Le patron de l’arbitrage français fait le point pour itsrugby.fr sur ce qui va changer dans quelques semaines. L’occasion de faire un point aussi sur l‘esprit et de prendre la température chez les amateurs.

Les principes fondamentaux du rugby sont la sécurité, l’équité et la continuité du jeu, ils sont présents depuis plus de 150 ans et ils seront toujours à défendre, la sécurité est absolument primordiale.

Matthieu Raynal est la référence française actuelle en matière d’arbitrage. À l’aube de la nouvelle saison, pour les pros comme pour les amateurs, il éclaire notre préparation aux nouveautés, avec du sens.

Et puis il y a Sacha Coris, jeune arbitre, en Régionale, qui attend début septembre et les nouvelles consignes pour les jeunes et les amateurs.

Cartons : la France garde un rouge fort

Les positions prises par World Rugby sur des charges à l’épaule, notamment, elles sont incompréhensibles aux yeux de beaucoup d’arbitres pour plein de raisons, c’est pour ça que la France restera sur un carton rouge fort et un carton orange utilisé à doses homéopathiques, peut-être 10 cas dans la saison sur 450 matchs.

On veut garder un carton jaune et un carton rouge forts pour défendre le principe de sécurité des joueurs.

Matthieu Raynal | Patron de l'arbitrage français

Ensuite, il y a la continuité du jeu et la conservation de l’équité dans la lutte pour la possession du ballon. “On y est très attaché, poursuit le patron de l’arbitrage français. On n’est pas là pour favoriser l’attaque comme on l’entend souvent, on est là pour permettre la récupération du ballon potentiellement partout sur le terrain et le changement de statut.”

Valoriser les phases de combat collectif que sont le maul et la mêlée permet non seulement d’avoir un rugby inclusif, c’est-à-dire d’avoir tous les profils, mais aussi de créer de l’espace parce que ça crée de la fatigue chez les joueurs, ça crée aussi du spectacle. Le dernier point, c’est la continuité du jeu. Raynal : “C’est là-dessus qu’on va mettre l’accent dans tous les cas en Top 14 et en Pro D2, on veut diminuer la durée des matchs et augmenter le temps de jeu effectif, le rythme des matchs.”

Des matchs plus courts, un temps de jeu effectif en hausse

Cela passe par 45 secondes allouées aux tentatives (pénalités et transformations au lieu de 90 et 60 secondes), quitte à ce que l’apporteur du tee fournisse le ballon au buteur : “Quand tu vois le nombre de pénalités tentées, le nombre de transformations, si tu peux gagner du temps…”

Ensuite, il y a la révision de la règle du nombre de remplacements, la France revient à celle que le monde entier applique, finis les remplacements tactiques. Là aussi, énormément de temps de jeu gagné et une durée des rencontres diminuée.

On avait les secondes périodes les plus longues au monde, les durées de matchs les plus longues aussi. En diminuant le nombre de remplacements, ça va avoir un impact sur la durée totale du match.

Matthieu Raynal

Si en plus de ça, on accélère aussi, on optimise le recours à la vidéo… : “On met l’accent pour aller plus vite sur l’arbitrage vidéo. Un nouveau système vidéo va nous permettre d’avoir accès à toutes les images et au flux d’images en amont avant de faire un appel à l’officiel, on ne contrôlera plus un doute, il aura été vérifié sans arrêter le jeu.”

Les images seront calées lorsqu’il le faut. On devrait diminuer la durée des appels vidéo et en réduire aussi le nombre parce qu’on va maîtriser le flux des images.

Il y a aussi le temps mis pour jouer les touches : “On demande aux arbitres d’accélérer les setups. La saison passée, une touche prenait 29 secondes contre 24 secondes dans les autres championnats.” Avec 24 touches par match en moyenne, c’est mécaniquement 5 % de temps de jeu effectif de gagné !

Il a fallu négocier avec le Sud notamment… Le Nord ne partage pas l’idée que tout doit être accordé à l’attaque, selon leur dogme “Reward the attacking team” (récompenser l’équipe qui attaque). Raynal : “On a dit clairement “non”, et ils sont revenus à quelque chose où la sécurité arrive en premier dans leur philosophie de jeu. La deuxième, c’est le contest et la troisième chose, c’est la continuité du jeu.”

Ligne de plaquage abaissée : moins de commotions chez les amateurs

Et l’abaissement de la ligne de placage au niveau du plexus ? “Ça va concerner le rugby ce qu’on appelle le “Community Shield”, c’est-à-dire le rugby amateur. Des études ont été faites depuis deux ans par plusieurs nations dont la France, l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Écosse.”

En abaissant la ligne de placage, on a diminué les commotions, les contacts à la tête de plus de 40 %.

Matthieu Raynal

Du coup, mécaniquement, les joueurs (lors du Mondial U20 en Géorgie) se sont adaptés, ils ont baissé la ligne des plaquages.

En Régionale, Sacha Coris attend les consignes de septembre

Pour Sacha, arbitre de la Ligue des Pays de la Loire, il y aura des conséquences dès les semaines prochaines, il officiera en Régionale pour les séniors, jusqu’en Nationale en jeune et en Excellence B et Fédérale B pour les réserves fédérales.

Sacha Coris, l’arbitre qui ne voulait pas être un justicier
ArticleSacha Coris, l’arbitre qui ne voulait pas être un justicier
À 19 ans, Sacha Coris ne se contente pas d’aimer le rugby : il s’y engage. Étudiant en deuxième année d’école d’ingénieur en horticulture et paysagisme à Angers, il a fait de l’arbitrage bien plus qu’une passion annexe. Une voie exigeante, faite de rigueur, d’apprentissage et de remises en question permanentes, qu’il aborde avec sérieux… et le sourire. Entre volonté d’équité, sens du jeu et ambition assumée, portrait d’un jeune arbitre pour qui le rugby est avant tout une responsabilité.
Lire notre portrait de Sacha Coris

On a régulièrement des mises à jour des règles, des directives sur les changements de règles. On s'adapte au fil des matchs. Au début, on précise souvent les nouvelles règles aux capitaines pour que tout le monde soit à jour sur les premiers matchs et après ça se fait tout seul.

Sacha Coris | Arbitre en Régionale

Zone de placage abaissée ? Modification des règles pour les remplacements ? “Ça ne nous a pas encore été communiqué. On aura un stage de rentrée début septembre. Les remplacements, c’est l’affaire des représentants fédéraux, on n’est pas trop impactés.”