À l’autre bout du monde, la fièvre monte déjà. Samedi, la Nouvelle-Zélande retrouve le XV de France pour lancer sa saison internationale, sur la pelouse d’un stade de Christchurch entièrement reconstruit après les séismes qui avaient marqué la ville. Un décor neuf pour un rendez-vous que la presse locale attend avec gourmandise. Pour prendre la température côté néo-zélandais, nous avons interrogé Sam Casey, journaliste à Radio NZ et fin connaisseur des All Blacks. Attentes, méfiance envers une équipe de France « peut-être la meilleure du monde », jeunesse en vue de 2027 et arrivée de la Nations Cup : il décrypte les enjeux d’un « massive test match ».
« Ici, un test match des All Blacks, c’est toujours crucial »
En Nouvelle-Zélande, un match des hommes en noir ne se vit jamais à moitié. La pression du résultat est permanente, l’exigence héritée de décennies de domination pèse sur chaque sélection. Sam Casey plante le décor.
Sam, que pouvez-vous nous dire sur ce Nouvelle-Zélande – France à Christchurch ?
Ici, en Nouvelle-Zélande, dès qu’il s’agit du maillot des All Blacks et d’un test match, quelle que soit l’opposition, c’est crucial ici, on s’attend à voir les All Blacks s’imposer, il y a de grandes attentes. Les statistiques de victoires ici sont importantes, Scott Robertson a perdu quatre tests pour sa première saison à la tête de l’équipe, trois lors de sa seconde saison. Nos attentes sont tellement élevées… Aujourd’hui c’est Dave Rennie qui est en charge de l’équipe, il a besoin de partir du bon pied. C’est donc un « massive test match ». Depuis deux saisons, la Nouvelle-Zélande a besoin d’un « restart ». La saison passée, une équipe de France affaiblie est venue à Dunedine et nous a poussé dans nos derniers retranchements, nous n’avons gagné que de quatre points. Nous ne nous faisons aucune illusion sur le fait que ça va être un match sacrément physique qui nous attend contre une équipe française certes privée de quelques joueurs clés mais le rugby français a une telle profondeur… peut-être ce qui se fait de mieux dans le monde. Mais Dave Rennie est en train de donner un nouveau style de jeu à l’équipe des All Blacks, ça va prendre quelques matchs pour que ça prenne et qu’on voie une grande équipe des All Blacks. On a de grandes attentes mais j’ai vu beaucoup de gens ici se lever très tôt pour regarder à la télé les joueurs de cette équipe française, je suis certain qu’ils livreront un grand match samedi.
Une France redoutée malgré les absences
Le souvenir du dernier duel reste vivace. À Dunedin, un XV de France remanié avait fait vaciller les All Blacks jusqu’au bout, ne s’inclinant que de quatre points. Sur ces terres, l’équipe de France ne fait plus figure de victime expiatoire : elle inspire un respect teinté de méfiance. Sam Casey ne cache pas son admiration pour la profondeur du réservoir français, qu’il place parmi les tout meilleurs de la planète. Il insiste aussi sur un chantier interne : le nouveau style de jeu voulu par Dave Rennie, qui demandera du temps avant de livrer sa pleine mesure.
« On ne manque pas de talents pour 2027 »
Reconstruction, oui, mais pas disette. À l’horizon de la Coupe du monde 2027 en Australie, la Nouvelle-Zélande peut s’appuyer sur une génération montante mêlée à des cadres façonnés sous l’ère Scott Robertson. Casey détaille les forces vives d’un groupe qu’il juge « très fort ».
Vous nous expliquez que vous manquez de temps pour la prochaine coupe du monde, mais vous ne manquez pas de talents ?
Non, nous avons beaucoup de jeunes joueurs talentueux, de classe mondiale, accompagnés de joueurs expérimentés du temps de Scott Robertson. C’est une chose qu’on ne peut pas lui enlever, il a injecté de nouveaux joueurs en leur donnant du temps de jeu et de l’expérience. On verra la résultante en 2027 en Australie pour la Coupe du monde. On a pas mal de jeunes dans les lignes arrières, on a de bons joueurs titrés en Super Rugby avec les Wellington Hurricanes. On aurait aimé voir Antoine Dupont avec le numéro 9 mais vous avez assez de joueurs expérimentés à ce poste. Mais on a aussi des talents comme Damian McKenzie, Barrett, et Jordie qui revient de plus en plus fort. Il a été brillant avec les Hurricanes cette année. C’est un groupe très fort, solide que cette équipe des All Blacks, en forme. De quoi produire du rugby de haut niveau.
La Nations Cup, « simplement fabuleuse »
La refonte du calendrier international rebat les cartes. Exit les tournées d’été et les tests d’automne isolés : place à la Nations Cup, qui promet aux meilleures nations de s’affronter dans un cadre plus dense. Un an avant le Mondial, l’idée séduit pleinement notre interlocuteur.
Que vous inspire cette nouvelle compétition, la Nations Cup, qui remplace les bons tests d’été et d’automne ?
Je pense que c’est simplement fabuleux ! Nous, la Nouvelle-Zélande, allons affronter toutes les meilleures équipes, celles du premier tiers, cette année. Nouvelle compétition, nouveaux visages, nouvelle donne, c’est extrêmement excitant, challengeant, et un an avant la Coupe du monde, c’est rafraîchissant et sportivement excitant. On a de sacrés challenges devant nous. Pour revenir à ce week-end, on va jouer la France puis l’Australie, il y aura l’Afrique du Sud, l’Argentine contre l’Écosse… Le concept est grand.

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