Le samedi 17 octobre, les Crabos de Nantes se sont inclinés 18-16 à Bayonne lors de la 3e journée. Responsable de l’élite régionale à la Ligue Pays de la Loire, Mickael Chenais veut s’en servir pour montrer qu’il y a du rugby ailleurs que dans le Sud-Ouest.

Arrivé il y a un an en Pays de la Loire, il pilote les trois collectifs jeunes de haut niveau de la Ligue.

« Ramener de la performance au sein du territoire »

Nom, prénom, âge, qualité ?

Mickael Chenais, 40 ans, technicien de rugby.

Votre fonction ?

Responsable de l’élite régionale au sein de la Ligue Pays de la Loire : Vendée, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Sarthe et Mayenne. Aujourd’hui, c’est une ligue qui se bat, et qui se bat bien, au niveau de la performance. Clairement, j’ai été recruté pour animer et conduire ce qu’on appelle le pôle performance de la Ligue. Quand Hugues Meilheureux (président de la Ligue, NDLR) a été élu avec son équipe, ils ont évoqué ce projet de remettre la performance et l’élite au sein du territoire et donc de la Ligue. Dans ce sens, des postes ont été créés et j’ai été recruté pour animer tout ça et conduire le projet sportif, qui découle de décisions politiques et d’un axe stratégique : la volonté de ramener de la performance au sein du territoire.

Quels sont vos interlocuteurs ?

La Fédération, la Ligue bien évidemment et les comités départementaux. Avec les comités départementaux, on travaille main dans la main pour la détection dès les moins de 14 ans, en étroite collaboration. En plus de ça, il y a les CTC, les conseillers techniques clubs, qui sont managés par les CTL, les conseillers techniques de ligue, mes collègues. On agit sur le territoire selon les différentes missions.

Le Stade Nantais, club support

Concrètement, ça se traduit comment ? Vous avez un bâtiment pour vous ? Des terrains d’entraînement ? Combien de personnes avec vous ? Est-ce ponctuel ? Des CDI, des CDD, des intervenants bénévoles ? Quel est votre quotidien, votre organigramme ?

Sur la structure, on s’appuie sur le Stade Nantais. C’est le club support, c’est comme ça qu’on l’appelle : tout se passe au Stade Nantais. Les joueurs détectés qui ne sont pas issus de ce club viennent s’y entraîner le mercredi, à Nantes, par leurs propres moyens. Nantes est central dans notre région, et c’est le club qui apporte des garanties sportives, la locomotive au vu des résultats, que ce soit en équipe première ou chez les Espoirs.

Un « cluster » ?

Le Stade Nantais avait la volonté de se positionner en termes de performance et, quand Hugues Meilheureux est arrivé, lui et son équipe ont clairement voulu avancer. Aujourd’hui, sur les structures, tout se passe au Stade Nantais. Je suis salarié à plein temps et on a trois collectifs : les moins de 15 ans en Gaudermen, les moins de 16 ans en Alamercery et les moins de 18 ans en Crabos, les trois plus hauts niveaux chez les jeunes. Je suis chargé du management de ces trois collectifs et de l’animation de leurs staffs. On a trois personnes par staff, réparties entre le Stade Nantais et la Ligue : quatre personnes à la Ligue et cinq techniciens au club. C’est un gros nuage. Entre les préparateurs physiques, les kinés et les dirigeants, on a un staff de 20 personnes.

Montée en Alamercery, maintien en Crabos

De qui utilisez-vous les murs ?

C’est le stade Pascal-Laporte, à Nantes. On a des objectifs de haut niveau. Quand je suis arrivé l’année dernière, les moins de 16 ans évoluaient au niveau en dessous du national. L’objectif était de les faire monter en Alamercery et de garder le niveau Crabos. C’est ce qui a été fait : on est monté en Alamercery et on s’est maintenu en Crabos, objectifs atteints. Grâce à la nouvelle réforme de la Fédération, on a aussi un suivi en termes d’accompagnement, avec des joueurs qui vont être listés haut niveau. C’était un objectif affiché : aujourd’hui, on a un Pôle Espoirs Rugby (PER) en région Pays de la Loire, qui nous permet de garder nos meilleurs potentiels. Avant, ils partaient alimenter nos concurrents sans qu’on ait les moyens de les garder. Ça va prendre du temps, mais l’objectif cette année est de se maintenir en Alamercery et en Crabos.

