Une victoire en trois journées, contre Orléans, et une défaite 28-5 à Carcassonne vendredi dernier : Rouen reçoit Mont-de-Marsan vendredi 11 septembre en Nationale. Sa présidente, Delphine Bunel, dirige aussi les Valkyries, engagées en Élite 2 féminine, et siège à la Fédération Française de Rugby. Entretien.

Du 800 mètres à l’Élite 1

Notre running gag : nom, prénom, âge, qualité ?

Delphine Bunel, j’ai 48 ans. Ma qualité, c’est mon métier : je suis dirigeante d’une entreprise qui s’appelle Figure de Skills, un cabinet de conseil en stratégie de développement des organismes de formation.

À Rouen, en plus de votre travail, que faites-vous ?

Je suis présidente des Valkyries, je suis présidente du RNR, et je suis vice-présidente par intérim en charge du haut niveau féminin à la Fédération Française de Rugby.

Comment le rugby est-il entré dans votre vie ?

Complètement par hasard. Après mes deux grossesses, je cherchais un sport moins énergivore que l’athlétisme, d’où je venais, et où j’avais un plutôt bon niveau sur 800 et 1500 mètres. Après les grossesses, je savais que je n’arriverais pas à refaire les temps que j’avais pu faire auparavant. Du coup, j’ai cherché un sport où je serais novice et dont je voulais faire un loisir. Et finalement, je suis tombée dans un club un peu « compétition ». Ça m’allait bien, parce que je suis un peu une compétitrice dans l’âme. On est monté jusqu’en Élite 1 avant de redescendre. Mais en tout cas, on a fait trois années en Élite 1.

Présidente en 2016, et encore joueuse pendant trois ans

Expliquez-nous comment on passe du 800 mètres et du 1500 mètres à la présidence d’un club.

Je découvre le rugby après mes deux grossesses, je deviens dirigeante, je prends la présidence du club, puis une vice-présidence à la Fédération. C’est fou. Je suis arrivée tard dans le rugby, je devais avoir une trentaine d’années. J’ai d’abord été joueuse. En 2016, le président, Karl Janik (légende du Stade Toulousain, NDLR), est parti et il a fallu quelqu’un pour lui succéder. On voulait qu’il y ait un président pour les garçons et une présidente pour les filles. Étant la plus âgée, on m’a proposé ce poste. J’ai commencé comme ça, j’étais apprentie.

On peut donner l’identité de la personne qui vous a convaincue ?

Oui, c’est Christophe Gérin.

De 25 000 à 125 000 euros de partenaires privés en un an

Que s’est-il passé ensuite ?

Pendant trois ans, j’ai un peu continué de jouer en étant présidente. Puis, à un moment donné, ça commençait à devenir un peu tendu, il fallait faire des choix, il était temps que j’arrête. Et comme le Covid est arrivé, on a été en difficulté comme tout le monde et il a fallu se réinventer. On est parti sur une autre façon de voir le club. C’est là qu’on a commencé à monter tous nos projets RSE. Je pense que d’avoir monté tout ça, d’avoir réussi à maintenir un club uniquement féminin sur les rails alors que tout le monde était un peu dans le dur, et d’être passé de 25 000 euros de partenaires privés à 125 000 en l’espace d’un an, ça a un peu interpellé. C’est comme ça que je me suis rapprochée de la Ligue de Rugby de Normandie. Et puis ensuite, il y a eu la Fédération.

On entendait beaucoup parler des Valkyries pour les projets RSE. Sur le pôle citoyenneté du label « club engagé » de la Fédération, sur les 2 000 clubs français, les Valkyries étaient les meilleurs en France. Ça, j’en suis super fière. Ayant entendu parler de ça, j’ai été contactée par le groupe de Florian Grill, en mai 2024. Ils m’ont proposé d’intégrer leur équipe. J’ai mis du temps à répondre, parce que je ne suis pas très politique et que je n’ai pas envie de faire partie d’un groupe plus qu’un autre. Les premières fois où j’ai rencontré Florian, on n’était pas forcément d’accord. Je pense qu’il m’a trouvé un peu de caractère, exigeante, on va dire. Ça aurait pu le freiner, en se disant que je n’étais pas facile. Et c’est justement à moi qu’il a fait appel. J’ai trouvé ça tellement intelligent de sa part de s’entourer de personnes qui bossent, et pas seulement de ses copains. J’ai trouvé ça top. Du coup, j’ai fini par accepter. Et je ne regrette pas, parce que franchement, j’aime beaucoup l’homme et la personne. En étant au cœur des sujets, je vois comment ça résonne, je vois comment ça réfléchit.

Deux coprésidents, deux vice-présidents, un DG de chaque côté

Avec deux présidences et une vice-présidence, vous n’êtes pas seule ?

Il y a beaucoup de choses à gérer. Mais je suis bien entourée : il y a des vice-présidents et des coprésidents un peu à droite, à gauche. J’ai aussi renforcé un peu le groupe Valkyries, je ne pouvais pas gérer toute seule. J’ai deux coprésidents chez les Valkyries, deux vice-présidents au RNR. Il y a un DG de chaque côté, et quand même pas mal de salariés. Ce sont des équipes qui tournent, en qui j’ai complètement confiance, tous loyaux. Je suis très bien entourée, et par des gens bienveillants.

Est-ce que l’appétit vient en mangeant ?

Pas du tout. Enfin, quand vous me dites ça, c’est par rapport à la suite ? Est-ce que j’ai envie d’autre chose derrière ? Non. Tout ce qui m’est arrivé, je ne l’ai pas cherché, on me l’a proposé et j’ai dit oui. Mais je ne cherche pas à avoir autre chose derrière. On me demande souvent ça, si je cherche à avoir quelque chose. Non, pas du tout. Et puis demain, si ça s’arrête, ça s’arrête. Je ferai autre chose. Ou pas, d’ailleurs ! Peut-être que je me calmerai aussi. Je ne sais pas.

« Ce n’est pas parce que je suis une femme qu’on est venu me chercher »

Dernière question, un constat : Top 14, Pro D2, Nationale, Nationale 2, vous êtes la seule femme présidente.

Évidemment, c’est factuel. Je réfléchis pour essayer d’avoir cette réponse à date plus six mois, quasiment. Forcément, au début, c’était très dense, les sollicitations, on m’en parlait tous les jours. Là, maintenant, je le vis avec un peu de recul, et je commence à montrer que j’ai agi depuis. Ce que je trouve dommage, c’est qu’il n’y en ait pas un peu plus. Le fait de montrer que c’est possible, c’est cool. Parce que je me dis qu’il y en a qui n’osent peut-être pas encore, ou qui se disent « elle est complètement barge, celle-là ! ». Et peut-être que je suis un peu « barge », je n’en sais rien. J’ai du mal à répondre à cette question. J’ai un côté féministe qui dit que c’est super cool, je suis fière. Mais ce n’est pas parce que je suis une femme qu’on est venu me chercher.