À première vue, on pourrait croire à une mauvaise blague de troisième mi-temps. Un ballon de rugby posé sur un court de tennis. Pas de raquette. Un filet au milieu. Et, de part et d’autre, des joueurs qui doivent réceptionner à la main un ballon que leur adversaire vient d’envoyer… au pied.
Bienvenue à Mauriac, petite cité du Cantal où Olivier Miranda a décidé de réunir deux mondes qui, jusqu’ici, se fréquentaient surtout dans les conversations de vestiaire.
Le décor lui ressemble. Ici, Olivier est chez lui. À 62 ans, celui que tout le monde appelle « Oliv » a passé sa vie à courir après les trajectoires. Ancien demi de mêlée du RC Mauriac, il a ensuite fait du tennis son métier. Professeur diplômé d’État, il enseigne depuis quarante ans dans le même environnement et continue de transmettre avec cette façon bien à lui de ne jamais vraiment choisir entre la force et la finesse.
Alors, forcément, il fallait bien qu’un jour les deux se rencontrent.
Une balle de tennis, un ballon de rugby et Pete Sampras
L’idée ne date pas d’hier. Elle remonte même à plusieurs décennies, dans un coin de la tête d’un jeune entraîneur qui observait Pete Sampras travailler ses réflexes.
« J’avais vu Pete Sampras, il mettait des balles de tennis dans un étau pour les rendre un petit peu ouvertes et pour rendre le rebond incertain », raconte Olivier Miranda. L’incertitude. Voilà le mot.
Il y avait déjà là quelque chose qui lui plaisait. Un rebond qui ne dit pas exactement où il va aller. Une balle qui oblige à rester disponible. Puis le tennisman a commencé à transposer l’idée avec des enfants, cette fois avec des ballons de rugby en mousse. « Je les faisais rouler vers eux, tu vois, et donc pareil, le rebond était incertain, donc il fallait qu’ils soient très vigilants, très disponibles. »

Le TennRug’Be est né quelque part dans cette zone-là. En clair, entre le réflexe, la lecture, l’adresse et le plaisir de ne pas savoir exactement ce qui va se passer.
Et puis il y a l’histoire personnelle. Miranda a passé une partie de sa jeunesse dans le rugby avant de basculer vers le tennis. Dans le portrait que nous avons consacré à Olivier Miranda, il résumait lui-même cette trajectoire d’une formule : « Le rugby, c’est ma jeunesse. Le tennis, ma continuité. » Le TennRug’Be est donc peut-être la suite logique.
Mais alors, comment ça marche ?
Le plus simple est d’oublier la raquette. Le TennRug’Be se joue sur un court de tennis, sans les couloirs en simple et avec eux en double. Le ballon est évidemment ovale. L’objectif est de l’envoyer au-delà de la ligne de fond adverse, mais il doit obligatoirement avoir rebondi avant de franchir cette ligne. Il est frappé au pied, sans rebond préalable dans le jeu courant.
Et c’est là que le jeu devient étrange.
Le joueur d’en face peut attraper le ballon de volée. Ou attendre. Un rebond, deux, trois, autant qu’il le souhaite. Il peut aussi le contrôler du pied avant de le saisir. Ensuite, il doit frapper le ballon depuis l’endroit où il l’a réceptionné, ou derrière.
Autrement dit : il faut savoir attendre, mais pas trop longtemps. Lire la trajectoire, mais aussi anticiper le rebond. Se déplacer. Contrôler. Et renvoyer. « C’est vraiment tout ce qui est disponibilité, vigilance, mobilité, adresse », résume Miranda.
Le filet n’est donc pas seulement une séparation, il devient une « frontière » entre deux lectures du jeu. Un peu tennis dans l’espace. Un peu rugby dans le ballon. Beaucoup d’adresse entre les deux.
Sept minutes pour mettre l’autre dans le doute
Le format est volontairement court : une partie dure sept minutes. Si les deux joueurs sont à égalité, place à la mort subite. Chacun engage à son tour et le gagnant est celui qui parvient à faire passer le ballon derrière la ligne avec le moins de rebonds. Si l’égalité persiste, c’est le rebond le plus proche de la ligne qui départage.
Et le double ajoute une petite dose d’ovalie supplémentaire.
Les couloirs entrent dans le jeu. Surtout, celui qui réceptionne l’engagement doit obligatoirement effectuer une passe vers l’arrière à son partenaire. Pas question de frapper directement. La passe en avant est interdite. « Voilà peut-être le moment où le TennRug’Be cesse définitivement d’être seulement un tennis avec un ballon de rugby », appuie Miranda.
Il y a désormais un partenaire à trouver.
L’exercice de rugby qui ne disait pas encore son nom
Olivier Miranda n’imagine pourtant pas encore une révolution mondiale des sports de raquette. Il sait que son invention est « jeune, expérimentale », et qu’elle doit d’abord « vivre sur les terrains ».
Il l’a déposée auprès de l’Inpi, l’Institut national de la propriété industrielle. Mais pour l’heure, le TennRug’Be reste « dans les cartons », comme il le dit lui-même. Il veut maintenant le faire jouer, le confronter aux enfants, aux rugbymen, aux enseignants.

Il assure : « Je pense que je vais faire une action avec le Stade Aurillacois sûrement. Et je commence à lancer un petit peu avec l’école de rugby du RC Mauriac, on va faire une animation. »
Pas question, donc, de brûler les étapes. Son ambition, elle, est nettement moins modeste : « Moi mon rêve ce serait d’organiser des championnats. » Pour l’instant, le TennRug’Be pourrait surtout servir d’outil. Un échauffement différent. Un exercice de motricité. Une manière de travailler la réception, les appuis, la lecture des trajectoires et les réflexes.
Et c’est précisément ce qui a intéressé Gilles Moretton.
Moretton regarde, et ne promet rien
La présence du président de la Fédération française de tennis à Mauriac donne forcément une autre dimension à l’histoire. Gilles Moretton est venu dans le Cantal pour les quarante ans d’enseignement d’Olivier Miranda, mais aussi pour découvrir cette nouvelle pratique vue comme une « animation mêlant tennis et rugby ».
« Tu montes le projet », lui a répété le patron du tennis français. Pas question pour autant de transformer immédiatement le TennRug’Be en nouvelle discipline fédérale. Selon Miranda, Moretton lui a plutôt parlé d’un « exercice ludique, intéressant notamment pour l’échauffement ». Pas encore d’un « sport à part entière », à la manière du padel ou du pickleball.
Ce qui n’a rien d’un désaveu. Au contraire. C’est désormais à l’inventeur de faire vivre son idée. « Il m’a dit : c’est à toi de le développer. » Alors le Cantalou va le développer. À Mauriac d’abord. Dans les écoles de rugby. Peut-être à Aurillac. Puis ailleurs si le ballon roule suffisamment loin.
Car au fond, son idée est moins compliquée qu’elle n’en a l’air. Prendre deux sports qu’il connaît intimement et regarder « ce qu’ils peuvent encore s’apporter ». « Moi, venant du rugby et venant du tennis, je trouve que c’était deux sports qui pouvaient se mélanger. »






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