Battu 41-23 à Massy le samedi 17 octobre, Albi a cédé du terrain en tête de la Nationale : quatrième après huit journées, avec six victoires et 30 points. Son entraîneur, Kévin Boulogne, regarde plus loin que le classement.
Le SCA reçoit Chambéry, deuxième, le vendredi 30 octobre pour la 9e journée. Avant cela, son coach a parlé jeu, formation, argent et réforme.
« Que les joueurs sortent plus du cadre »
Nom, prénom, âge, qualité ?
Boulogne, Kévin, j’ai 40 ans, et on va dire que mes qualités sont d’être loyal et cohérent.
Est-ce que le début de saison est conforme à vos attentes ?
Par rapport à notre manière de jouer, j’attends plus. Je souhaite que les joueurs prennent plus d’initiatives, qu’ils sortent plus du cadre, qu’ils prennent du plaisir dans ce qu’ils font et qu’ils ne récitent pas seulement un projet de jeu.
Mais pour ça, il faut avoir des joueurs cadres, j’imagine. Est-ce que vous les avez ? Ou est-ce que vous avez des joueurs à faire grandir ?
Nous, et on l’assume, depuis qu’on est arrivés la saison dernière avec mon staff, on a déjà des joueurs, on a eu des recrues, et bien sûr qu’il y a des joueurs qu’il faut accompagner et développer. C’est le projet du club. Mais j’ai aussi un groupe humainement de grande qualité, rugbystiquement de très grande qualité. C’est juste qu’on a un si bon groupe que, parfois, les joueurs sont un peu trop collectifs ! J’aimerais que ces joueurs-là sortent des actions un peu de l’ordinaire, qu’ils prennent tout le monde avec eux et puissent mettre l’équipe sur le bon rail quand ça ne va pas.
« Une mentalité de gagne-petit, ce n’est pas notre culture »
En fait, vous aimeriez une « folie raisonnable ».
Je n’ai jamais été le genre de joueur à être catalogué dans un projet de jeu et à le respecter de A à Z. Je pense que la force des projets, ce sont les hommes qui les animent, c’est le groupe. Si le groupe croit au projet et vit le projet, c’est ce qui fera la qualité des joueurs, qui fera que les résultats sont positifs. Et quand on parle de résultats, ce n’est pas au détriment de la manière. Le staff et le groupe, on s’est fixé une clé : le résultat n’est que la conséquence des ingrédients qu’on va mettre en place.
Le danger, c’est de développer, et ça peut arriver, une mentalité de gagne-petit. Ce n’est pas notre culture, ça ne l’a jamais été depuis plus d’un an. Les joueurs adhèrent aussi à cette culture parce qu’eux-mêmes sont frustrés après certains matchs, même quand ils ont gagné. Gagnant ou perdant, peu importe, on veut des joueurs meilleurs, des joueurs qui prennent des initiatives, qui prennent le leadership, qui vont au combat les uns avec les autres et qui savent sur qui ils peuvent compter sur le terrain. On a déjà vu des groupes costauds sur le papier mais catastrophiques au vu des résultats, parce qu’ils n’avaient pas ce plaisir de jouer ensemble. Aujourd’hui, on souhaite un équilibre entre le jeu, l’esprit d’équipe, le collectif, et surtout aller chercher des résultats avec un sentiment de devoir accompli.
Kévin BoulogneLe résultat n’est que la conséquence des ingrédients qu’on va mettre en place.
« Fin février, on a déjà 80 % de notre effectif »
La période de décembre-janvier est cruciale pour beaucoup d’effectifs en développement qui ont de bons résultats en deuxième, troisième ou quatrième division. Des « gros » viennent faire leur marché. Est-ce que cela a commencé ?
Ça a commencé l’année dernière, il y en a encore un petit peu cette année, mais c’est une suite logique. Aujourd’hui, on est formateurs. Si on arrive à former des joueurs et qu’ils ont le niveau pour aller plus haut, clairement, on les accompagne, on ne va pas les cacher, c’est aussi leur avenir. Le fait qu’ils partent attire d’autres joueurs qui ont des ambitions, donc notre recrutement est facilité par ce biais. On va dans le sens du club et dans le sens du joueur.
Ça veut dire que cette phase de construction d’équipe est réalisée beaucoup plus tôt chez nous. En novembre-décembre, on a déjà donné les groupes de joueurs qu’on souhaite. Fin février, début mars, on a déjà 80 % de notre effectif. Les joueurs sont donc assez apaisés dans leur tête. C’est le jeu : ceux qui ne sont pas conservés le savent tôt pour pouvoir se retourner, et ceux qui partent de notre club, c’est à nous de le savoir tôt pour pouvoir nous retourner. C’est une suite logique du rugby, on l’accepte.
