C’est l’histoire d’un club… Encore ? Il y en a plus de 1900 en France. Et oui. C’est l’histoire d’un club si important, autant que ceux qui se battent pour ne pas mourir, autant que ceux qui se débattent pour survivre, autant que ceux qui se battent pour grandir. Allez. Donc, c’est parti pour les Côtes d’Armor.

De 1994 à aujourd’hui : l’héritage agricole du RKT

Eric Dézé, 54 ans, président du RKT, conseiller bancaire spécialisé dans le monde agricole, revient sur la création du Rugby Kreiz Treger, Côtes d’Armor, il y a 32 ans : « 1994, la création du club. Il y a un personnage central, Philippe Corson, le papa de Lénaïg (grande deuxième ligne du XV de France, 35 sélections, joueuse à sept, ambassadrice du rugby féminin et pas que, NDLR), aujourd’hui en retraite de son activité de prof de sports et missionnaire rugby dans la région. »

Il exerçait au lycée agricole de Pommerit, 800 élèves, de la 4ème de collège au BTS. Un gros internat, des élèves qui viennent de toute la Bretagne, voire de plus loin. Il y avait un vivier et c’est pour ça que lui, Philippe, fanatique de rugby, a monté l’activité rugby sur le lycée. La suite ? Quatre étudiants en BTS valident leur projet de fin d’études : créer un club de… rugby ! Agricole, on vous dit. C’était en 92, deux ans plus tard, le projet voit le jour et le club devient le cinquième de l’histoire des Côtes d’Armor. Philippe est le premier président.

Et Eric ? : « Je suis arrivé en 2001 au club, il y avait déjà eu une tentative de créer une école de rugby, qui n’a pas pu se faire. On a recommencé, avec quelques gamins. Depuis, on en a une cinquantaine à l’école de rugby. » Étonnant ou pas, il y a toujours autant de liens avec le lycée agricole, une très forte identité rurale, paysanne, beaucoup d’agriculteurs que ce soit joueurs, parents des enfants de l’école de rugby, ça reste le tissu, le lien historique.

Le défi des effectifs : « Il suffirait de presque rien… »

C’est l’ADN du club, celui du rugby en Bretagne, aussi. 100 licenciés, la moitié à l’école de rugby, des féminines, des U6, mini-poussins, poussins, benjamins, minimes… Mais pas simple d’être en interclubs, de jouer en entente. C’est beau comme du Serge Reggiani : « Il suffirait de presque rien… », peut-être trente licenciés de plus pour avoir une représentation honorable dans chaque catégorie. Le défi de ce club plus que cantonal que délimité au seul Vieux-Marché, la commune du seul terrain d’entraînements et de matchs, plus fatigué que les dirigeants pourtant très dynamiques !

Ce week-end, la « première » joue son maintien en Régionale 1, le derby, avec la réception de Lannion. Pas simple avec un réservoir d’une trentaine de joueurs à peine confronté à des descendants de Fédérale 3 et des projets d’accession.

Gaétan Le Pennec : le « Chabal » des Côtes d’Armor

Heureusement, il y a Chabal. Pas le célèbre barbu, non, un des joueurs emblématiques qui va peut-être arrêter à l’issue soit de ce match, soit de la saison : Gaétan Le Pennec. À la traite de ses nombreuses vaches dès 5 heures du matin, un dos en vrac, et pas à l’aile, non, il joue devant, du 2 au 6 !

« Je me souviens avoir essayé de lui donner des exercices de mobilité » sourit Lénaïg Corson. Mais le menhir n’est pas réputé pour sa souplesse. Le président ajoute : « Parfois il n’arrive pas à enlever ses bottes, les chevilles enflées, il faut presque les découper. Il a beaucoup de vaches, donc il a repris une grosse ferme. Il n’aura pas le choix que d’arrêter. »

Horizon Vannes et développement local

Des axes de développement pour le RKT ? Des projets ? Le président : « On travaille très bien, que ce soit CTC, CD, le salarié du CD22, la Ligue. Ça se passe très bien. Ils nous filent des coups de main, que ce soit au niveau des écoles, pour communiquer. » Le développement, c’est le mot déterminant, arriver à augmenter les effectifs, se faire connaître, faire des animations, entrer dans les écoles du canton, les centres de loisirs, pour pouvoir recruter et essayer de fidéliser ensuite les gamins.

Reste aussi un espoir, que Vannes devienne l’étendard du rugby breton, bien soutenu par le REC. En août dernier, le RCV a battu le Stade Toulousain au Roudourou de Guingamp, Côtes d’Armor. Formidable souvenir pour le président du RKT : « Moi qui habite à Guingamp, quand j’ai eu l’info, j’ai cru à une fake news, c’est pas possible ! Ça faisait des décennies qu’on essayait d’avoir un match là-bas. On était reçus par Vannes, par Toulouse, et surtout on a pu discuter, aller au Roudourou, c’était un exploit. Chapeau. »

Les missionnaires des Côtes d’Armor vous saluent bien. Au fait, pour saisir le caractère têtu des Bretons : dans leurs gadgeteries, on trouve des sachets remplis d’éclats de granit avec écrit « éclats de menhirs » et le mode d’emploi suivant : « semez dans votre jardin, laissez faire la belle pluie bretonne, patientez quelques millénaires et récoltez vos menhirs ».