Qui de mieux que Pierre-Henry Broncan pour parler de Leny ? Le sélectionneur de la Géorgie, père du demi d’ouverture de Brive, a accepté « avec plaisir » de commenter les débuts de son fils qui, à tout juste 20 ans, s’impose peu à peu en Pro D2.

Depuis l’étranger, le Gersois ne manque pas un match de Leny, qu’il suit sur son téléphone. Il raconte les retours qu’il lui fait, sa maturité naturelle, son passage bénéfique par l’Angleterre et l’envie, un jour, de l’entraîner. Un entretien à lire en exclusivité sur It’s Rugby.

« Il sait déjà ce qu’il a fait de bien ou de pas bien »

IT’S RUGBY. – Pierre-Henry, vous devez suivre avec attention les performances de votre fils…
Pierre-Henry Broncan : Oui. Je le suis mais de loin, parce que je suis à l’étranger depuis qu’il a commencé à jouer en équipe première. Je rentre dimanche en France. Je les ai regardés sur mon téléphone.

Faites-vous un petit retour sur ses performances à chaque fois ?
Bien sûr ! On en discute toujours. Après, c’est un garçon qui est très mature sur le rugby. Quand il sort d’un match, il sait déjà pratiquement tout ce qu’il a fait de bien ou de pas bien. On arrive à discuter le soir même du match, même s’il y a un peu de décalage horaire. Parfois, c’est un peu tard ici (en Géorgie, NDLR), mais au moins le lendemain, on arrive à en parler tranquillement.

Cette maturité qu’il affiche sur le terrain, vous étonne-t-elle ?
Quand tu es jeune et que tu es mature sur le terrain, c’est toujours un peu étonnant. Mais c’est un garçon qui a toujours été très rugby et qui a eu une chance énorme. Il a débuté à l’école de rugby de Vic-Fezensac, avec le même éducateur qu’Anthony Jelonch ou Gauthier Doubrère, aujourd’hui à Castres. Il s’agit de Jean Dupouy, quelqu’un de très reconnu dans le Gers, qui est malheureusement décédé l’an dernier. Je parle de chance parce que c’était un éducateur qui, avec des enfants de 7-8 ans, avait toujours un ballon, proposait en permanence des situations de jeu et des lectures de jeu. À l’époque, j’étais entraîneur au Stade Toulousain et je me régalais, le samedi matin aux entraînements de Vic-Fezensac, de voir cet éducateur enseigner le rugby à ces jeunes garçons. Leny a commencé par un très bon apprentissage, notamment tout ce qui touche aux lectures de jeu. Aujourd’hui, cela lui sert beaucoup. Sa maturité est plus facile à exprimer quand tu es habitué à regarder devant et à analyser ce que tu as en face de toi.

Leny Broncan sous le maillot de Brive lors de ses débuts en Pro D2 face à Aurillac
Leny Broncan a démarré sa carrière professionnelle en septembre dernier face à Aurillac en Pro D2. Photo : Loic Cousin – Icon Sport.

Des débuts en Pro D2 à Aurillac

Qu’avez-vous dit ou pensé quand il vous a annoncé qu’il allait jouer son premier match professionnel avec Brive, en début de saison ?
Lui était un peu énervé au départ (sourire). En fait, il avait été suspendu en fin de saison dernière. Pour lui, il avait purgé ses matchs de suspension pendant l’inter-saison puisque les matchs amicaux comptent. Il y a eu une erreur administrative de la part du club, qui lui a fait rater une titularisation, d’après ce que j’ai compris, pour le match à domicile contre Nice. C’était un match à domicile avec un peu moins de pression que le premier match qu’il a finalement joué, à Aurillac. C’était un derby, face à une équipe difficile à contrer mais il était serein. Je lui avais simplement dit de se concentrer, puisque sa chance allait certainement arriver rapidement, Jamie Shillcock était blessé, comme Stuart Olding. Je lui ai dit de s’engager physiquement sur ce premier match. Ce n’est pas la catégorie espoir, ça va plus vite, ça cogne quand même plus fort. À ce niveau, il faut avoir un engagement physique à 100 %, sinon ce sont des matchs compliqués pour des jeunes comme lui.

C’est un garçon qui passe son temps à s’entraîner.

