Le Tournoi 2026 a accouché d’un beau vainqueur, la France. La double gagne à la dernière seconde contre les Anglais pour soulever le trophée, les joueurs et supporters s’en souviendront toute leur vie. Idem pour les Joueurs italiens et les tifosi: historique victoire contre l’Angleterre au Stadio Olimpico. Les Italiens entrés dans le Tournoi et souvent raillés depuis quelques années peuvent désormais dire qu’ils ont battu toutes les nations du Tournoi.

Des fortunes diverses pour les nations européennes

Les Français, en battant avec autorité une Irlande privée de 9 cadres indiscutables en ouverture de la compétition, ont ruiné partiellement le week-end de la Saint-Patrick des petits hommes verts. Partiellement? Oui, parce qu’en battant Galles, Angleterre et Ecosse, ils s’adjugent la Triple couronne, suffisant pour justifier des hectolitres de Guinness.

Même le Pays de Galles peut se réjouir: en battant l’Italie après avoir contrarié l’Irlande, la nation à la dérive semble avoir retrouvé le cap avec sa large victoire contre l’Italie et peut compter sur une génération de moins de 20 ans “pénible”, redoutée par tous dans la catégorie. Reste l’Angleterre… Indigente en début de compétition, entrée dans la l’histoire du Tournoi par la petite porte en perdant contre l’Italie, semblant apathique (la faute à la tournée des Lions l’été dernier? Fatigante? A un plan de jeu réducteur?) et termine à une infamante 5ème place. Mais attention, ce que la Rose a montré samedi à Saint-Denis prouve qu’ils ont des ressources.

Un titre et des records historiques

Sacré Tournoi, tout le monde a battu tout le monde avec une débauche d’essais, des stades pleins à craquer (à part le premier match du pays de Galles, vite rectifié ensuite), des audiences télé de feu et un joli resserrement. Et malgré la victoire finale de la France, des satisfactions, certes mais aussi des interrogations légitimes :

Au crédit :

  • 19 ans d’attente. La France conserve son titre: une première depuis 2007. Cela donne un relief certain des Grands Chelems successifs réalisés en 1997 et 1998, germes de la campagne mondiale de 1999 avec la légendaire demi-finale de la coupe du monde 1999 contre les All blacks à Twickenham (43-31).
  • 9 : Bielle-Biarrey au-delà des superlatifs. C’est le nombre d’essais marqués par Louis Bielle-Biarrey dans le Tournoi 2026. Jamais un joueur n’en avait inscrit autant en une seule édition du Six Nations. Son quadruplé en clôture contre l’Angleterre le fait entrer de son vivant dans le panthéon du rugby mondial ainsi que ses 9 essais dans un seul tournoi, du jamais vu depuis 100 ans ou plus, il inscrit plus d’un essai par match en moyenne! Il n’a pas 23 ans… Le deuxième meilleur marqueur d’essais de 2026 est également français : Théo Attissogbe (5) devant l’Anglais Henry Arundell, l’Ecossais Darcy Graham et l’Irlandais Jamie Osborne (4).
  • 100%: un état d’esprit irréprochable pour la finale. Enfin la pièce est tombée du bon côté grâce à un Thomas Ramos, plus que jamais meilleur marqueur de l’histoire des Bleus, encore auteur d’un 100% avec cette importantissime pénalité de la gagne au-delà du temps réglementaire, world class.
  • Une attaque de feu : Bielle-Biarrey, Attissogbe, les lévriers bleus bien alimentés par Jalibert, Dupont, Ramos sont merveilleux de vitesse.

Les zones d’ombre : puissance et défense

Au débit :

  • La défense : une mêlée en carton, chahutée par l’Italie, pliée par les Ecossais et les Anglais, des reculades malheureusement mémorables sur des ballons portés, une défense de ligne friable, une forme d”inexorabilité à contrer les ballons portés adverses… Urgence, trouver un pilier droit digne du top 3 mondial, un équilibre centre/premier centre/second centre (orphelin de Fickou).
  • Trop de plaquages manqués ou relâchés : de l’avancée adverse difficilement contrariée, comme une impression qu’une fois dans les 22 mètres bleus, les adversaires vont marquer…
  • Un manque de puissance : criant contre l’Ecosse (les Bleus encaissent un 43-0), contre l’Angleterre (mêlée presque gênante, incapacité à défendre les ballons portés et pire, la ligne, perte des défis avec trop peu de plaquages positifs), les Bleus doivent monter le curseur pour espérer rivaliser voire limiter les dégâtes contre les gros porteurs sud-africains et la vitesse costaude des All Blacks).

On se résume: le pari de la vitesse a été gagnant avec attissogbe et Bielle-Biarrey, les ombres de Romain Ntamack, Uini Atonio et Gaël Fickou ont plané sur certains manques (organisation défensive, alternance, puissance en mêlée). Il faudra beaucoup plus de puissance pour espérer soulever la coupe William Webb Ellis. Il reste du temps. Fabien Galthié le sait: regardez son absence de réactions quand Thomas Ramos passe le but de la gagne alors que la box des coachs des Bleus explose; Il sait.