Il y a des défaites qui marquent un tournoi. Celle-ci pourrait bien laisser une cicatrice durable. À Murrayfield, le XV de France est tombé de haut. Très haut.

Battus 50-40 par une Écosse irrésistible, les hommes de Fabien Galthié ont vécu un après-midi de désillusion, encaissant sept essais et cédant dans presque tous les compartiments du jeu. Un revers brutal qui met fin aux espoirs de Grand Chelem et relance totalement le Tournoi des Six Nations. Ce n’est pas faute d’avoir (été) prévenu(s).

Le score final dit presque mal la vérité du terrain. Car si les Bleus ont inscrit six essais et arraché un bonus offensif en fin de match, ils ont longtemps été submergés, dominés dans l’intensité, dépassés par le rythme et souvent perdus dans les fondamentaux.

Méconnaissable

« Bravo aux Écossais, qui ont fait un gros match, a d’abord commenté Galthié. On a été pris les deux tiers du match, il fallait réduire l’écart et aller chercher ce point. » Service minimum, alors que les ambitions étaient bien au-delà…

Pendant une mi-temps, la France a tenu. Les essais de Louis Bielle-Biarrey et Théo Attissogbe répondaient aux premières banderilles écossaises et maintenaient les Bleus à flot. À la pause, le retard n’était que de cinq points. Tout restait possible.

Mais la reprise a viré au naufrage. En moins de vingt minutes, l’Écosse a infligé une tempête aux Français. Essais de Ben White, Kyle Steyn, Darcy Graham puis Tom Jordan. Une avalanche. Une démonstration. Une équipe française soudain désorganisée, pénalisée et incapable de ralentir la machine adverse.

À un moment, les Écossais ont même passé quarante points sans réponse, symboles d’une domination totale dans les rucks, de vitesse et la précision. La France, elle, a accumulé les fautes et les maladresses qu’elle n’avait plus l’habitude de montrer. Défense friable, conquête chahutée, discipline fragile avec deux cartons jaunes. Autant de signaux d’alerte pour un groupe qui semblait jusque-là marcher sur le Tournoi.

L’Écosse sans complexe

En face, le XV du Chardon a livré l’un de ses matches les plus aboutis de l’ère moderne. Sept essais, une attaque libérée et un Murrayfield en fusion. « Nous voulions jouer sans peur et attaquer chaque opportunité« , a expliqué le sélectionneur écossais Gregor Townsend après la rencontre. « Les joueurs ont été courageux et ambitieux. »

Portés par un Finn Russell inspiré et par un Darcy Graham incandescent, devenu au passage meilleur marqueur de l’histoire de la sélection, les Écossais ont joué vite, juste et fort.

Le capitaine Sione Tuipulotu savourait lui aussi cette performance majuscule. « On a montré beaucoup de caractère aujourd’hui. On croyait en ce qu’on faisait« , a-t-il confié après le coup de sifflet final.

Et Dupont se troua…

Même Antoine Dupont, pourtant auteur d’un essai en contre en fin de match, n’a jamais réussi à reprendre la main sur le tempo. Les transmissions furent parfois imprécises, les sorties de camp compliquées, et la charnière française a subi la pression constante des Écossais.

La réaction tardive des Bleus, avec quatre essais dans le dernier quart d’heure dont un doublé de Thomas Ramos, n’a servi qu’à limiter l’addition et sauver le point de bonus offensif.

Un lot de consolation. Car pour la première fois depuis plus d’une décennie dans le Tournoi, la France a encaissé cinquante points dans un match.

« On s’est parlé, on préfère retenir le positif et se projeter vers le prochain match », a froidement étayé Mathieu Jalibert au micro de TF1, lui aussi passé à côté de son match.

Avertissement avant le Crunch

Tout n’est pourtant pas perdu. Grâce au bonus offensif et à une meilleure différence de points, la France reste en tête du classement avant la dernière journée. Mais cette chute change tout.

Elle rappelle que cette équipe, parfois brillante, peut aussi vaciller lorsque l’intensité monte et que l’enjeu devient brûlant. Le XV de France devra battre l’Angleterre lors du Crunch final pour s’assurer le titre. Après la gifle de Murrayfield, une chose est sûre, les Bleus n’ont plus le droit de trembler.