Pierre-Henry Broncan

Vous parlez, à juste titre, de cet engagement physique. N’a-t-on pas parfois un peu peur quand on regarde son fils jouer à ce niveau ?
Non, c’est normal, ça ne me fait pas peur. C’est un garçon très physique, très athlétique en termes de volume de course, qui travaille beaucoup en salle. C’est un garçon qui passe son temps à s’entraîner. Je ne suis pas trop inquiet. Mais je trouvais que Montauban, jeudi dernier, avait essayé de le viser au début du match. Comme je l’ai dit, c’est un garçon mature. Il a aussi fait beaucoup de boxe. Je pense que le rugby ne lui fait pas plus de mal que de monter sur un ring face à un adversaire.

Du Gers à l’académie de Bath

Lui avez-vous également enseigné des compétences techniques ?
Oui, évidemment (sourire). Nous avons passé huit ans, avec son frère, tous les trois, sur le terrain, dans le Gers chez nous, à Ordan-Larroque. C’était un terrain de foot au départ. J’étais conseiller municipal dans ce village et nous avons transformé ce terrain en terrain de rugby. Nous avions récupéré les anciens poteaux du stade de Moulias pour les installer sur le terrain de foot. Nous y avons passé beaucoup de temps avec les petits voisins, à jouer au rugby d’abord, puis à travailler techniquement tout ce qui peut l’être. Ensuite, comme la télé était allumée et que le rugby tournait en permanence à la maison, Leny, depuis son plus jeune âge, est habitué à regarder des matchs. Nous sommes aussi partis deux ans en Angleterre, à Bath. Là-bas aussi, il était constamment sur les terrains de rugby, ou à regarder jouer l’équipe première de Bath. Nous habitions au centre d’entraînement de Bath, d’ailleurs. Que ce soit lui ou son frère, je ne suis pas inquiet pour leur culture du rugby.

Le rugby est une affaire de famille chez les Broncan. Le grand-père de Leny, Henry Broncan, entraîneur d’Auch de 1998 à 2007, nous avait reçus au stade Jacques-Fouroux pour notre série Parole de coach.

Parole de coach – Henry Broncan : « On sera peut-être champions du monde le jour où on aura une femme à la tête de l’équipe nationale. »
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En Angleterre, il regardait l’équipe, mais jouait-il aussi ?
Oui, il jouait. Il était à Beechen Cliff, la fabrique à champions de Bath, un établissement scolaire où 1 500 garçons jouent au rugby, puisque la pratique y est obligatoire de septembre à décembre. La dernière année où nous étions en Angleterre, il était déjà à l’académie de rugby de Bath. Cette académie couvre une région très large : entre Bath et Southampton, par exemple, il y a deux heures de route. Il y a trois centres d’académie dans la région, où l’on sélectionne 40 joueurs par centre dans la semaine, et 22 pour jouer le week-end. Leny faisait partie de cette académie. Beaucoup d’internationaux anglais en sont issus. Aujourd’hui encore, beaucoup de joueurs professionnels de Bath sortent de cet établissement. Jouer au rugby là-bas, c’était une forme de récompense pour lui. C’était un garçon qui était en retard physiquement mais les Anglais s’en fichaient. Le côté très rugby de Leny, sa façon de lire le jeu et de faire jouer autour de lui, leur plaisait beaucoup. Il était titulaire à son poste de numéro 10.

C’est un gros compétiteur, qui canalise un peu cette ardeur aujourd’hui parce qu’il est jeune et qu’il a cette maturité.

Pierre-Henry Broncan

Un compétiteur bilingue

Comment définiriez-vous sa personnalité ?
Il est très mauvais perdant, mais à côté de ça, il peut être très posé aussi. C’est un gros compétiteur, qui canalise un peu cette ardeur aujourd’hui parce qu’il est jeune et qu’il a cette maturité. Il a du sang-froid. Il a un leadership que je qualifie d’inné. Ce n’est pas le plus grand communiquant, mais il a un avantage : il est bilingue. Dans le monde moderne, notamment en France, il peut très bien communiquer en français comme en anglais. Son association avec John Cooney, sur les premières rencontres à Brive, a été énormément facilitée par la langue. C’est un avantage pour un numéro 10 de pouvoir communiquer comme il faut avec ses partenaires. Il sait rester calme. Il s’est assagi, parce que l’an dernier, il a fait une saison avec quatre cartons jaunes et un carton rouge en espoirs. C’est quand même beaucoup. Il a beaucoup progressé sur ça.

Avez-vous déjà évoqué l’éventualité de l’entraîner un jour ?
Oui, je pense que quand je vais rentrer en France, je vais essayer de me le récupérer (sourire).