« On a toutes les contraintes du rugby professionnel »
Vous avez connu ce rugby pas si éloigné où il y avait la Fédérale 1, la troisième division. Aujourd’hui, c’est la Nationale et la Nationale 2, et il y a la refonte des championnats. Avez-vous une visibilité sur les deux ou trois années à venir, puisque c’est une sacrée transformation en profondeur qui vous arrive ?
C’est une transformation, clairement. On le voit cette année : pour moi, le championnat est un petit peu faussé, mais ce n’est pas non plus dramatique. On voit beaucoup d’équipes qui auraient dû lutter pour le maintien, mais ça ne les empêche pas de jouer de partout. Ils relancent de leurs 22 mètres, des choses qu’ils n’auraient jamais faites avec une descente. Ça fausse un peu les stratégies de match, le jeu en soi, le respect du jeu, donc c’est un peu embêtant. Sportivement, ce n’est pas forcément un changement, parce que ça change tout le temps : les poules, les éloignements, les transports.
Ce que je vois, c’est que la Nationale, pour moi, c’est un peu… comment dire… On va dire un peu vulgairement : « on est le cocu ». Pourquoi ? Parce qu’on a toutes les contraintes du rugby professionnel. On s’entraîne tous les jours, on ne peut pas avoir de joueurs pluriactifs avec un travail à côté, mais on n’a pas les aides financières pour leur faire des contrats attractifs comme en Top 14 ou en Pro D2, qui ont des droits télé, de gros budgets, une grosse visibilité.
En Nationale 2, les joueurs sont pluriactifs. Ils travaillent la semaine, ils gagnent assez souvent entre 1 500 et 2 000 €, et ils prennent en plus des enveloppes du club, des contrats à 800, 1 200, 1 400 € pour certains, pour trois entraînements le soir et un match le week-end, plus les trajets. Tout ça cumulé, on arrive vite à 3 000, 3 200 €. Aujourd’hui, en Nationale, on est sur des contrats bien en dessous de ça. Certains joueurs préfèrent la Nationale 2 pour l’argent. Chez nous, ils viennent vraiment pour les ambitions sportives. Donc on attend beaucoup de la refonte des championnats.
« La seule vérité, c’est la vérité du terrain »
Albi en Pro D2, c’est un vœu pieux ou c’est vraiment une ambition ?
C’est une ambition, bien sûr. Toutes les équipes de Nationale doivent se dire en début de saison que c’est une ambition d’aller en Pro D2. Mais il y a l’ambition et la réalité du terrain. Ce qu’on a connu dans le passé à Albi, je parle de l’époque où l’on disait, il y a six ou sept ans, « on va remonter en deux ans », la vraie question était : est-ce qu’il y avait l’effectif pour ? C’est une vraie problématique, parce que dès le premier match perdu, on pouvait avoir l’impression que les joueurs avaient la tête au fond du seau, qu’ils avaient perdu leur saison.
Nous, le staff sportif, on a adhéré à 100 %. Si on mérite d’y aller, on va prendre la chance à bras-le-corps, on va assumer, parce que chaque joueur est compétiteur, chaque joueur est en mission. Par contre, c’est la saison qui va définir si on y va ou pas. Ça sert à quoi d’annoncer des objectifs qui ne sont pas atteignables ? Oui, on a envie d’y aller. Est-ce que le groupe aura la force d’y aller ? On récolte ce que l’on sème, comme on leur dit tout le temps. La seule vérité, c’est la vérité du terrain. On a beau avoir le plus gros budget, le plus petit budget, le plus grand nombre de contrats de stars, on voit que ce ne sont pas forcément ceux-là qui y arrivent. Aujourd’hui, ça ne dépend que du groupe.
Un message à faire passer ?
Chaque année, les règles changent, il y a des différences, il y a des clubs qui coulent, il y a des clubs qui performent, et il n’y a pas de stabilité réelle. Je pense qu’au lieu de penser à des refontes sportives, structurelles, financières et de tâtonner, il faudra peut-être un jour se poser autour de la table et essayer d’apporter une réelle solution.
Chiffres à retenir
4e Place d'Albi en Nationale après huit journées, avec 30 points
6/8 Victoires d'Albi lors des huit premières journées de Nationale
41-23 Défaite à Massy, leader invaincu, le 17 octobre (8e journée)






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