Quatre plots, un chrono et beaucoup de silence après la ligne d’arrivée : le Bronco est redevenu, comme chaque été, le premier juge de paix des reprises. Cette semaine, c’est Ange Capuozzo qui en est sorti en tête au Stade Toulousain.

Capuozzo en 4’20 au retour de vacances

Le Stade Toulousain a repris l’entraînement en passant par la case chrono, et c’est l’ailier international italien qui en est sorti avec le meilleur temps : 4 minutes et 20 secondes, mardi, sous le sifflet du préparateur physique Laurent Thuéry et les encouragements de David Mélé, comme l’a raconté Le Rugbynistère. Le même chrono que celui réalisé un an plus tôt par son coéquipier Paul Costes.

Pour un joueur qui sort de plusieurs semaines de coupure, la performance situe le niveau d’exigence de l’exercice.

1 200 mètres, cinq séries, aucune pause

Le principe tient en quatre plots posés sur une ligne, à 0, 20, 40 et 60 mètres. Le joueur part de la ligne, va toucher le plot des 20 mètres, revient, repart aux 40, revient, repart aux 60, revient. Cela fait 240 mètres, et il faut enchaîner cinq fois cette série sans le moindre temps de repos, soit 1 200 mètres au total. Le résultat, c’est le chrono, rien d’autre.

L’exercice a été introduit chez les All Blacks par leur directeur de la préparation physique Nic Gill, qui l’utilise depuis plus de quatorze ans. Sa particularité n’est pas la distance mais le nombre de ruptures : trente accélérations et trente décélérations en un seul effort. « Cela implique beaucoup de changements de direction, décélération, virage, puis accélération », expliquait Gill au site britannique Coach, pour qui le test reste « un bon indicateur de la condition physique au rugby ».

4’08, 4’12, 4’20 : les repères

Le meilleur temps rapporté à ce jour est celui du centre de Gloucester Seb Atkinson, en 4 minutes et 8 secondes. Chez les All Blacks, où le test est en usage depuis le plus longtemps, le record est partagé par l’ouvreur Beauden Barrett et le demi de mêlée Cam Roigard, tous deux en 4 minutes et 12 secondes.

RepèreTemps
Seb Atkinson (Gloucester)4’08
Beauden Barrett et Cam Roigard (All Blacks)4’12
Ange Capuozzo (Stade Toulousain, cette semaine)4’20
Trois-quarts professionnels4’20 à 4’45
Avants professionnels4’50 à 5’10

L’écart entre les lignes s’explique simplement : à masse égale, chaque freinage coûte plus cher à un pilier de 118 kg qu’à un ailier de 90.

Le Yo-Yo, le 30-15 et la VMA : ce que les autres tests mesurent

Le Bronco a un défaut, il ne dit rien de la capacité à répéter des efforts entrecoupés de récupération, ce qui est pourtant la réalité d’un match. D’autres protocoles s’en chargent.

Le Yo-Yo Intermittent Recovery Test enchaîne des navettes de deux fois vingt mètres rythmées par des bips, avec dix secondes de récupération active entre chaque, et une vitesse qui augmente par paliers jusqu’à l’abandon. Une étude menée par des chercheurs de l’université de Bath sur des arbitres amateurs de rugby, publiée en 2023 dans l’International Journal of Sports Science and Coaching, conclut que le Yo-Yo reflète mieux les exigences réelles d’un match, et surtout que les scores des deux tests ne sont pas interchangeables : bien classé au Bronco ne veut pas dire bien classé au Yo-Yo.

Le 30-15 Intermittent Fitness Test, conçu par le physiologiste Martin Buchheit, alterne trente secondes de course et quinze secondes de récupération, à 8 km/h au premier palier puis 0,5 km/h de plus à chaque palier suivant. Son intérêt n’est pas le classement mais la vitesse finale atteinte, qui sert ensuite à calibrer individuellement les séances d’intermittent.

La VMA, vitesse maximale aérobie, reste la donnée de fond : c’est la vitesse minimale à laquelle un athlète atteint sa consommation maximale d’oxygène. Elle se mesure sur des protocoles continus type demi-Cooper ou Vameval, et peut aussi s’estimer à partir du chrono du Bronco.

TestFormatCe qu’il mesure
Bronco1 200 m en cinq séries de 20-40-60 m, sans pauseEndurance et tolérance aux changements de direction
Yo-Yo Intermittent RecoveryNavettes de 2 x 20 m, 10 s de récupération, paliers croissantsCapacité à répéter des efforts intenses
30-15 IFT30 s de course, 15 s de récupération, départ à 8 km/hVitesse de référence pour calibrer l’entraînement
Demi-Cooper, VamevalCourse continueVMA, socle aérobie

Pourquoi ces chronos tombent maintenant

La période est propice : les groupes professionnels français sont en pleine montée en charge. L’USAP a échelonné son retour en trois vagues les 13, 20 et 27 juillet, et à Toulon Baptiste Serin résume l’été d’une phrase, dans un entretien à Rugbyrama : « Nous courons beaucoup plus que l’an passé. »

Le calendrier réglementaire ajoute une raison de soigner ces chronos. Avec le retour à huit remplacements en Top 14 et en Pro D2, les clubs ont besoin de joueurs capables de tenir quatre-vingts minutes, et ont relevé leurs standards d’endurance en conséquence pendant l’été.