Dans la famille Lanen, le rugby n’a jamais été un projet. Encore moins un plan de carrière.
Alors quand Hugues parle de ses trois fils, il ne commence jamais par leurs clubs, leurs performances ou leurs ambitions. Non, il parle d’abord de leur enfance. Des entraînements sous la pluie, des kilomètres avalés en voiture, des week-ends consacrés au ballon ovale.
« C’est une histoire qui a commencé comme tant d’autres« , sur un terrain de Lozère, avec trois gamins qui couraient après un ballon plus gros qu’eux. Des « gosses » aux genoux écorchés, l’envie de jouer et un père déjà au bord du terrain.
Le talent ne suffit pas
« Tous les trois, ils ont commencé très jeunes, à l’âge de 4 ou 5 ans« , assure-t-il. Les jumeaux, Clément et Thibaud (27 ans) il les entraîne lui-même lors de leurs premiers pas. Le plus jeune, le petit dernier (1m98 quand même),Rémi, 20 ans, suivra la même trace quelques années plus tard.
À l’époque, personne n’imagine vraiment la suite. Lui non plus. « J’avais du mal à y croire« , reconnaît-il aujourd’hui. Parce qu’à Mende, le plus petit département du territoire national par sa population, les trajectoires vers le rugby professionnel ne sont pas légion. Parce que le talent ne suffit jamais. Parce que la marche est immense. Mais les trois garçons avancent avec la même détermination, portés par une passion qui dépasse largement les ambitions familiales.
Trois parcours, un socle commun
Aujourd’hui, les chemins se sont séparés. L’un évolue encore à Clermont, un autre poursuit sa carrière à Périgueux, tandis que Rémi poursuit pousse fort chez les espoirs du côté de l’ASM. Trois parcours quasiment identiques. Trois destins forgés par le même socle.

« Après, ils adoraient déjà le sport. Ils ont touché à tout. Le hand, le foot… Puis ils ont choisi le rugby parce qu’ils aimaient ça. Ils regardaient tous les matchs à la télévision, ils s’intéressaient à tous les joueurs« , raconte le père Hugues.
Le rugby n’a jamais été imposé. « Il est venu naturellement. » En revanche, une chose, elle, ne s’est jamais discutée. La compétition.
La pétanque en compétition
« Même pour jouer à la pétanque, il fallait tout le temps gagner. Toujours la compétition, toujours« , se souvient également l’ancien joueur de rugby. Hugues sourit en racontant ces souvenirs. Les jumeaux se provoquaient sans arrêt. Le moindre défi devenait une bataille. Une énergie parfois difficile à canaliser, mais qui allait façonner leur caractère.
Pour autant, ce père refuse de résumer ses enfants à leurs performances.
Ce qui le rend le plus fier n’apparaît sur aucune feuille de statistiques. « C’est surtout qu’ils restent comme ils sont. Sérieux, appliqués, travailleurs, respectueux de toutes nos valeurs. Pour moi, c’est le plus important dans la vie.«
Valeurs
Le mot « valeurs » revient souvent dans sa bouche. Des valeurs qui sentent la Lozère. Chez les Lanen, on parle autant de rugby que de chasse, de pêche ou de nature. Les garçons vivent désormais loin de la maison, mais ils reviennent dès qu’ils le peuvent. « Trois ou quatre fois par an, parfois davantage quand le calendrier le permet« .
« Ils ont toujours gardé ces valeurs de chez nous. On est très famille. Même leurs amis dans le rugby ont les mêmes valeurs. La nature, la chasse, la pêche… Ils y tiennent énormément. » Le haut niveau n’a donc jamais effacé leurs racines. Et Hugues y veille discrètement.
Parents et sacrifices
Il continue d’enchaîner les longues heures de route pour les voir jouer. Clermont un week-end. Périgueux le suivant. Puis ailleurs encore. Quelques 35.000 km par an. « Tous les week-ends, on fait un match, puis un autre. Pour qu’un enfant réussisse dans ce milieu-là, il faut des parents derrière qui s’en occupent. Nous, on est là pour ça.«
Derrière les réussites des enfants, il y a souvent des parents invisibles. Des réveils à l’aube. Des sacrifices qui ne feront jamais les gros titres. Même lorsqu’il évoque sa femme, Hugues parle d’une aventure collective. Au départ, elle découvre un univers dont elle ne mesure pas les exigences. Puis elle comprend que le rugby professionnel ne connaît ni week-end ni vacances.
Toute la famille s’adapte. Sans jamais se plaindre.
« Tu ne comprends rien »
Évidemment, les Lanen ne sont pas épargnés par les taquineries. Lorsque le père tente d’analyser un match, ses fils ne lui laissent aucun répit. « Ils me disent ‘Tu ne comprends rien, tu n’as pas joué à haut niveau’. » Il éclate de rire en racontant ces échanges. Lui, l’ancien joueur de Rodez, accepte volontiers la plaisanterie. Elle fait partie de ces discussions qui n’appartiennent qu’aux familles où le rugby se vit jusque dans le salon.
Dans ces trois garçons qui n’ont jamais oublié le petit club de Mende où tout a commencé. Dans cet attachement viscéral au RCML qu’ils continuent de défendre, même à distance. Dans cette fidélité à une terre, à une famille et à des principes que leur père leur a transmis sans grands discours. Hugues y tient. Il veut que l’on n’oublie jamais le club formateur, celui où tout est né.
Vie de famille
À quelques jours de devenir grand-père, avec l’arrivée prochaine du premier enfant de Clément, Hugues regarde désormais l’avenir autrement. Son souhait tient en une phrase. « Qu’ils réussissent leur vie de rugbyman et leur vie de famille.«

Le rugby leur offrira peut-être encore de belles victoires. Peut-être des titres. Peut-être de nouvelles aventures. Mais si l’on demande aujourd’hui à Hugues Lanen ce qu’il considère comme son plus beau succès, la réponse ne se trouve ni dans un palmarès ni sur une feuille de match.
Elle se lit dans cette « famille restée soudée malgré les kilomètres, les contrats et les carrières« .
Trois fils devenus rugbymen. Et, avant tout, trois hommes auxquels un père a appris qu’on peut courir très loin sans jamais perdre le chemin de la maison.

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