Il y a des paris qui changent une vie. Celui de Mathieu Lezeau est né autour d’un verre, quelque part à La Réunion, entre amis et souvenirs d’enfance. Un défi lancé à la légère. Une poignée de main. Et, derrière, une promesse impossible à ignorer.
« On m’a parlé du Grand Raid et de la Diagonale des Fous. J’ai dit en rigolant que c’était un truc de dingue et que j’en serais incapable« , se souvient-il. Son ami insiste, le provoque un peu. L’ego du rugbyman fait le reste. « Il m’a dit que j’avais surtout de la gueule. Alors j’ai tapé dans sa main et j’ai dit que j’allais la faire.«
Un an plus tard, il franchissait la ligne d’arrivée.
L’école du rugby
À première vue, rien ne destinait Mathieu Lezeau à l’ultra-trail. À 33 ans, ce papa deux enfants et créateur de contenu sur les réseaux sociaux a surtout grandi dans l’univers ovale. Une passion précoce, presque familiale.
« J’ai commencé à aller voir les matchs avec mon grand-père. Au début, je jouais au bord du terrain avec les enfants des joueurs. Puis j’ai chaussé les crampons vers 7 ou 8 ans.«
« Au début, je me suis dit que le niveau allait être compliqué. Et puis j’ai découvert quelque chose d’autre. Des copains, une ambiance, un vrai rugby de clocher. »
Mathieu Lezeau
Le rugby devient vite plus qu’un sport. « J’ai découvert un monde merveilleux. L’école de rugby, c’est vraiment l’école de la vie. Ça m’a donné un cadre. »
Formé en Charente-Maritime, près de La Rochelle, il découvre la compétition en Fédérale 2. Ailier de formation, rapide mais solide, un gabarit atypique pour le poste. « J’étais un gros ailier. Pas très grand, 1,73 m, mais autour de 100 kilos. »
La trajectoire du joueur passe aussi par l’armée, puis par Saint-Barthélemy, avant un retour en métropole. À Chauvigny, en Régionale 2, il retrouve l’essence du rugby amateur. « Au début, je me suis dit que le niveau allait être compliqué. Et puis j’ai découvert quelque chose d’autre. Des copains, une ambiance, un vrai rugby de clocher. »
Un rugby brut. Parfois chaotique. Toujours intense. « Il y a une intensité physique incroyable. Paradoxalement, c’est parfois plus dangereux. Les gars arrivent le dimanche avec encore trois grammes et ça se met des marrons.«
La blessure qui change tout
Le tournant arrive brutalement. Une rupture des ligaments croisés, sur un terrain cabossé. Un « champ de patates labouré par les taupes« .
« J’étais à l’arrière, j’ai voulu dégager au pied et mon pied est resté bloqué dans une motte de terre. Le genou a craqué. »

Un an de rééducation. Et surtout le doute. « Je n’avais jamais été blessé avant. Quand tu reviens, tu as toujours cette peur de te refaire le genou. Ce n’était plus pareil.«
À 33 ans, Lezeau choisit finalement de raccrocher les crampons. « J’ai encore la licence, donc si je veux jouer ce week-end je peux. Mais j’ai préféré arrêter. Quand tu fais un match à cet âge-là, tu mets plus de temps à t’en remettre. »
La suite s’écrit alors loin des terrains.
La métamorphose
Le déclic arrive presque par hasard lors d’un voyage de noces improvisé. Destination La Réunion, presque par défaut. « On devait aller à l’île Maurice mais ma femme a perdu son passeport, glisse-t-il, timidement. On a regardé les vols et on a vu La Réunion. »
Là-bas, il retrouve un ami d’enfance avec qui il a partagé quinze ans de rugby. Et découvre l’univers du trail. Le défi est lancé. Le pari est pris.
Le 15 octobre 2024, en rentrant chez lui, il commence à s’entraîner. « Je savais que pour préparer une course comme ça, il fallait un an.«
« Le corps s’adapte. Quand j’ai commencé à courir, il s’est dit que j’étais trop lourd. En six mois, j’ai perdu 25 kilos.«
Mathieu Lezeau
La transformation est spectaculaire. Sans régime particulier, simplement sous l’effet de l’entraînement. « Le corps s’adapte. Quand j’ai commencé à courir, il s’est dit que j’étais trop lourd. En six mois, j’ai perdu 25 kilos.«
De 100 kilos sur les ailes des terrains de rugby à moins de 80 sur les sentiers. « Aujourd’hui je fais 78 kilos et je me sens bien. Je ne dis pas que je vole, mais ça s’en rapproche.«
L’enfer de la Diagonale
La Diagonale des Fous reste l’un des ultra-trails les plus redoutables au monde. Plus de 160 kilomètres, des milliers de mètres de dénivelé et une traversée intégrale de l’île.
Même pour un sportif aguerri, l’épreuve est impitoyable. « C’est la chose la plus dure que j’ai faite de ma vie. »
Au cœur de la nuit, dans les pentes du Maïdo, le doute s’installe. « À un moment je me suis dit que c’était impossible. J’avais déjà fait 80 kilomètres et il m’en restait encore 100. »

À Cilaos, à presque 2000 mètres d’altitude il envisage même l’abandon. « Je voulais rendre mon dossard. Heureusement, ma femme et mes témoins de mariage étaient là. Ils m’ont reboosté.«
Le rugbyman revient alors à ses fondamentaux. « Au rugby, on t’apprend à ne jamais rien lâcher. Même si tu prends 50 points. C’est exactement ce que j’ai retrouvé dans le trail. »
Il repart. Et il termine.
Le virus de l’ultra
La Diagonale des Fous porte bien son nom. Beaucoup en sortent vaccinés. D’autres contaminés à vie. Mathieu Lezeau appartient clairement à la seconde catégorie. « Quand tu la fais, soit ça te dégoûte, soit tu deviens complètement fou et tu veux y retourner.«
Il a déjà choisi. « Je me suis réinscrit pour 2026. Si le tirage au sort me sourit, j’y retourne. » Avec un objectif en tête. « Mon rêve, ce serait un jour de finir dans les cent premiers.«

En attendant, il continue de courir, de progresser, et de raconter cette transformation dans un film documentaire qui sortira le 1er mai sur YouTube.
Une année entière de préparation et de métamorphose. « L’histoire est tellement belle que j’avais envie de la partager.«
Une histoire où un rugbyman découvre que l’endurance peut être aussi une forme de combat. Et que, parfois, les plus grandes aventures commencent simplement par un pari entre amis.

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