Dites-le avec des fleurs… Le 14 février, la Saint-Valentin, prenez soin de votre Valentine, de votre Valentin. En matière de rugby, on est plus près du massacre d’Al Capone, que d’une procession œcuménique. Amen et bouquet de roses…

1892 : Les pionniers du « je t’aime, moi non plus »

Bon, Le Racing et le Stade Français, c’est le premier derby, 1892, arbitré par le baron Pierre de Coubertin, 4-3 pour les ciel et blanc. 125 ans plus tard, Pascal Papé du Stade Français, avoine gratuitement Henry Chavancy du Racing. Les derbies du nom de Lord (Derby) perdurent dans tous les sports : Everton – Liverpool, Toulouse – Castres, Bayonne – Biarritz, Real – Atletico, Tulle – Brive, Leicester – Northampton… rond, ovale, carré, on s’en fout de la forme du ballon !

La Soule : L’ancêtre de la castagne romantique

Ça commence avec la Soule en France, le Leloo en Géorgie, pluri-centenaire : une sorte de ballon qu’on jette en l’air, et que se disputent les joueurs des deux camps opposés. Roule ma poule, vive la Soule… Narbonne – Perpignan, PUC – Racing, giroflées à cinq doigts, matches allers qui succèdent aux matches retours, certains qui se claquent en montant le bus… Eh oui, il faut assumer le match aller avec la claque des supporters, mais quand il faut prendre le bus pour le match retour, le courage ne se mesure pas en mètres parcourus dans la défense adverse !

Tour du monde des haines cordiales

Collection de « Je t’aime moi non plus ? » C’est parti et loin d’être exclusif. Dites-le avec des fleurs :

  • Bayonne – Biarritz : Lulu Harinordoquy, père d’Imanol, qui entre sur le terrain et se fait plaquer par Benjamin Boyet…
  • Leicester – Northampton : les deux équipes équidistantes de la ville de Rugby…
  • La Seyne – La Valette, Mont-de-Marsan – Dax, Racing – Stade Français : première finale, 1892, 4-3 et des milliers de points de suture en 125 ans, série en cours.
  • Auckland – n’importe quelle équipe de Nouvelle-Zélande : c’est un peu Paris contre la Province. Vous savez ce qu’est un JAFA ? « Just Another Fucking Aucklander »…

Le « Crunch » et les vieux démons

France – Angleterre, depuis 1910. Jean-Pierre Rives : « Les Anglais, on les aime tellement qu’à l’époque on voulait les battre d’un point à la dernière minute pour leur faire encore plus mal. Et pas que nous, les Gallois, les Irlandais, les Écossais aussi. Si tu bats les Anglais, tu gagnes ton Tournoi. »

Angleterre – Écosse : Calcutta Cup, 1879, et ça continue encore et encore.

De Painful Gulch à la Fédérale 3

Saint-Nazaire – Trignac, Fédérale 3, 3000 spectateurs et un conflit fou, Trignac n’existe comme commune que depuis 1914, le club depuis 1912. Chiens et chats mais consubstantiels avec les Nazes (comprenez les Nazairiens). Courton-le-haut, Courton-le-bas…, les O’Timmins contre les O’Harah (ces familles rivales immortalisées par Morris dans le Lucky Luke : « Les Rivaux de Painful Gulch »), les rivaux de Painful Gulch…

La Saint-Valentin, fête des amoureux ? En rugby, on préfère chérir son meilleur ennemi. Comme le disait Pierre Desproges : « L’ennemi est bête, il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui. »

Alors aujourd’hui, offrez des fleurs à votre amoureux ou votre amoureuse. Mais si pour vous demain c’est derby, gardez les chandelles pour le ciel : le plus beau cadeau à un adversaire restera un tampon licite et engagé. Un grand derby, c’est une étreinte rugueuse dans la boue pour mieux se célébrer au comptoir d’une troisième mi-temps. On ne se livre bataille que pour mieux exister ensemble : c’est là toute la fraternité de l’ovale.