57 ans, le bel âge. Le club de rugby de Provins, c’est les copains d’abord, ceux d’avant, de maintenant et d’après.

Des missionnaires du rugby dans une terre céréalière

L’histoire du rugby à Provins, en Seine-et-Marne, commence à Gouaix, en 1969. Léon Fauvet, professeur de sport puis inspecteur de la jeunesse et des sports, a créé alors le club avec l’aide d’autres enseignants dont le lettré Alain Rieunier, qui fut le premier président. Il y avait aussi Lucien Sauvat, Claude Montès… Tout de suite après est arrivé Jean-Claude Martin, autre professeur de sport, avec Michel Marchand et Robert Arizo.

Des profs de sport façon missionnaires du rugby dans cette étrange terre céréalière, betteravière… Ils ont entretenu la flamme parce qu’elle aurait très bien pu s’éteindre.

La greffe sudiste qui a pris à l’est de Paris

Le club s’est formé autour des méridionaux qui étaient montés dans l’Est parisien, venant de Perpignan, Toulouse, souvent enseignants ou militaires comme Alain Casazajou, qui était de Tarbes. Le lettré a d’ailleurs composé un poème qui raconte l’histoire du club.

Les contacts, les liens avec le monde scolaire ont contribué à amorcer la pompe à adhérents. Marchand, Arizo, Martin, Bodot, Basset : joueurs, dirigeants, bénévoles et formateurs recruteurs dans leurs collèges et lycées, c’était la base.

Il ne faut pas oublier le collège de Villiers-Saint-Georges et son prof de gym Alex Barbier, souligne l'historique et historien du club Alain Bitsch. Il a amené beaucoup de jeunes au rugby à Gouaix puis à Provins, il a gagné beaucoup de titres scolaires, départementaux, académiques.

Alain Cadet, d’origine catalane, les frères Demaison dont le papa avait joué talonneur à Sarlat, Joël Sageloly le bien surnommé Catalan, et tellement d’autres : l’histoire des rugbys à Gouaix et à Provins, c’est l’histoire d’une greffe sportive sudiste dans l’Est parisien, en fait.

L’agonie, puis la renaissance par le nucléaire

Et puis il y a eu une lente agonie jusqu’à la clé sous la porte pendant deux saisons, dans les années 90. Heureusement, la flamme ne s’est pas éteinte grâce… au nucléaire et à la centrale de Nogent-sur-Seine, où Serge Breton a créé une section rugby, histoire d’entretenir la pratique dans la région.

Christian Mazurek, deuxième ligne historique de Gouaix, travaillait pour l’EDF à Nogent-sur-Seine. La suite semblait naturelle, c’est l’intéressé qui l’évoque :

Un jour, l'équipe des plus anciens est partie et il a fallu trouver un président, et c'est celui qui n'était pas attentif lors de la réunion qui est devenu président.

C’était en 1996. Mazurek est resté en poste 20 ans. Et il reste encore très près du club, notamment par le biais du Tournoi international minimes.

Il fallait créer une école de rugby pour enfin pérenniser le club. Comme Provins comptait beaucoup plus d’habitants que Gouaix, c’est naturellement que la ville médiévale a accueilli la nouvelle activité. Le président se souvient :

Au début, Madame Gayraud, l'adjointe aux sports, estime que ça a été sa plus belle réussite.

Le tournoi international, ADN du club

Désormais, l’ADN du club, c’est le tournoi international U14 et U16, créé un peu par hasard, avec beaucoup de bonnes volontés et un grain de folie. Aujourd’hui, Provins peut se targuer d’avoir accueilli des clubs et équipes nationales britanniques, irlandais, russes, ou encore néo-zélandais.

À ce sujet, anecdote croustillante : en confondant « Provence » et « Provins », plus d’une équipe s’est fait gentiment avoir, mais sans jamais avoir à le regretter.

Le club a aussi emmené 150 enfants au total à l’occasion de trois tournées en Afrique du Sud pendant les grandes vacances.

Comme je travaillais pour l'EDF, on avait même réussi à faire venir l'international Thomas Lombard, sourit Mazurek. C'était assez génial, les gamins avaient les yeux qui brillaient.

La passe aux suivants

Le rugby à Gouaix puis à Provins, c’est une question de transmission, une question du temps qui passe, une question d’amitiés qui traversent le temps. Pensée pour Jean-Pierre « Pedro »…

La passe a été faite à Mathieu Potier, à Miguel Dublanc, à Edouard Merré, et d’autres qui rêvent d’accueillir une équipe d’Amérique du Sud. Mais Mazurek, Bitsch, restent au soutien, pas loin.