« Il fait chaud. Très chaud. On n’en peut plus de jouer sur du ciment. » À Lombez-Samatan, pays du canard au cœur du Gers, la pelouse n’a plus grand-chose du tapis vert que l’on imagine pour un dimanche de rugby. Elle est sèche, dure, fatiguée par les semaines de chaleur. Les arroseurs ont fait leur travail, mais le terrain garde les traces de l’été. Les crevasses accompagnent les lignes d’en-but.

Les joueurs, eux, n’ont pas le temps de s’en préoccuper. « Allez les gars », crie Jean-François Montauriol, ancien joueur du Stade Toulousain, revenu à ses racines. Ça court. Ça pousse. Ça plaque fort. Un exercice, puis un autre. Sur le pré de Pierre-Brocas, les avants travaillent ensemble. Le coach supervise.

Pour un club de Fédérale 2, la préparation est sérieuse. Et les moyens suivent. Une salle de musculation est installée dans les infrastructures du club, sous la tribune d’honneur. « J’ai été surpris de voir quand même la préparation parce qu’il y a une salle de muscu et tout en Fédérale 2. Ça, il y a quinze ans, ça n’existait pas encore », explique Montauriol, qui a connu le niveau international.

Deux stades, même ambiance

« Cette salle est un bout de l’histoire du LSC », commente en bord de terrain Xavier, fidèle du club, membre du comité directeur. Le club a connu la Fédérale 1 et dispose encore d’installations pensées pour jouer plus haut. « Nous sommes structurés pour être au-dessus. »

Pelouse jaunie et sèche du stade de Lombez-Samatan après les fortes chaleurs de fin août

Autre avantage, assez rare à ce niveau : les Rouge et Blanc disposent de deux terrains. À Samatan, le stade Pierre-Brocas, et à Lombez, le stade Paul-Vignaux, également utilisé par les « footeux ». Le LSC peut ainsi répartir ses entraînements et ses rencontres entre les deux communes. « Un week-end sur deux, le club reçoit sur l’une des deux pelouses », nous explique-t-on. Une organisation qui fait aussi la particularité de Lombez-Samatan : deux villes, deux stades, un seul club, et suffisamment d’espace pour faire travailler tout le monde sans se marcher dessus.

Le LSC, une vieille histoire de famille

Lombez-Samatan a connu plusieurs vies. Avant de partager le même nom, Lombez et Samatan avaient chacun leur club. Les deux villes se « faisaient la guerre », racontent les plus anciens. Pas que sur le champ de l’ovalie. La fusion définitive remonte à 1961. Le nouveau club va ensuite grimper, jusqu’à atteindre le haut niveau français dans les années 1980. Dans cette équipe-là, inutile de chercher des joueurs qui ne vivaient que du rugby. Le club s’était construit avec son territoire, ses agriculteurs, ses commerçants, ses hommes du coin.

Résultat ? « On le ressent au sein de l’équipe, il y a pas mal de chambrage entre les gars de l’équipe, entre ceux qui viennent de Lombez et ceux de Samatan. Ça canarde assez souvent par ici. » Mais du chambrage évidemment sain, qui fait avancer l’équipe.

Les joueurs de Lombez-Samatan à l'entraînement devant la tribune du stade

Jean-François Montauriol n’est d’ailleurs pas arrivé ici par hasard. Son père et son oncle ont porté ce maillot. « C’est un retour aux sources même du rugby, avec des gens qui ont des valeurs. » L’ancien international italien connaît donc ce que représente le LSC. Il en connaît aussi l’autre visage, celui du rugby professionnel. « C’est précisément cette double expérience qui rend son regard intéressant », appuie Xavier.

Un « club de village »

Xavier a longtemps participé à la vie du club. Ancien vice-président, toujours membre du bureau, il se rappelle les périodes fastes, les descentes, les changements de générations et les journées où il faut simplement trouver assez de bras pour que tout fonctionne. Il parle d’abord d’un « club de village ». Puis d’un « terroir », d’une « vraie histoire ». D’une « identité ».

