La phase aller du Championnat des Nations est bouclée, et un sport de complément s'est imposé en parallèle : commenter les audiences des Bleus comme s'il s'agissait d'un naufrage. Les chiffres télé « déçoivent », entend-on. En apparence seulement. Parce qu'avant de juger, il faut regarder l'heure affichée à la pendule et la chaîne d'en face.
Un chiffre trompeur
À première vue, l’écart fait mal. Lors du dernier France-Nouvelle-Zélande disputé en novembre 2024 au Stade de France, TF1 avait réuni 7,3 millions de téléspectateurs et 38 % de part d’audience. Les rencontres du Tournoi des Six Nations dépassent, elles, régulièrement les 7,5 millions de moyenne.
Mais la comparaison s’arrête là. Pour le match d’ouverture face aux All Blacks (05/07), le coup d’envoi était donné à 9h10. Un créneau où les grandes chaînes réunissent d’ordinaire entre 400 000 et 500 000 téléspectateurs. Dans ce contexte, en attirer 1,4 million relève de la performance, et permet à TF1 de capter près d’un téléspectateur sur trois (33,8 % de part d’audience).
Le rugby a dominé sa journée
La suite du 05/07 confirme l’engouement. Diffusé plus tard, le match du Championnat des Nations entre l’Argentine et l’Écosse n’a réuni que 844 000 téléspectateurs, soit 5,5 % de part d’audience. Pour situer, la finale de Mask Singer, une semaine plus tôt en première partie de soirée, avait rassemblé environ 2 millions de personnes.
La vraie locomotive du jour est venue d’ailleurs. En fin de soirée, la victoire des Bleus du football contre le Paraguay (1-0) sur M6 a attiré 12,17 millions de téléspectateurs (75,6 % de part d’audience), un record historique pour un programme diffusé après 23 heures. Voilà le décor réel dans lequel le rugby a joué tout l’été : à contre-programmation du Mondial de football.
Une courbe qui monte, pas qui s’effondre
Loin de s’effondrer, l’audience du XV de France a grimpé au fil des matchs, toujours sur TF1. Après les 1,4 million de l’ouverture, la démonstration en Australie (12/07, 42-26) a réuni 1,48 million de téléspectateurs et 35,4 % de part d’audience. Puis le Japon (18/07, 42-15), donné à 10h40, a culminé à 1,95 million et 34,3 % de part de marché.
C’est la plus large audience des Bleus depuis le coup d’envoi de cette première édition. Une compétition qui « déçoit » ne fait généralement pas mieux de semaine en semaine.
Le vrai débat, c’est le calendrier
Faut-il pour autant crier au triomphe ? Non. En valeur absolue, ces audiences restent loin d’un 6 Nations, qui bénéficie de l’hiver, du prime time et d’une concurrence quasi nulle. Mais comparer un samedi matin d’été, Mondial de foot en toile de fond, à un dimanche de février, revient à comparer deux mondes.
La seule question qui vaille pour l’avenir est donc là. Tant que le Championnat des Nations sera cantonné aux matinées estivales, coincé entre les vacances et le football, il aura ce plafond de verre. Le problème n’est pas l’appétit du public, largement au rendez-vous vu les circonstances. C’est la case horaire. Et elle, elle ne se joue pas sur le terrain.


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