Donc vous avez arrêté d’arroser le désert ?

On a planté les graines, on les accompagne…

Les filles ?

Un terreau fertile, même si je ne suis pas directement responsable de leur développement. Je sais que ça monte. Il y a un centre régional d’entraînement et de performance géré par la Ligue : neuf filles cette année, il y en avait quatre avant. Ça monte en qualité, ça monte aussi en quantité. L’objectif est de construire et de franchir les paliers un par un.

De Nogent-le-Rotrou au Stade Français

Comment êtes-vous arrivé au rugby ?

Je suis originaire de la région parisienne, né à Versailles. Mes parents étaient charcutiers-traiteurs, ils ont déménagé dans la région Centre et j’ai commencé le rugby à Nogent-le-Rotrou, la capitale du Perche. Je suis venu au rugby parce que mon père jouait : il m’a amené dans les vestiaires, j’avais trois ans, et petit à petit j’y ai pris goût. On est revenu sur Paris quand j’avais 10 ans. En 1996, j’ai été formé à l’US Métro. Je suis passé par le Pôle Espoirs du lycée Lakanal, avec des sélections régionales, puis Espoirs au Stade Français jusqu’à mes 21 ans. J’ai arrêté de jouer à 27 ans parce que j’avais plutôt envie de passer à l’entraînement. J’avais fait une carrière, on peut appeler ça comme ça, j’ai pratiqué pendant tellement d’années.

À quel poste ?

Demi de mêlée, demi d’ouverture, animateur. Puis j’ai passé mes diplômes pour devenir entraîneur. J’ai été éducateur au Racing, puis au Stade Français sur les catégories jeunes, U14, U16, U18, au PUC aussi. Je suis parti un an et demi en Nouvelle-Zélande. À côté de ça, j’ai travaillé dans la finance pendant 10 ans, en même temps que je faisais le tour de Paris en scooter pour coacher.

J’ai envie de montrer qu’il y a du rugby ailleurs que dans le Sud-Ouest et qu’on peut rivaliser avec ces équipes-là.

Mickael Chenais

Du costume-cravate à la Nouvelle-Zélande

Quelle était votre formation initiale ?

Un master en gestion des entreprises. J’ai travaillé dans ce domaine pendant près de 10 ans et je suis passé par un « petit burn-out ». J’ai voulu aller un peu plus loin de Paris : j’ai pris un billet d’avion pour la Nouvelle-Zélande, j’y ai vécu un an et demi. Quand je suis rentré en France, je n’ai plus voulu remettre le costume-cravate, j’ai voulu vivre de ma passion. J’ai eu vent d’une opportunité à Dijon, en Bourgogne, au Pôle Espoirs : j’étais entraîneur de l’académie de Dijon et responsable adjoint de la structure. Ensuite, j’ai entraîné les Crabos de l’ABCD XV (le rassemblement de la région, NDLR). On m’a proposé de travailler avec Hugh Chalmers, ancien pro néo-zélandais, avant d’arriver en Pays de la Loire.

Où étiez-vous en Nouvelle-Zélande ?

J’ai pas mal travaillé sur l’île du Nord, dans l’est, où j’ai joué, avec un dernier match de rugby à Napier. C’était pour le fun, mais j’avais envie, je me suis pris au jeu.

« Il y a du rugby ailleurs que dans le Sud-Ouest »

Un message à faire passer ?

J’aime mon travail, j’aime ce que je fais, j’aime être avec les gens avec qui je travaille. La vision et la perspective au sein de la Ligue des Pays de la Loire sont positives, on sent que la dynamique est favorable, elle est bonne, et j’ai envie de m’inscrire dans la durée. J’ai envie, comme aujourd’hui à Bayonne (défaite 18-16, NDLR), de montrer qu’il y a du rugby ailleurs que dans le Sud-Ouest et qu’on peut rivaliser avec ces équipes-là.

Chiffres à retenir

18-16 Bayonne – Nantes, 3e journée de Crabos, le 17 octobre

3 Collectifs jeunes de haut niveau gérés par la Ligue : Gaudermen, Alamercery, Crabos

9 Joueuses au centre régional d'entraînement de la Ligue cette saison, contre 4 avant