au Canada