Quatre épisodes pour regarder le rugby droit dans les yeux et dire ce qui va, ce qui coince, ce qui pourrit. Dernier volet aujourd’hui, mais le dossier reste ouvert. La suite, c’est vous qui l’écrivez.

Un état des lieux sans concession

Les faits, d’abord. En Afrique du Sud, le nombre de contrôles antidopage menés par le SAIDS est passé de 785 en 2015 à 127 en 2024, soit une division par six en dix ans, selon une enquête du Telegraph fondée sur les données de l’Agence mondiale antidopage. La suspension du laboratoire de Bloemfontein, seul site accrédité AMA du pays, a paralysé une partie de la chaîne de prélèvement depuis mars 2024. Dans le même temps, le pilier des Springboks Asenathi Ntlabakanye vient d’écoper de 18 mois de suspension à compter du 13 mai 2026 : il manquera la Coupe du monde 2027 en Australie.

En France, c’est l’A2R qui ouvre un autre dossier sensible : l’enquête en cours sur les conventions de droits à l’image, utilisées pour rémunérer une part importante du salaire des joueurs en marge des contrats officiels. Cible privilégiée : les étrangers en Pro D2 sous contrat LNR proche du SMIC (≈ 23 000 € brut annuels), parfois ceux à 42 000 € en Top 14. Les plus bas salaires servent de variable d’ajustement. À la clé : risque de sanctions sportives lourdes pour les clubs, fiscales pour les joueurs. Et, en arrière-plan, la question récurrente du salary cap, fixé à 10,7 M€ par club cette saison, dont les dépassements de plus de 200 000 € ne seront même plus médiables à partir de 2026-2027. René Bouscatel a durci le ton face au Stade Toulousain : signal envoyé.

Côté incivilités, le 27 mars dernier, le journaliste Thomas Palmier (Ici Pays Basque) a été pris à partie puis frappé dans la tribune de presse du stade Jean-Alric à l’issue d’Aurillac–Biarritz, en Pro D2. Verdict de la commission de discipline LNR : 16 600 € d’amende pour le Stade Aurillacois et un match à huis clos avec sursis. Un journaliste, dans une tribune de presse, en 2026.

Côté racisme, la suspension de Melvyn Jaminet (34 semaines fermes par la FFR pour sa vidéo visant « les Arabes ») reste le marqueur le plus médiatique. Mais la FFR a aussi ouvert une porte pédagogique : huit semaines en moins s’il réalise six actions de prévention sur l’alcool et les réseaux sociaux, et six actions de promotion contre les discriminations. Plus bas dans la pyramide, ça déborde aussi : un joueur de Drancy a déposé plainte le 8 février 2026 après avoir reçu un « Casse-toi, sale noir » lors d’un Nationale 2 contre les Espoirs de Tyrosse. Aux niveaux Fédérale et amateur, plusieurs joueurs et dirigeants reconnaissent que les propos racistes s’« exacerbent à mesure qu’on descend les divisions ».

Côté violences amateurs, la FFR elle-même reconnaît une hausse de 36 % des dossiers de violences examinés par les commissions de discipline sur les trois dernières saisons. C’est ce qui a poussé la Fédération à dégainer son Plan de lutte contre les violences et les incivilités à partir de 2024-2025. Les U19 sont en première ligne, l’âge où les corps s’épaississent plus vite que les têtes.

Côté violences sexuelles, l’affaire la plus lourde reste celle du rugby à 7 féminines : un audit interne de juin 2025 a recensé douze internationales concernées par les agissements d’un kiné présent dans le staff entre 2017 et 2022. David Courteix, suspendu en 2025, a été exonéré par l’enquête administrative du ministère des Sports début 2026. À Biarritz, un autre kiné a écopé d’un an avec sursis et de trois ans d’interdiction d’exercer pour agressions sexuelles sur cinq joueuses. Et le dossier Auradou–Jegou en Argentine n’est toujours pas refermé : poursuites abandonnées mais appel en cours.

Outre-Manche, l’action collective sur les commotions cérébrales prend des proportions inédites. Plus de 1 100 anciens joueurs,784 du XV, 319 du XIII, attaquent désormais World Rugby, la RFU, la WRU, la RFL et la BARLA. Parmi les plaignants : Steve Thompson, Phil Vickery et Mark Regan, champions du monde 2003. Audience de cadrage les 22 et 23 juillet, procès en 2026. Demande : indemnisations, et création d’un organisme indépendant sur la santé cérébrale.

Et la liste, malheureusement, n’est pas exhaustive. Dérives des troisièmes mi-temps. Affaires individuelles non médiatisées. On préférerait ne pas avoir à l’écrire.

Mais le rugby ne se résume pas à ses plaies

En face, il y a ceux qui agissent. Provale, le syndicat des joueurs, qui met depuis 2019 trois psychologues à disposition de ses membres. Tech XV. L’A2R, justement. La LNR et la FFR, malgré leurs lourdeurs, ont co-construit avec Provale, Tech XV et l’UCPR un Plan santé mentale articulé autour de la prévention, de la détection précoce et de la prise en charge — avec, à la rentrée 2026-2027, des bilans psychologiques de pré-saison obligatoires dans tous les clubs pros. Les ligues régionales et les comités départementaux multiplient les chartes anti-violences. Et surtout, en dessous, les milliers d’actions citoyennes de clubs qui ne feront jamais la une : ceux qui décrottent les crampons après l’entraînement, organisent les goûters du mercredi, montent dans les cités, descendent dans les campagnes, recrutent la gamine de huit ans qui n’avait jamais touché un ballon ovale.

Le rugby dans la tourmente ne mérite pas que les procès même quand ils sont mérités. Il mérite aussi d’être défendu par celles et ceux qui le font tourner, semaine après semaine.

C’est vous le doc ? Le sondage

Si vous deviez établir une priorité dans les luttes contre les cancers du rugby, comment classeriez-vous ces dix maux ? Liste présentée par ordre alphabétique — à vous de la réordonner par ordre d’urgence, de la plus impérieuse à la moins critique.

Si vous deviez établir une priorité dans la lutte contre les cancers du rugby, quels seraient les trois maux à soigner rapidement ?

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