Le coach du Rennes Étudiants Club ne laisse personne indifférent. Personnage attachant, exigeant, fiable. Breton.
Kevin, depuis quand êtes-vous manager du Rennes Étudiants Club ?
C’est ma onzième saison au club, et cela fait six ans que j’en suis le manager.
À quel niveau êtes-vous arrivé à la tête du club ? De quoi êtes-vous le plus fier ?
Des deux titres de champion, les deux premiers titres du club, obtenus ces dernières années (en Nationale 2, NDLR). Après, il y a d’autres petites fiertés, qui tournent autour de la défense de l’identité bretonne et de la réactivité du club, ce qui lui donne un charme supplémentaire.
Faire beaucoup avec peu
Comment résumer en quelques mots la manière de donner de l’impulsion au rugby breton à Rennes ?
Sans se prendre la tête ! Et avec un minimum de moyens, je dirais. Avoir la capacité de former régulièrement des jeunes qui s’épanouissent en tant que sportifs comme en tant qu’hommes : c’est un plaisir de garder cette identité de la formation. C’est tirer un maximum de résultats et de potentiel d’un minimum de moyens. Faire énormément de choses depuis des années avec très peu, c’est une vraie marque du club. Évidemment, on aimerait que ça s’améliore. Mais il y a eu des années où les joueurs se changeaient au cul des bagnoles avant d’aller à l’entraînement, où ils allaient jouer à plus de trois heures de route et s’arrêtaient au bord de la route pour pique-niquer. C’est ce qui nous caractérise, faire beaucoup avec peu.
Je dis une bêtise si je dis que vous avez à Rennes des joueurs qui ont « du bulbe » ?
L’importance d’être câblé, ça, c’est sûr ! Autant que possible dans le quotidien, parce que c’est la réalité de la vie, et aussi sur le plan rugbystique, parce qu’on n’aime pas trop les joueurs monotâches, on n’aime pas trop demander des choses redondantes à ces gars. On leur demande de s’appuyer sur une ou deux qualités pour bien démarrer la saison, mais on a besoin de joueurs qui vont se construire, au fil du temps, un panel rugbystique le plus riche possible.
Une Nationale sans relégation
Le « Cercle des poètes disparus » ? Drôle de championnat, sans relégation…
Je pense qu’on aurait pu y ajouter un petit attrait, avec un match de barrage face au perdant des demi-finales par exemple. On n’a pas la prétention de jouer les premières places. En revanche, on a la prétention de dire qu’on va faire mieux que par le passé. On va œuvrer dans ce sens pour faire grandir nos jeunes joueurs, parce qu’ils doivent pouvoir répondre à notre projet sportif, qui arrive sur les trois ou quatre prochaines années. On est là en tant que club formateur, et je pense qu’aujourd’hui on a pris une voie plutôt cohérente par rapport à notre objectif.
Vous étiez en souffrance au milieu de l’hiver au poste numéro 2, et là, c’est au poste numéro 3 que c’est compliqué…
Ça, c’est sûr. J’espère que les nouvelles vont être assez rassurantes, parce qu’on a le droit d’y croire. On sait aussi qu’on a encore des jeunes joueurs à droite, on va travailler là-dessus. Au cœur de l’hiver, on verra ce que ça donne. Culturellement, le REC a souvent connu des hivers un peu plus complexes : comme on veut défendre le jeu, ce n’est pas toujours évident de le mettre en place sur un terrain qui n’est pas propice. Mais on a aussi des vertus qui devraient nous permettre de faire des choses différentes. On va forcément s’ouvrir collectivement. J’espère que nos droitiers ne seront pas trop touchés.
Du ballon rond au ballon ovale
Comment Kevin est-il venu au rugby ?
Le mercredi en famille et le samedi devant la télévision, c’est très simple. Passionnés par les matchs du Tournoi des Cinq Nations ou de la Coupe du monde, avec le son à fond, un défi pour tout le voisinage, de manière à pouvoir les suivre depuis la cour ! Et puis, plutôt que de suivre les matchs de loin, on s’est tous installés en famille autour de la table, dans les années 1995, 1996, 1997, 1998. Une fois qu’on a été pleinement piqués, difficile d’éviter le club de rugby. Il s’est monté dans les années 2000 à Bain-de-Bretagne, mon village natal, et tout naturellement on a démarré là, en laissant le ballon rond pour ce qui nous faisait vibrer.