Mais son discours ne ressemble pas à celui d’un homme qui regarderait uniquement derrière lui. Ce petit monsieur au grand sourire parle aussi de « bons joueurs », de « bonne ambiance », d’un « bon niveau », avec « du caractère ». Et surtout de « projets » et d’« ambition ». « C’est probablement ce qui résume le mieux le LSC aujourd’hui. »

Un club de village, oui. Mais un club qui veut jouer au rugby sérieusement. La salle où l’on soulève de la fonte est donc là. Les installations sont là. Le staff aussi. Montauriol s’occupe des avants, Bruno des trois-quarts. Les deux travaillent ensemble. « Il n’y a personne au-dessus de l’autre. On est ensemble. » La marque d’une équipe soudée qui pense collectivement.

Pas question non plus de plaquer sur Lombez-Samatan les recettes d’un club professionnel. Le décor n’est évidemment pas le même. Les joueurs ne vivent pas tous du rugby. Et autour d’eux, il y a tout un monde qui continue de faire fonctionner la maison.

Ceux qui ne jouent jamais, mais qui sont toujours là

Montauriol les a vite remarqués. Les bénévoles. Les anciens. « Ici, à Lombez-Samatan, on a les papis, les mamies, les mecs qui sont présents en permanence. Ils nous font des repas après chaque entraînement. » Car il y a les maillots à préparer, l’eau à porter, les installations à faire tourner. Et puis il y a les repas. Le club organise aussi onze lotos dans l’année. Onze soirées pour faire rentrer de l’argent et maintenir une machine qui demande forcément des moyens.

Entraînement de rentrée du Lombez Samatan Club sur la pelouse du stade en fin de journée

« Ce n’est pas spectaculaire. C’est même plutôt invisible », souffle Xavier. Mais sans ça, pas de club. « Tous ces petits trucs-là, on mange ensemble. C’est très famille. » Montauriol a, lui, connu une autre organisation. « Quand on est dans un club pro, forcément, il n’y a pas trop ça parce que c’est un peu une entreprise. Enfin, on ne le voit pas forcément. Ici, le joueur peut connaître celui qui lui tend une bouteille d’eau. Le lendemain, ils peuvent se croiser sur le marché. Le club n’est pas seulement un lieu où l’on vient s’entraîner. »

Le rugby passe aussi par le marché

Le lundi matin, il faut justement aller au marché au gras. « Le plus gros de France, le plus réputé », dit-on. À Samatan, c’est un rendez-vous du rugby. On parle volailles, foie gras, prix, météo. Et comme souvent dans les villages, les conversations finissent par se croiser. Le rugby n’est jamais très loin…

Ce matin-là, le « match du dimanche » (du samedi pour le coup) est encore frais. « Un joueur a marqué. Un autre a raté. On a gagné, on a perdu, on aurait peut-être dû faire autrement. » Le LSC fait partie de la conversation locale. « C’est une vieille habitude. Le club appartient à ceux qui jouent, bien sûr, mais aussi à ceux qui regardent, donnent un coup de main, organisent, financent, commentent », souligne Montauriol.

Xavier parle justement de cette « vraie histoire », qui ne se trouve pas seulement dans les résultats ou dans les anciennes équipes. Elle est dans les « habitudes ». Et dans les jeunes. Car l’école de rugby fait partie des projets évoqués par les fidèles du club. Là aussi, le LSC prépare la suite.

Pas question de choisir entre le passé et le présent

Sur le terrain, pendant ce temps, chaque joueur pense à la douleur endurée. Celle d’une canicule écrasante, d’un gazon terreux et râpant. « Autant avoir des taupes, au moins la terre est molle », peut-on entendre. Les gars boivent, reprennent, repartent difficilement…

« Dans ces petits clubs comme ça, en Fédérale 2, c’est ça qui fait la force. D’avoir envie de venir à l’entraînement, de venir avec plaisir. » Coach Montauriol insiste sur les joueurs du coin. « Ici, ce sont les mecs qui se connaissent. J’essaie de rappeler la fraternité, le fait de combattre ensemble, de défendre le territoire ensemble. Et ça, chez les pros, ça ne se traduit pas de la même manière. Ce n’est pas le même monde. »