Quelle est votre formation initiale ?
Au départ, je suis mécanicien automobile, mais je ne voyais pas le métier de cette manière-là. J’ai commencé à encadrer, à être éducateur dans mon club à 15, 16 ans, auprès des tout-petits de l’école de rugby. J’ai ensuite fait mes années de bénévolat au club jusqu’en 2009, mes 21 ans. J’ai entraîné l’école de rugby, les cadets, et j’ai eu les seniors sur les trois dernières années. En 2008, j’ai rencontré au club quelqu’un qui travaillait à la Direction régionale de la jeunesse et des sports. Il m’a parlé d’une formation qui s’ouvrait pour passer un brevet professionnel « activités physiques pour tous » et un brevet professionnel rugby. Je me suis lancé dans l’aventure, ça m’a permis d’avoir mon premier contrat de travail, et j’en ai fait mon métier.
Vous jouiez à quel poste ?
Bouche-trou ! Tous les postes en dehors du cinq de devant. J’ai évolué en troisième ligne mais, vu mon gabarit, je n’étais pas un troisième ligne aérien !
Vous êtes un représentant chaleureux du rugby breton. Pourquoi avoir arrêté de jouer ?
J’ai eu deux problèmes aux cervicales, et je n’avais pas le talent nécessaire pour qu’on m’opère et que je puisse continuer à vivre le rugby pleinement. Je n’ai pas eu la chance d’« enterrer ma carrière de joueur », du coup la flamme est toujours très présente, très active en moi. Mais j’ai la chance et la richesse de le vivre depuis de longues années à travers des joueurs et des joueuses humainement riches et généreux, et ça permet de mieux gérer cette tristesse.
De Spitzer à Guardiola
Il y a des personnes qui vous inspirent, qui vous aident, sur qui vous pouvez compter ?
Il y a des personnes à qui je suis éternellement reconnaissant d’avoir toujours eu l’écoute nécessaire. Jean-Noël Spitzer, quand j’ai besoin d’échanger, de me rassurer ou de répondre à des questions. Il m’a encadré sur mes premières formations quand j’avais 17 ans, donc cela fait vingt ans que j’ai l’opportunité de discuter avec lui, et il a toujours eu beaucoup de bienveillance envers moi. J’en suis heureux. On a aussi la chance, au club, d’avoir des personnes qui savent être particulièrement à l’écoute, avec qui on peut discuter, échanger. Et surtout quelques gars du championnat avec qui j’ai créé des liens, des personnes inspirantes : j’aime beaucoup m’inspirer de ce qu’ils font.
Il y a aussi les entraîneurs d’autres sports, des managers, des tacticiens, des stratèges, les Guardiola, Luis Enrique, tous ces gars qui ont une vraie identité qu’ils veulent défendre et mettre en place coûte que coûte. Ils refusent de se renier au profit des codes communs. Les entraîneurs de foot m’inspirent pas mal. J’ai aussi la chance de connaître quelques chefs d’entreprise rennais partis de rien, qui ont fait de belles sociétés qui tournent bien, par la volonté, par le travail : je pense à notre président et à notre vice-président. Comment ne pas citer, remercier et féliciter les dirigeants, les bénévoles, tout ce qui fait l’âme du club ? Et puis enfin, il y a tous ceux qui ont la possibilité et le courage de monter sur un bateau et de traverser les océans.
Dernière question, Kevin : quand mettrez-vous votre casquette à l’endroit ?

Ça me permet un petit peu de gérer mes émotions, d’éviter de crier ou de m’emporter parfois. Je peux être très fragile ou très à cran, alors j’essaie de mieux me contrôler, parce que je sais que ça peut avoir un impact sur les gars qui défendent le maillot sur le terrain. C’est une manière pour moi de maîtriser mes émotions.






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